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Wissensckaft der Logik, II, p. 76 et suiv

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l'antiquité Menedemos d'Erétrie), ont refusé de faire entrer les jugements négatifs dans les jugements logiquement simples ou primaires. Sigwart appelle le jugement négatif, le jugement d'un jugement, c'est-à-dire un jugement dont le contenu est qu'un autre jugement n'a pas de valeur1. Quand M. Hermann Cohen conteste ceci, c'est parce qu'il ne voit pas la différence entre les jugements positifs, dans leur forme la plus simple, et les jugements, d'une espèce particulière qu'on peut appeler jugements confirmatifs ; mais c'est avec ceux-ci et non avec les premiers qu'il faut coordonner logiquement les jugements négatifs.

27. — La formation du jugement peut, comme nous l'avons vu, être empêchée parce que le souvenir d'un des sujets a disparu ou parce que tous les sujets, qui sont nécessaires à l'achèvement du jugement, ne sont pas donnés de sorte que la question ou demande est seule possible. Il peut arriver ensuite qu'un jugement ne soit formé que pour être rejeté, de sorte que la négation domine. Il y a encore un obstacle à ce qu'un jugement s'établisse dans la conscience; il peut exister un jugement antérieur avec lequel il est inconciliable. Un problème surgit alors. Ce mot signifie proprement « posé devant », « donné ». On peut, dans ce sens général, déjà dire qu'un problème est posé lorsque manquent les déterminations les plus proches. Déjà la demande et la question posent aussi des problèmes en ceci qu'ils imposent la tâche de trouver des déterminations et de prendre des décisions. Dans un sens plus étroit et plus précis il y a problème lorsque deux jugements — soit deux jugements positifs, soit un jugement positif et un négatif, soit enfin deux jugements négatifs, — sont inconciliables.

On pourrait appeler les uns, problèmes d'achèvement, les autres, problèmes d'affranchissement. Dans les premiers, l'imperfection de notre monde de pensée forme le nœud du problème, dans les seconds, c'est une rupture de ce monde. Le rapport de tension (différence vitale) qui apparaît lorsque l'harmonie ou l'équilibre psychique est rompu et qu'a si bien dépeint

i. Sigwart ; Logik, I, p. 119; 260. — Lotze ; Logik, p. 61. — Voir aussi H. Bergson : L'évolution créatrice, p. 312 (F. Alcan). — Sur Menedemos, voir Diog. Laërt. II, 135.

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Avenarius dans sa Kritik der reinen Erfahrung1 est commun à ces deux sortes ne problèmes.

11 appartient à la nature de l'énergie psychique d'enfanter des problèmes. La privation et la rupture n'existent que lorsqu'il y a assez de force pour maintenir ensemble les oppositions. Si on laisse disparaître un des membres de l'opposition, on ne s'aperçoit plus ni de la privation ni de la contradiction. Il y a des problèmes dans tous les domaines intellectuels et ils sont l'épreuve de l'esprit.

Nous nous en tiendrons ici à la seconde espèce de problèmes, à ceux auxquels le conflit des jugements donne naissance.

Lorsqu'un jugement positif élémentaire et le jugement négatif élémentaire correspondant se trouvent en face de l'autre, le rejet de l'un est compris dans l'acceptation de l'autre et réciproquement, en raison de la loi de dualité. 11 faut que B soit une caractéristique de A ou ne le soit pas. Le rapport n'est pas aussi simple lorsque deux jugements positifs ou deux jugements négatifs se trouvent en face l'un de l'autre. Si le rapport est à plusieurs termes, les deux jugements peuvent être faux et il peut arriver qu'un troisième vienne à prévaloir. L'abandon d'une hypothèse ne conduit nécessairement pas à accepter une autre hypothèse déterminée, lorsque plus de deux hypothèses sont possibles. On doit, en pareil cas, s'efforcer de réduire les diverses alternatives seulement à deux entre lesquelles on doit choisir.

Souvent le choix se base sur des raisons négatives. On se convainct qu'on ne peut prendre un des chemins et que par conséquent il faut prendre l'autre. La nécessité s'exprime ici négativement. On le voit, dans l'histoire de la logique, en ce que les principes logiques négatifs, le principe de la contradiction et celui du milieu exclu, ont apparu avant le principe positif, le principe de l'identité. Notre critérium de la réalité s'exprime souvent négativement : Nous ne pouvons faire utrement que de croire ceci ou cela ! Dans les commandeents éthiques primitifs, la forme négative prévalait : « Tu ne

4. Veir mon livre, Philosophes contemporains, trad. fr. p. 113 et suiv.

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commettras pas... » Le but a été de poser des limites dans lesquelles la vie pût se déployer. Les commandements expriment la réaction de la race sur ceux qui s'écartent des voies qui se sont montrées salutaires. La colère et la désapprobation, s'expriment avant la reconnaissance et l'approbation. Il s'agit avant tout d'empêcher les empiétements. Les interdictions étaient naturellement motivées par des desseins positifs qu'on voulait réaliser, mais les règles de rapports négatifs étaient plus nécessaires.

