CHAPITRE III
PHILOSOPHIE DU DEVENIR. — HERACLITE D'ÈPHÈSE
Il y encore plus de philosophie, au sens étroit du mot, chez Héraclite d'Éphèse que chez les Pythagoriciens. Sous le nom de polymalhie, il condamne en effet chez Pythagore et même chez Xénophane (1), une particularisation des recherches qui tue la vision directe du réel. Génie fougueux et superbe, il ne veut rien devoir qu'à l'intuition purement spéculative de la vérité ; dédaigneux des détails, il développe en philosophe les aspects divers de cette intuition primitive. C'est un tempérament d'inspiré et d'isolé, de mélancolique, comme dit Théophraste (2). Dans sa ville natale, où l'illustration de sa naissance l'appelait à jouer un rôle important, il vit à l'écart de la politique. Une révolution démocratique a chassé son ami Ilermodore, celui-là même peut-être qui collabora à la loi des XII Tables. En abandonnant ainsi la cité à des enfanls, les Éphésiens se sont dit : Que personne parmi nous ne soil le meilleur! Sinon, qu'il s'en aille ailleurs et avec d'aulres hommes! (3). D'après cette indication, son livre se date à peu près de la fin de la première moitié du ve siècle. C'était, semblet-il, un recueil d'aphorisme s en prose, dont la langue imagée et riche en antithèses, souve ît ambiguë, a valu à Héraclite son surnom proverbial : l'obscur. Ce style d'oracle, qui, dit-ii
(1) Fr. 40 D. Cf. ici, p. 61.
(2) D. L. IX, 6. A ce mot se rapporte la légende d'un Héraclite, qui pleure toujours si plaisamment mise en œuvre par Lucien dans Les secles à /'encan (14 ; cf. LXVin, ch. 12, C 5).
(%) Fr. 121 D.
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lui-même (1), n'exprime ni ne cache la pensée, mais Findique, convient à un homme qui a une conscience énergique, et même excessive, de son individualité supérieure. Au surplus, il est indéniable que souvent la concision des formules et l'éclat des images donnent à la pensée tout son relief. Ce qu'il y a toutefois d'un peu charlatanesque dans ce ton arrogant et cette brièveté sibylline ne pouvait manquer d'apparaître dans une caricature, telle que celle qu'ont réalisée du maître les Héraclitéens de la fin du siècle.
Quant à sa pensée, ce qui en marque tout d'abord l'orientation, c'est l'indifférence hautaine avec laquelle il traite la physique particulière, se contentant de représentations populaires. Le soleil, par exemple, est chaque four nouveau ; car, quand il se couche, c'est qu'il s'éteint ; sa largeur est d'un pied, telle qu'elle nous paraît (fr. 6 et 3 D.). Les astres sont tous des sortes de bassins. Dans leur concavité, tournée vers nous, s'amassent alternativement des exhalaisons brillantes ou obscures : d'où le jour et la nuit. Si les secondes, qui sont humides, prédominent sur les premières, c'est l'hiver; l'été, dans le cas contraire. Le retournement partiel du bassin de la lune en explique les phases. Quand un bassin sidéral se retourne tout à fait, il y a éclipse. Au reste, beaucoup de points semblent avoir été négligés, au profit des généralité5.
Le principe d'où proviennent toutes choses et auquel elles retournent, c'est le feu : Ce monde-ci, dit Héraclite, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne Fa fait; mais il a toujours été, et il est, el il sera un feu toujours vivant, s'allumanl avec mesure el déteignant avec mesure (fr. 30). De toutes choses il y a échange [àvTafxoiê-r]] contre le feu, el du feu contre toutes choses, comme des marchandises contre de For, et de l'or contre les marchandises (fr. 90). L'intention dynamiste n'est pas douteuse : une substance
(1) Fr. 92, 93.
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unique revêt des formes diverses, sous la seule condition de maintenir une équivalence dans ces permutations (Tpo7nj), qui sont sa vie même. Mais, d'autre part, pour donner naissance à un monde, cette puissance spontanée de changement se manifeste par le mouvement et donne lieu sans doute à des condensations ou raréfactions. Il y a en effet, suivant Héra- - clite, une route vers en haut et une vers en bas (68bçava>, xàxo), îr. 60). Ce sont les deux direotions fondamentales du changement : suivant la seconde, une partie du feu s'épaissit et se change en mer, une partie de la mer fait de sa mort naître la terre ; puis, sur l'autre route, montent de la terre et de la mer le i vapeurs humides qui, devenues nuages, s'embraseront et retourneront au feu. Mais si ces nuages embrasés, d'où sort l'éclair, viennent à s'éteindre, c'est la trombe (up^crr^) ; de nouveau le feu revient vers la mer, et le cycle recommence (1). Les deux mouvements inverses se compensant, sous la diversité ou la vicissitude des changements la quantité de matière d'échange, c'est-à-dire de feu, demeure immuable.
