‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifiqueChapitre 35 sur 89 · LA PHILOSOPHIE HELLÉNISTIQUE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE HELLÉNISTIQUE

La fondation de l'empire d'Alexandre, puis des grands royaumes entre lesquels il s'est morcelé, la vassalité des cités grecques et la ruine définitive de leur antique organisation, un reflux de l'Orient hellénisé vers la Grèce continentale, la création dans cet Orient même de capitales nouvelles de la culture, Alexandrie, Pergame, Rhodes, voilà quelques-uns des faits qui caractérisent la période hellénistique. Héritière de l'ambition d'Alexandre, Rome en étend, en stabilise la réalisation : elle va devenir la capitale universelle. Ainsi s'est graduellement agrandi le champ des actions et des réactions mutuelles. Or, à mesure que s'affaiblit la pensée grecque, elle subit davantage la contamination d'influences étrangères à son génie.

Les circonstances politiques ou sociales, qui ont immédiatement précédé et suivi la mort d'Arîstote, avaient accusé avec une intensité accrue des besoins impérieux, auxquels la philosophie, pour sa part, se devait de fournir des réponses nouvelles. Dans le grand État centralisé dont il est sujet, le citoyen de l'ancienne petite cité s'interroge sur l'attitude à prendre ; il se sent dépaysé et comme égaré. Use replie alors sur lui-même; il pense à son salut intérieur; il demande qu'on lui dise le but de la vie, qu'on lui propose un idéal, dans la poursuite duquel il retrouverait, pour son propre bonheur, la liberté perdue.

l'idéal du sage

Cet idéal pourra varier avec chaque école : ce sera toujours du moins l'idéal du Sage, qui n'est d'aucun pays ni d'aucun temps; toutes le concevront dans le même esprit résolument pragmatique.

A la vérité, cette tendance pragmatique était vieille déjà de plus d'un siècle : les Sophistes et surtout Socrate en avaient été les initiateurs. Cest en vue de la rénovation morale du groupe social que Platon instruit quelques élus dans les sciences et la dialectique ; en organisant fortement dans le Lycée l'étude delà rhétorique et de la politique, Aristote lui-même montre qu'il n'est pas étranger à ce point de vue. Mais les penseurs qui ont le plus contribué à orienter dans ce sens la philosophie post-aristotélicienne, ce sont les autres Socratiques, Cyniques, Cyrénaïques ou même Mégariques, pragmatistes intransigeants, pour qui le savoir n'est rien s'il ne sert à l'action, s'il n'est le savoir même de l'action. Sans doute, parmi les philosophies qui sont issues de ces penseurs, plusieurs ont conservé les cadres, désormais classiques, de l'éducation philosophique : elles comportent donc une logique, une physique, une théologie. Mais rien de tout cela ne vaut que par rapport à l'organisation de la conduite. Au surplus, le progrès toujours croissant des sciences vers la spécialité technique devait favoriser encore cette sorte de polarisation éthique delà spéculation philosophique.

Ce qui caractérise enfin la philosophie après Aristote, c'est un retour plus marqué vers les doctrines présocratiques. Jamais sans doute elles n'avaient été oubliées. Mais les personnalités vigoureuses d'un Antisthène, d'unEuclide, d'un Plaion surtout, transformaient en l'assimilant ce qu'elles avaient emprunté. Maintenant c'est autre chose : on se contente de juxtaposer en accommodant : on insère dans un système, comme une partie totale, un système étranger. C'est un effet de la prédominance des préoccupations pratiques et un indice de l'indifférence spéculative de la pensée.

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