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LA NOUVELLE ACADEMIE

Les successeurs de Xénocrate à la tète de l'Académie furent Polém )n, dont l'enseignement s'orienta surtout vers la morale et Cratès d'Athènes, auquel se rattache Crantor, peut être le plus ancien commentateur de Platon. Avec son fameux livre Du deuil, celui-ci fut l'initiateur du genre de la « Consolation », qui a eu par la suite une si grande fortune. Aucun d'eux ne paraît d'ailleurs s'être écarté de la tradition platonicienne, telle au moins que l'avait fixée Xénocrate.

Avec Arcésilas de Pitane, qui succéda à Cratès en 268/4, l'école devient au contraire, comme on le dit, une nouvelle Académie. En face du dogmatisme général elle s'apparente au Scepticisme, avec lequel pourtant elle ne doit pas être confondue. Que, de part et d'autre, on se soit donné beaucoup de peine pour contester cette parenté, ce ne serait pas assez à coup sûr pour ne pas l'admettre. Au surplus, les Sceptiques, en accusant leurs Sosies d'être des douteurs hypocrites, dogmatistes entre les murs de leur école (1), sont suspects de déloyauté. Mais en fait, on va le voir, l'esprit des deux sectes est réellement tout autre.

Arcésilas avait d'abord étudié les mathématiques près du célèbre Autolycus et passé par l'école de Théophraste, puis connu, au moins par leurs écrits, des Sceptiques et des dialecticiens de Mégare ou d'Erétrie. Mais son esprit modéré et d'une noble élévation paraît avoir vivement senti, et la stérilité des querelles dogmatiques, et la nécessité de donner à la conduite un meilleur fondement que la coutume, dont se

(1) Sextus, P. I, 233 sqq. ; M. VII, 153 sqq. Cf. Cicéron, Acad., II, 18, 60.

l'idéal du sage

contentaient les Sceptiques, ou que ces exhortations éloquentes, où se complaisait alors l'Académie. Oubliant Xénocrate, il se rappelle que Platon a exalté la personne et la méthode de Socrate. C'est à Socrate qu'il veut revenir. Dans l'image qu'il s'en fait, îa dialectique critique et l'affirmation de l'ignorance tiennent la première place, et c'est dans le même sens qu'il comprend les formules dubitatives ou les expositions mythiques de Platon. Comme Socrate, il n'écrit rien, comme lui il ne dogmatise jamais : à ses interlocuteurs il demande leur avis, et il engage un entretien vivant; ce n'est pas Yaulorilé du maître, c'est leur raison qui doit les guider ; ses réponses sont ellesmêmes de nouvelles questions.

Toute opinion a en effet au moins deux faces. Il faut donc se retenir de juger (êtcoj^) (1) ; que l'expression technique- lui appartienne ou non, là-dessus il pense comme les Sceptiques. Mais il en diffère en ce qu'il est dialecticien : s'il n'atfirme pas, il discute. La représentation compréhensive ou cataleptique de Zénon et de Cléanthe, duquel il est le contemporain, n'a pas eu d'adversaire plus adroit : par des exemples de fait, il montre qu'il y a dans la nature des indiscernables, qu'il n'y a rien d'incontestablement évident, rien qu'on puisse affirmer sans risque de confusion ; que c'est Y assentiment qui fonde en réalité l'évidence; qu'il faut par conséquent, si on ne vent pas accueillir à la légère une évidence suspecte, être acataleplique. Or cela consiste à examiner les raisons pour et contre, et à plaider enfin pour ce dont on peut rendre raison à soimême ou aux autres (euXofov), pour ce qui nous semble pouvoir être approuvé. Voilà dans quel sens Arcésilas est « probabiliste » (2). La spirituelle boutade d'Ariston : Platon par devant, Pyrrhon par derrière, Diodore Cronos au milieu, ne caractérise donc qu'imparfaitement Arcésilas : loin d'être indifférent en morale, à la façon du pur sceptique, il cherche

(1) Cic. Acad.y I, 12, 44 sq ; II, 18, 69 et 21 déb. Sextus P.y I. 23* (?) Sext. M., VII, 15)- 155 ; cf. P., I, 234.

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