Il ne semble pas toutefois qu'elle doive le demeurer toujours, ïl n'y a pas en effet de raisons suffisantes (2) pour contester qu'Héraclite ait admis une universelle conflagration (I/.t.ôzihg.;). Le feu, disait-il, est indigence et saliété (fr. 65). Le premier terme exprimerait le désir qui donne lieu à la constitution d'un monde ; le second, l'état de plénitude qui résulte de l'absorption par le feu de tout ce qu'il avait d'abord échangé. En s1 'avançant, dit encore Héraclite, le feu jugera et condamnera toutes choses (fr. 66). Au cours de ses échanges successifs, le feu regagne toujours un peu plus. En empruntant à Héraclite les idées essentielles de leur physique, les Stoïciens n'y ont donc pas ajouté celle-ci ; ils lui ont peut-être donné son nom traditionnel, rien de plus. Aristote d'ailleurs la lui attribue (3), sans employer cette dénomination, et il s'accorde avec Platon
(1) Fr. 31 et 36 ; cf. D. L. IX 9 et LXVHI, A 8.
(2) Contrairement à l'opinion de LXXÎ, | 78. - (3) Phys., III 5, 205*3.
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pour dire que cette unification totale du multiple comporte des périodes, mais aussi pour en distinguer le rythme de celui qu'admettra plus tard Empédocle. L'évolution et l'involution, tout en s'opposant et en se compensant, se prolongent l'une dans l'autre, comme l'enfant dans l'homme qu'il devient et l'homme dans l'enfant qu'il engendre. Héraclite, dit-on, blâmait Homère d'avoir souhaité que la Discorde tût abolie parmi les hommes comme parmi les dieux : ce serait en effet la fuite de toutes choses et l'anéantissement de l'Univers (1). Mais pour lui, au contraire, cette fuite se prolonge en un retour. La mort du monde n'est donc qu'apparente ; c'est en réalité sa vie renaissante. Les cycles cosmiques se feraient équilibre comme les naissances et les morts à l'intérieur de l'un d'entre eux, et peut-être chaque jour de la Grande année du monde est-il précisément la durée d'une génération humaine (2).
Ainsi se dégagent peu à peu les idées maîtresses de la philosophie d'Héraclite. Tout d'abord, l'opposition et l'identité des contraires sont la condition du devenir des choses : Oesl le même en nous, disait-il, d'être ce qui esl vivant el d'être ce qui est mort, éveillé ou endormi, jeune ou vieux; car, par le changement, ceci est cela, et par le changement cela esl à son tour ceci (fr. 88 ; cf. 57). Cette opposition perpétuelle des contraires est donc le principe et la loi : Le Conflit [ttoXe^o;] est père de toutes choses, roi de toutes choses (fr. 53), tandis que la concorde et la paix en sont la confusion dans l'embrasement général (3). Puisque les contraires en lutte tendent toujours à se substituer l'un à l'autre, les choses sont dans un état d'incessante mobilité : tout s'écoule (itérai j>£t) et tout fuit, rien ne demeure ; dans le même fleuve ce sont toujours d'autres eaux qui vous baignent ; vous ne vous plongerez pas deux fois dans
(1) Platon, Soph. 242 d e, et, pour Aristote, LXVIH, ch. 12, A 8. Cf. A 22 (ei surtout Bywater,43, plus complet), à rapprocher de la palingénésie fondée sur la succession des contraires dans Phédon, 72b-d.
(2) LXVin, A 13. Cf. LXXI, § 75 fin et 77. — (3) D. L. 8.
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les mêmes eaux (1). Ce n'est là toutefois qu'un aspect du conflit universel; sous un autre aspect il fonde une solidarité entre les termes qu'il oppose, car le Conflit est communauté [çuvov] et la Discorde est règlement [Bixirj] (fr. 80). Ainsi la course deis contraires s'accomplit selon la nécessité fatale, qui paraît constituer à la fois ce qu'il y a d'arrêté et de stable dans le changement, et ce qui unit les couples d'opposés en formes définies et relativement permanentes (2). La discorde et l'instabilité ont donc pour contre-partie l'accord et, avec lui, la nécessité de la loi : Le discordant, dit Héraclite, s'accorde avec soi-même; accord de tensions inverses, comme dans F arc ou la lyre (fr. 51). La flèche part, la phrase musicale se déroule, quand les mains de l'archer tendent en sens inverse l'arc et la corde, quand les doigts du musicien écartent l'une de l'autre les cordes de la lyre. D'autre part, le jeu de ces oppositions est réglé et limité : ainsi par exemple la rigidité de la corde limite le redressement de l'arc, comme la flexibilité limitée de celui-ci borne la tension angulaire de la corde vers le corps de l'archer. Plusieurs formules expressives traduisent la même idée : Ce qui est taillé en sens contraire [comme tenon et mortaise] s'assemble ; de ce qui diffère naît la plus belle harmonie, et c'est la discorde qui produit toutes choses (fr. 8). Unions : des entiers et des non-enfiers, convergence, divergence, concert ou désaccord des voix; enfin, de toutes choses une seule, et d'une seule, toutes (fr. 10) (3). Donc ni confusion, ni émiettement, mais un ordre varié de combinaisons, dont le temps semble être l'agent : c'est un enfant qui s'amuse à jouer aux dames : souveraineté dun enfant! (fr. 52).
