‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifiqueChapitre 40 sur 89 · L'ÉPICURISME · texte numérisé non relu

L'ÉPICURISME

Ce que veut être la sienne, c'est surtout une critique de la connaissance, une discrimination de ce qu'elle renferme d'incontestable à titre ^évidence (êvapysta, perspicuilas, manifesium). On obtient ainsi les signes à partir desquels on pourra inférer ce qui n'est pas évident, surtout en ce qui concerne la physique. Sur cette base enfin on pourra fonder la règle de la vie (1). Or la source première de toutes nos idées, c'est la sensation représentalive (<pavxa<na) et l'état affectif (uàôoç), plaisir ou douleur (2), qui sont encore sensation. La sensation en effet ne peut jamais être convaincue d'erreur, ni par le raisonnement, car il provient lui-même de la sensation, ni en opposant les sensations les unes aux autres, car chacune est enfermée dans sa sphère propre (3). La représentation et l'état affectif seraient d'ailleurs inexplicables sans une réalité (iWp^ov) capable, en tant qu'agent, de les produire (4). Tout état du sujet est en effet, on le verra, partie d'un mécanisme naturel dont l'objet réel est le point de départ, et il est tel que le comporte le mouvement total. Il est donc toujours ce qu'il doit être et par suite toujours vrai, même s'il est le principe d'un faux jugement, même dans le rêve ou le délire (5). Ainsi, voilà la cerlilude première (fides prima), fondement et pierre angulaire de toute vérité : dire, comme Démocrite, que les qualités sensibles sont pure convention, contester, avec les Sceptiques, qu'il y ait une vérité, c'est vouloir marcher la tête en bas, ou ébranler gratuitement l'assise même de notre salut (6). Nous tenons là une évidence irréfragable, une première règle, ou canon, de vérité {régula, norma), un critérium pour discerner (indicium) le vrai du faux.

Mais il y a une autre évidence, et par suite un autre critère ; l'anticipation (icp^Tj^tç), ou prénotion (Lucrèce : notifies),

(1) ClC, Fin,, I, 19, 63 sq. — (2) D. L., 34.

(3) Lucr., IV, 485-499 ; D, L., 31 sq.

(4) D. L., 32. Sextus, M., VII, 203-206.

(5) Ibid., 208 sq. CXLVI, n. 252-254. Cf. Cic, Ac, II, 25, 80.

(6) Lucr., IV, 462-479 502-512 ; Sextus, M., YII, 216.

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