LES DISCIPLES IMMÉDIATS D*ARISTOTE
aiitai d'ailleurs que les corrections apportées à la morale d'Aristote, sont inspirées par le souci de tenir compte des faits et de limiter la part de la transcendance. S'il est bien vrai que V Ethique d'Eudème est d'intention religieuse, que, pour lui, la vertu ne vaut que comme moyen de nous élever à la contemplation de Dieu, et que souvent d'ailleurs elle est une inspiration divine, d'autre part il tend, par là même, à restreindre la part qu'avait faite Aristote aux calculs de la prudence, pour donner la prééminence à la disposition du vouloir et au sentiment. Chez Aristoxène et Dicéarque, la relation de l'âme au corps prend un sens nettement matérialiste : l'âme n'est que Yanilé du corps et le rapport naturel de ses fonctions ; ce que le premier, le musicien, ne pouvait manquer, tel le Simmias du Phédon, d'appeler leur accord ou leur harmonie.
AThéophraste succéda Straton de Lampsaque,/e physicien, qui avait vécu à Alexandrie à la cour de Ptolémée Sotèr en qualité de précepteur de son fils Philadelphe, et qui administra le Lycée jusqu'en 269. Pour avoir suivi jusqu'au bout les exigences du naturalisme d'Aristote, et replacé dans la nature le moteur surnaturel, il a passé pour un péripatéticien hétérodoxe. Il garde pourtant le qualitativisme, puisque Chaud et Froid sont principes, et que tous les effets des corps sont dus à des propriétés naturelles. Mais aux qualités il lie les déterminations mesurables du poids et du mouvement. Il n'y a pas de lieux naturels. L'âme est un pneuma matériel; aucune des raisons du Phédon ne prouve qu'elle soit immortelle. Toutes ses fonctions, sans exception, s'expliquent par le mouvement. La pensée, qui se localise à la base du front, n'est qu'une sensation affaiblie, à laquelle une impression corporelle peut rendre de la vivacité. Ainsi, et sans qu'il soit nécessaire d'alléguer l'influence d'Epicure, Straton se rapproche de Démocrite. Mais, quoiqu'il fasse appel uniquement à la causalité mécanique, ou, comme il dit, à la fortune à l'exclusion de toute finalité, il rejette néanmoins les rêveries atomistiques, affirmant la divisibilité
LA CULTURE HUMAINE
infinie de sa matière qualifiée, et n'admettant le vide qn'à l'intérieur des corps ou du monde, seulement pour expliquer la transmission de la chaleur et de la lumière, et encore avec une tendance de la nature à toujours le combler. A vrai dire, cette orientation expérimentale et mathématique de la physique fut, dans l'évolution de l'aristotélisme, un épisode isolé. Mais son influence paraît avoir été grande dans les domaines techniques de la mécanique, de la médecine et de l'astronomie.