‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifiqueChapitre 52 sur 89 · SPÉCIALISATION SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

SPÉCIALISATION SCIENTIFIQUE

Empiriques et Méthodiques. L'antagonisme de ces derniers commence réellement dès la période alexandrine avec Hérophile de Chalcédoine d'une part, et, de l'autre, Érasistrate de Céos ; il prend corps à l'occasion des attaques des Pneumalkles stoïcisants du 1er et du 11e siècle de notre ère, Athénée d'Atîalïe, Archigène, Arétée, contre l'école d'Asclépiade (contemporain de Cicéron), mécaniste épicurisant, dont l'élève Thémison est, au Ie» siècle, le vrai père du Méthodisme . D'autres, beaucoup plus connus, sont surtout des compilateurs, comme Celse s,), ou des éclectiques, comme Galien de Pergame (11e s.).

On doit mentionner aussi ces « explorateurs », dont les voyages aux pays fabuleux, en élargissant vers l'Océan et vers l'Inde l'horizon méditerranéen de l'ancienne pensée grecque, ont contribué peut-être autant à la troubler qu'à l'enrichir : Néarque, l'amiral d'Alexandre, et l'extraordinaire Pythéas de Marseille, etc. Enfin Posidonius et tous ceux qui l'ont pillé, le géographe Strabon, Pline l'Ancien dans sa prodigieuse encyclopédie, mettaient à la portée de tous, non sans confusions ni sans disparates, les résultats de tant d'efforts pour connaître ou utiliser la nature et pour se représenter la figure de la terre.

Pour la philosophie, le ne et le Ier siècle sont l'âge de l'éclectisme et de l'érudition. Dans l'Académie, après Clitomaque mort vers 110, Philon de Larisse et surtout Antiochus d'Ascalon, mort vers 68, à qui Varron et Cicéron doivent tant, inclinent étrangement le probabilisme vers lé dogmatisme, réconcilient, sur le dos des Épicuriens, Platon avec Aristote, et cette Académie élargie avec le Stoïcisme, réduisant à des différences de vocabulaire les plus profondes oppositions de pensée. De même, le moyen Stoïcisme est platonisant chez Panétius de Rhodes (180-110 environ), dont la présence, avec Polybe, auprès de Scipion l'Africain et de Lélius a été décisive pour l'implantation de la philosophie à Rome, il penche davantage vers le Péripatétisme avec Boéthus de Sidon et Posidonius d'Apamée (mort vers 51), qui, surtout en physique,

LE DÉCLIN DE LA PENSÉE GRECQUE

revient pourtant à l'orthodoxie de l'école. Grand voyageur, érudit sans égal, le second père, après Théophraste, de ia doxographie, Posidonius a élargi et modernisé l'encyclopédie d'Aristote. En dépeçant avec méthode Gicéron, Lucrèce, Strabon, Sénèque, Pline, etc., en pratiquant les recoup2m3nts nécessaires, en étudiant le pseudo-aristotélique De mundo ou le livre de Cléomède (n° s. ap. J.-C) Sur les révolutions circulaires , on rassemblera peu à peu les pièces éparses de ce matériel immense qui, pendant des siècles, a constitué la tradition scientifique. En morale, comme le montre par exemple le De offlciis de Gicéron, dont ils sont la source, Panétius et Posidonius ont sacrifié complètement la moralité absolue de l'ancien Stoïcisme à la recherche du convenable, à travers tous les détours d'une subtile casuistique.

De toutes les formes qu'a prises alors le syncrétisme philosophique, il n'en est pas de plus significative que celle dont Philon le Juif (première moitié du Ier siècle après Jésus-Christ) a été le copieux interprète. Depuis longtemps, à Alexandrie, le Judaïsme avait commencé de s'helléniser, et, au ir3 siècle avant Jésus-Christ, pourlierla sagesse grecque aux révélations de son Dieu, l'ingénieux Aristobule s'était pourvu de témoignages, en fabriquant notamment des poésies orphiques. D'autre part, en marge du Judaïsme orthodoxe et sous de mystérieuses influences stoïques et pythagoriques, s'étaient constituées les sectes des Esséniens, ou, pratiquant la vie contemplative, des Thérapeutes. Enfin Philon inaugure la méthode d'interprétation allégorique : la philosophie rationaliste des Grecs, le Platonisme et le Stoïcisme surtout, lui servent à découvrir entre l'homme et le Dieu transcendant les « médiateurs», que négligeait le mysticisme exalté des Thérapeutes. Au-dessous de ce Dieu qui, en même temps qu'il est personnel, est l'Un indéterminé, se déroule toute une hiérarchie d'intermédiaires: d'abord le Verbe ou logos et les Idées modèles des choses, avec en dessous la Sagesse, ensuite l'homme de Dieu ou le premier

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