On emploie souvent, par politesse, égard ou pitié, une expression négative pour déguiser le caractère dur ou cruel que peut avoir une réalité positive. On nie alors le contraire de ce que l'on veut dire. C'est ce qu'on appelle la litote. « Ce n'est pas une plaisanterie. » « Je ne puis le louer. » « Gela ne va pas bien. » Quand Luther disait à Worms : « Je ne puis faire autrement », il ne donnait pas seulement à entendre qu'il avait examiné toutes les possibilités, mais en même temps il exprimait sa résolution de la façon la plus respectueuse. Il donnait à sa conviction la forme à la fois la plus forte et la plus douce.

28. — Seuls sont féconds les jugements négatifs qui constituenties intermédiaires nécessaires pour arriver à un jugement positif. Mais c'est justement une des conditions de notre connaissance que nous ne puissions souvent atteindre une détermination positive qu'après avoir traversé une série de déterminations négatives. L'espace « vide » était d'abord un simple concept négatif; on ne pouvait point lui attribuer de propriété physique. Plus tard des qualités, comme la qualité électrique et la magnétique, lui ont été attribuées. Quand on dit qu'un organe meurt faute d'usage, cela vient de ce qu'on s'est contenté d'une observation superficielle. Dans la réalité, il arrive que lorsque la fonction disparaît, les processus chimiques des tissus sont arrêtés et que l'organe devient une masse inactive qu'absorbent les tissus voisins.

L'histoire de la classification nous offre un exemple intéressant de la manière dont nous nous contentons d'enclore un domaine dont nous ne pouvons dire qu'une chose, c'est qu'il est différent d'un autre, déterminé et caractérisé d'une façon positive. C'est la tâche continuelle de la science de décou-

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vrir des caractères positifs à ce domaine. Aristote partageait les animaux en raisonnables et non raisonnables et ceux-ci en animaux qui ont du sang (rouge) et en animaux qui n'ont pas de sang (rouge) l. La classification animale de Linné semble ne s'appuyer que sur des caractères positifs . il comptait six classes : les mammifères, les oiseaux, les amphibies, les poissons, les insectes et les vers. Mais Guvier fit observer que la sixième classe ne pouvait être caractérisée que négativement. « On sait, dit-il, que Linné laissait encore pêle-mêle, sous le nom de vers, des animaux excessivement nombreux et divisés auxquels il était impossible d'assigner aucun caractère commun. En travaillant à mes premiers essais d'anatomie comparée, je fus frappé de l'impossibilité où je me trouvais de rien dire de général, ni sur le système nerveux des vers, ni sur leur circulation, ni sur leur génération, ni même sur leur digestion, et je m'aperçus promptement que cette classe n'avait pas été formée, comme les autres, sur des caractères positifs " ».

La méthode inductive avance souvent, comme la classification, au moyen de négations ; différentes possibilités ou hypothèses se présentent, sont examinées, et un certain nombre sont rejetées. Kepler n'adopta l'hypothèse de la forme elliptique des orbites planétaires qu'après avoir rejeté diverses autres formes. Ce fut la « méthode d'exclusion » qui le conduisit à ce résultat.

Il y a, entre la signification de la négation dans l'induction, et celle de la négation dans la classification, cette différence que dans l'induction les voies négatives sont des voies barrées tandis que dans la classification ce sont des voies ouvertes aux recherches postérieures. Notre connaissance finira peut-être à un carrefour où elle ne pourra plus avancer, ni dans la classification, ni dans l'induction. Nous arriverions alors à la fin du processus qui a commencé par la première distinction élémentaire. La force impulsive de la différence et de l'opposition, de

1. Cependant Aristote n'a pas fondé sa classification sur un seul caractère. Il combat justement la dicotomie. Gomperz : Griechische D enker y traduction française, Les penseurs de la Grèce. III (F. Alcan) .

2. Cuvier : Sur un nouveau rapprochement à établir entre les classes qui composent le règne animal (1812).

Hôffding. — Pensée.

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la privation et de la contradiction a développé des formes de plus en plus hautes d'énergie psychique jusqu'à ce que soit atteinte la limite où peut-être encore la pure spéculation et l'analogie poétique peuvent enfanter des pensées sur la nature et la valeur de l'existence, mais où la vérification de nos jugements par l'expérience devient impossible.

La négation joue un si grand rôle dans tout ce développement parce qu'il s'agit pour nous, qui sommes placés dans un point déterminé du temps et de l'espace, et qui nous basons sur des données appartenant à la nature même de la pensée, de nous orienter dans l'existence. La richesse de l'existence est trop grande pour être embrassée d'un regard ou par une seule série d'intuitions progressies. D'un autre côté la pensée peut voir plus de possibilités que l'expérience ne nous en montre qui soient réalisées par l'existence que nous connaissons. C'est donc tantôt notre horizon trop limité, tantôt nos idées trop larges qui doivent être niées ou corrigées avant que n'apparaisse la véritable connaissance.

c) Sujet et prédicat.

