I/ÉPICURISME
sa suffisance (aûràpxsia), et c'est le comble de la richesse (1).
Toutes les vertus traditionnelles, tempérance, courage ou force d'âme (2), prudence, trouvent donc leur place dans la conception épicurienne de la conduite individuelle. Mais aucune d'elles n'a de valeur que par rapport au pîaisir : Je crache sur la moralité (xb xaXdv), disait Épicure (3), et sur les creuses admirations qu'on lui décerne, quand la moralité ne produit aucun plaisir l De toutes les vertus ainsi comprise;, la plus fondamentale, peut-être même la seule, c'est la prudence («ppdv7|aiç); le discernement des vrais plaisirs est en effet l'œuvre de la réflexion. Ce ne sont donc pas les jouissances sensuelles infinies qui engendrent la vie agréable, mais c'est un sobre calcul, appliqué à connaître les raisons de tout choix et de toute aversion, et à chasser les opinions d'où provient en majeure partie le trouble qui saisit les âmes, La prudence enseigr e en effet qu';7 est impossible de vivre agréablement, si on ne vit dune façon réfléchie, morale et juste, ni de vivre d'une façon réfléchie, morale et juste, si on ne vil agréablement (4). Épicure va même jusqu'à dire qu'elle vaut par soi et indépendamment du succès, car celui-ci est parfois dû à la fortune (5). Si raffiné que fût cet égoïsme, il conduisait pourtant à des théories dont la brutalité révoltait. Ainsi, dans cette mutuelle renonciation qui fonde la société et la justice, chacun des contractants n'a en vue que son propre intérêt : l'injustice est donc un mal seulement parce que, à violer cet engagement de ne pas se nuire réciproquement, il y a plus à perdre qu'à gagner. Au surplus, l'acte injuste fût-il dix mille fois secret et pratiquement assuré de l'impunité, l'âme de l'agent n'en est pas moins empoisonnée par la terreur du châti-
(1) III, 129-132 ; x8, 15 et 29. Cic, Fin., I, 13, 44 sq. Lucr., V, 1116 1118. Cf. CXLVI, n. 181 sq., 456, 468-477, 602.
(2) Cic., Fin., I, 14, 47 sq. ; 15, 49 et CXLVI, p. 269, note à 1. 19.
(3) Ibid., n. 512 ; cf. n. 504, 506.
(4) III, 132 ; cf. x8, 5 et Cic, Fin., I, 18 in.
(5) III, 135 ; cf. x8, 1«.