‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifiqueChapitre 23 sur 89 · LE RAYONNEMENT DE L'ESPRIT SOCRATIQUE · texte numérisé non relu

LE RAYONNEMENT DE L'ESPRIT SOCRATIQUE

Les hommes qui ont cru trouver en Socrate l'exemple d'une nouvelle vie, et, e» outre, une orientation nouvelle de la réflexion philosophique, ont tous, sauf Eschine, du vivant du maître ou après sa mort, enseigné, dans les écoles qu'ils dirigeaient déjà ou dans de nouvelles écoles, une règle de vie et une doctrine qui se réclamaient de l'inspiration socratique. Tous, sans exception, ont écrit de ces libres compositions socratiques, où ils mettaient dans la bouche de leur maître leur interprétation personnelle de sa pensée. Entre eux la tradition a établi cependant une étrange hiérarchie : Platon en est la tête, et tous les autres sont les petits Socratiques. Est-ce équitable? Le lieu de l'école, la variété des enseignements qu'elle est en état de donner, ses ressources matérielles, les circonstances politiques sont des facteurs de sa fortune, qui comptent à côté de la valeur personnelle du fondateur. De plus, entre Platon, dont on a l'œuvre entier, et des hommes qu'on connaît seulement par de très rares et pauvres fragments, par des traces conjecturales, par des témoignages contemporains partiaux, et dont l'identification est toujours incertaine, ou par d'autres dans lesquels ils n'apparaissent qu'à travers leurs héritiers, il n'y a pas commune mesure pour le jugeme nt de l'historien. Notons spécialement cette nécessité, pour réussir à avoir une gros ière idée de leurs tendances, d'en suivre la réfraction chez leurs successeurs et d'élargir par conséquent, jusqu'au milieu du in0 siècle et même bien au delà, le cadre historique de cette étude, jusqu'au moment où leurs écoles

ÉCOLES D'ÉLIS ET d'ÉRÉTRIE

sont absorbées par de plus puissantes. Enfin, on ne peut davantage, sans cercle vicieux, appeler ces hommes des demi- Socratiques : la vérité sur la pensée socratique est ce qui est en question, et l'on ne saurait présupposer que le seul Plaion représente le Socratisme pur et intégral.

Écoles d'Élis et d'Érétrie.

Phédon d'Élis, le disciple bien-aimé, est un tout jeune homme au moment de la mort de Socrate. Après la dissolution du cercle socratique il revient dans son pays et réunit autour de lui quelques disciples. Son interprétation de la doctrine du maître peut être conjecturée, sans plus, d'après un fragment de Timon le Sillographe où il est rapproché d'Euclide et des Mégariques (fr. 28), et d'après la filiation de l'école d'Éréirie, dont la parenté doctrinale avec ces derniers est plus assurée. Ménédème d'Érétrie, mort vers la trentième année du nie siècle, et son ami Asclépiade ont été en effet sucessivement élèves de Stîlpon de Mégare et, à Élis, des successeurs de Phédon. Une dialectique redoutable, une extrême subtilité logique semblent avoir été, chez Ménédème, des moyens de la culture morale. Du moins, la noble indépendance de son caractère et la dignité de sa vie, en lui conférant en son temps une grande autorité personnelle, ont-elles fait de lui un excellent exemplaire du Sage, moins les brutalités du Cynisme. Or il paraît bien s'être proposé d'être une image de Socrate: il a voulu n'agir que par l'exemple et par la parole ; point d'appareil magistral non plus dans son enseignement : l'écoute qui veut, et le temps qu'il veut.

LA CULTURE HUMAINE

Page 1