Mais la royauté enfantine du joueur lui-même ne saurait
(1) Fr. 12, 49»,91 . Cf. Platon, Crai., 402 a ; Théét., 179 d e.
(2) D. L. 7 et 8 ; cf. LXVIII, A 5 et 8, et le fr. 84.
(3) Comparer le traité hippocratique De vicia, I, 17, où 'inspiration héraclitéenne marque tout un long morceau (5-24 ï
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être woe vraie royauté ; celle-ci n'appartient qu'au jeu de* contraires et à l'harmonie qui les lie, c'est-à-dire à Dieu : il est en effet jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, saiiélé et faim (fr. 67) ; il est V Harmonie invisible supérieure à Vharmonie visible (fr. 54). Il y a en effet, suivant Héraclite, une un que loi divine, aliment de toutes les lois humaines, mais qui paraît être autre chose que la loi non écrite opposée à des décisions arbitraires ; car c'est ce dans quoi la pensée individuelle doit prendre ses forces, comme la cité dans la loi \ c'est quelque chose de commun à tout, qui domine tout, autant qrfil lui plaît, suffit en tout et surpasse tout (fr. 114); bref la loi universelle du réel, identique, remble-t-il, avec cette pensée commune (Çuvoç Xdyoç), dont Héraclite dit qu'il faut la suivre (fr. 2), et qui pourtant reste étrangère aux hommes, aveuglés sur ce qui est toujours sous leur regard (fr. 72) ; une sagesse unique, qui veut être appelée du nom de Zeus, qui aussi ne ie veut pas, si ce doit être au sens de la religion populaire, et qui consiste à savoir le dessein dans lequel tout est régi en sa totalité (h. 32, 41).' Mais cette loi ou cette pensée unique, c'est un logos immanent, la substance même de ces échanges qui produisent les choses diverses, autrement dit le feu, ce qu'il y a de plus incorporel, de plus mobile, de plus transformable, de plus actif et de plus vivifiant. En résumé, la réaction du génie philosophique d'Héraclite, en face du polythéisme vulgaire, est un panthéisme, et ce panthéisme est un panthéisme physique.
De là procède logiquement toute une théorie du savoir. Le logos c'est à la fois la pensée divine qui circule éternellement dans la nature, et la pensée humaine, mais en tant qu'elle participe à ce courant unique et éternel et perd ainsi son individualité (1). Cependant les hommes ne songent qu'à entasser
(1) Pensée me semble être le meilleur terme français pour traduire ie grec >.<Woç, car on désigne par ce mot à la fois le contenu, ou l'objet, et la formule qui en est l'expression intelligible.
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des connaissances particulières, ce qui est la détestable polymathie ; ou bien ils s'imaginent que la pensée commune qu'il faut suivre est celle de la foule, et ils se mettent à son école : pareils à des ânes, /7s aiment mieux ta paille que l'or (fr. 104 et 9). Mais ce n'est pas, d'autre part, sa pensée personnelle qu'Héraclite oppose orgueilleusement aux opinions des doctes ou de la foule. C'est, et tel est aussi le sens d'une déclaration solennelle qui se trouvait au début de son livre (fr. 1), la Vérité, unique et éternelle, de la pensée divine, dont il est le prophète inspiré et qui est tout le réel : Ce n'est pas à moi qu'il est sage de prêter l'oreille, mais à la Pensée, en reconnaissant que tout est un (fr. 50). L'individualisme de la pensée, cette illusion que chacun a une intelligence à soi (fr. 2), est au contraire le caractère propre de la connaissance sensible. Héraclite en a marqué avec force la relativité. Nos sens sont de mauvais témoins, si l'âme est un barbare incapable de pénétrer le mystère de leur langage (fr. 107). De plus, tandis que la pensée se donne à elle-même son propre accroissement (fr. 115), ils sont dans la dépendance des contraires, sans avoir, en même temps, égard à Fharmonie.
