III
l'idéal du sage
qu'il y a dans nos douleurs aussi bien que dans nos plaisirs, leur quantité, et non leur qualité : C'est justement parce que le plaisir est le bien premier et naturel, que nous ne recherchons pas tout plaisir ; mais il arrive au contraire que nous passons par-dessus nombre de plaisirs, quand une quantité supérieure de déplaisir doit s'ensuivre pour nous ; nombre de douleurs d'autre part l'emportent dans notre opinion sur les plaisirs, quand un plus grand plaisir en sera pour nous la conséquence... Ainsi tout plaisir, en vertu de sa nature propre, est un bien, et pourtant tout plaisir n'est pas à rechercher ; de même toute douleur est un mal, mais toute douleur n'est pas faite pour être toujours évitée. Ce qui est prescrit, c'est donc une mensuration comparative (<7u|X[ji.éTpY|<Tiç), dont l'unité est le plaisir, et dont les exigences strictes de la nature constituent l'étalon. Or, parmi nos désirs et parmi nos aversions, il en est dont l'objet est en dehors de ces exigences. Aussi Epicure divisait-il en trois classes les désirs (et corrélativement les aversions) : ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires, d'obtenir des honneurs par exemple ; ceux qui sont naturels sans être nécessaires, comme de tout raffinement par lequel est varié, sans être accru, un plaisir naturel : Envoiemoi, écrivait Épicure dans ce sens à un ami, un petit pot de caillé, que je puisse faire bombance quand j'en aurai envie ; enfin, ceux qui sont à la fois naturels et nécessaires, ainsi de manger à sa faim et de boire à sa soif, ce qui peut se faire avec du pain noir et de l'eau. On fera bien de ne jamais céder aux premiers ; aux seconds on n'obéira que par exception, car c'est leur rareté même qui en fait le prix ; quant aux derniers ils sont les plus faciles à satisfaire, et toujours à notre portée (fiÛT«Spi<TToi, parabiles) : Grâces soient rendues, disait le Maître, à la bienheureuse Nature, d'avoir mis à notre portée les choses qui sont nécessaires, tandis que celles qui ne sont pas aisément à notre portée sont celles qui ne son! pas nécessaires ! Se tenir dans les limites de la nature, c'est avoir