Au-dessus de la connaissance sensible, Héraclite paraît donc avoir placé une vérité absolue et une certaine sorte de connaissance scientifique. On s'explique donc mal qu'Aristote ait pu alléguer qu'il n'y a pour lui ni science, en raison même de l'écoulement perpétuel des choses sensibles, ni vérité, parce qu'il a nié le principe de contradiction (1). Mais ces critiques s'attaquent sans doute aux fanatiques que Platon a ouvertement visés (2), à qui le mobilisme d'Héraclite ne semblait pas assez radical et qui pensaient, avec ce Cratyle dont Platon aurait reçu l'enseignement avant de connaître Socrate (3), que l'eau du fleuve n'est pas même une fois identique; pour
(1) Metaph., Y 3, 1005» 23 sqq. ; Phys., I 2, 185 b »9-2i el al.
(2) ThééU. 179 e sqq. Cf. Cral., 334 a.
(3) Metaph. A 6 déb., et T 5, 1010"
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traduire la pensée, au langage qui la fige il préférait un simple mouvement du doigt! Or de tels excès ne peuvent s'expliquer convenablement qu'après l'Eléatisme, et comme la revendication intempérante de la multiplicité et du changement contre l'intempérante affirmation de l'unité et de l'immobilité. L'harmonîe des contraires, voilà plutôt ce que cherchait Héraclite, et non l'identité des contradictoires, qui d'ailleurs, comme tels, lui étaient inconnus; bien loin de consentir à l'éparpillement de la connaissance sensible sur tous les aspects passagers du devenir, il plaçait la vérité dans la substance unique, dont la loi sert de trame continue et de fond à cette diversité incessamment changeante.
La théorie de l'âme reflète cet 'e conception générale. L'âme est en eftet une exhalaison chaude ; car, pour connaître le principe, elle doit en avoir la mobilité ; se répandre comme lui partout, de sorte que tout est plein d'âmes et de génies; administrer le corps comme le feu gouverne le monde; se transformer enfin de la même façon que le feu. L'âme la plus sage est une âme sèche; humidifiée, comme il arrive dans l'ivresse, elle meurt. Quand nous sortons de l'engourdissement du sommeil, nous recommençons à aspirer la pensée qui est dans le feu, pareils alors à des tisons qui se rallument (1). Mais la véritable veille est celle dans laquelle, morts ou vivants, endormis ou non, nous voyons V unité et la communauté du cosmos (fr. 89). L'individualité de la vie est une mort, et l'immortalité consiste se replacer, dès cette vie si on le peut, dans le courant universel : Immortels, mortels; mortels, immortels; noire vie est la mort des premiers, et leur vie, notre mort (fr. 62). C est la croyance orphique, amputée de l'immortalité personnelle. Hadès et Dionysos sont un même dieu (fr. 15) et, comme pour le monde la conflagration totale, la mort est pour l'homme une vie renaissante.
(1) Cf. p. ex. fr. 36, 117 sq. et LXVIII, A 15 et 16 ; D. L. IX %
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Ce sentiment profond de l'identité de la pensée vraie avec la loi de l'univers inspire à Heraclite une conception parfaitement conséquente de la vie morale : La sagesse, dit-il avant le Stoïcisme, c'est dire des choses vraies, et agir selon la nature en écoutant sa voix (fr. 112). // n'en vaudrait pas mieux pour les hommes qu'arrivât ce qu'ils souhaitent (fr. 110). Si la passion est condamnable, c'est qu'elle exprime la prétention de l'individu à s'élever au-dessus de l'ordre naturel ou divin et à oublier sa dépendance : Marmot ! l'homme s'entend appeler ainsi par le dieu, comme F enfant par Vhomme (fr. 79). Par suite, la vraie religion doit être de fondre sa pensée dans cette pensée divine du feu, qui circule dans l'univers : adorer des images, c'est supposer qu'aussi bien on parlerait a vec des maisons ; célébrer des sacrifices sanglants ne sert pas plus à nous purifier, que la boue ne laverait la tache qu'elle a faite (fr. 5).
Originale, vigoureuse et profonde, la pensée d'Héraclite a mis son empreinte même sur les penseurs qui en ont été les adversaires les plus déterminés. Il a conçu l'opposition des contraires avec une généralité qu'on ne rencontre, ni chez Anaximandre, ni même chez les Pythagoriciens ou chez Alcméon. Mais surtout il a mis en une lumière toute nouvelle la notion d'une loi immanente au devenir, et servant de lien intelligible à ces contraires, simultanés ou successifs. Ce qu'on ne doit pas oublier pourtant, et ce qu'ont pareillement méconnu les philosophes du concept qui, dans l'antiquité, ont combattu Héraclite, ou les Hégéliens qui, de nos jours, l'ont exalté, c'est qu il a pensé sur le terrain et dans les cadres de la physique de son temps, se représentant la loi comme une substance plus subtile, mais non sur le terrain d une logique qui ne s'est constituée qu'après lui, ni, par conséquent, en vue d'en briser les cadres.