29. — On ne peut déterminer exactement le point où le jugement remplace l'intuition et l'association. Il y a une multiplicité de nuances dans le degré d'attention que nous attachons au rapport des éléments d'une intuition ou d'une série d'associations. Les limites en sont marquées d'un côté par le courant immédiat et spontané dans lequel ne se distinguent ni les sujets ni les processus et de l'autre par la prépondérance hypnotique ou extatique d'un seul élément. Entre ces deux limites se trouve une série d'états plus ou moins favorables à la formation d'un jugement. Ce qu'il y a de décisif, c'est que, quoique l'attention soit absorbée par un seul élément, la connexité avec toute l'intuition ou toute la série à laquelle il appartient se maintient, de sorte que son rapport avec la totalité apparaît distinctement, La continuité est la condition constamment nécessaire pour que l'application de l'attention dans une seule direction soit fructueuse. Les choses ne se passent pas ainsi que pouvaient le faire croire les anciens exposés de lalogique ; on ne commence

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pas par connaître chaque élément en lui-même, passant de là au rapport qui les unit quand ils forment un tout. Si le tout qui embrasse les éléments n'existait pas d'abord, leur réunion par la pensée serait inexplicable. Ce que peut faire la pensée, c'est de rendre conscient le rapport des éléments d'une totalité donnée et ceci peut demander un changement dans l'ordre de leur rapport immédiatement donné.

On a souvent voulu voir dans le fait que le jugement s'exprime par des paroles la marque distinctive qui sépare le jugement des processus psychiques plus simples que nous appelons intuition et association. Mais l'importance de la parole pour la pensée consiste essentiellement dans le concours qu'elle lui apporte lorsqu'il s'agit pour elle de maintenir le typique et le général dans sa différence avec le concret et l'individuel. On suppose par là qu'une comparaison des éléments a eu lieu. Cette comparaison est également nécessaire pour justilier le fait de transporter un mot d'un élément à un autre par métaphore ou par métonymie. Le jugement s'exprime par la parole, mais ne lui doit pas l'existence.

La parole, dans sa forme la plus simple, est une exclamation par laquelle un état provoqué par un élément trouve son expression. Une exclamation commune à plusieurs individus peut devenir un moyen de communication, et ce moyen de communication un moyen de pensée, le moyen de maintenir une pensée dans ses limites, en particulier de maintenir la différence entre les points de ressemblance et les points de différence dans un cercle de sujets. Le mot est, par suite, dans une relation si étroite avec la pensée que ce n'est pas un miracle s'il a été difficile de séparer le côté grammatical, le côté psychologique et le côté logique du jugement. Particulièrement en ce qui regarde le jugement, on a transporté directement les formes et les rapports de la proposition grammaticale déterminés par les lois de la langue, à l'activité de la pensée. Ceci a eu de l'influence surtout sur la conception du rapport entre le sujet et le prédicat du jugement, rapport sur lequel je vais tâcher de jeter quelque lumière.

30. — Le prédicat logique est le membre le plus important du jugement. C'est l'élément nouveau qui apparaît et que l'on

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montre. Le sujet est toujours donné précédemment. Tous les mots commencent par être des prédicats et ce n'est que plus tard qu'on s'en sert pour désigner des sujets. C'est en considération des auditeurs que celui qui parle exprime le sujet par un mot : pour lui, le sujet, ce qui existe auparavant, est donné ; tout le temps il a dans l'esprit le sujet, point de départ de sa pensée et de son discours ; mais ce n'est pas toujours le cas pour les auditeurs et par suite il lui faut indiquer ce dont il veut dire quelque chose1.

Pourtant, il y a des propositions dans lesquelles la représentation d'où l'on part, le sujet logique n'est pas du tout exprimé. Gela ne veut point dire que le sujet soit absent de la conscience de celui qui parle, mais seulement qu'il n'a pas le temps ou n'éprouve pas le besoin de l'exprimer. L'intérêt repose sur le prédicat. Le sujet logique est souvent caché, mais cependant tout tourne autour de lui. C'est le gond sur lequel tourne la porte, mais le mouvement, et non le gond, est nouveau.

Nous pouvons appeler ces propositions, où le sujet n'est pas exprimé, des jugements prédicatifs. On peut en distinguer plusieurs espèces. L'exclamation est l'expression parlée la plus courte et la plus brève pour annoncer que quelque chose de nouveau est apparu dans ce qui existait déjà. Il n'y a point de représentation de départ {terminus a quo) particulière si la conscience est absorbée immédiatement par la représentation terminale (terminus ad quem). Les enfants sont surtout occupés de ce qui remue; un petit garçon de dix-huit mois disait quand il voyait venir un animal : Vo (de Vovov, toutou) et il employait le même mot quand il voyait quelque chose se mouvoir, par exemple lorsque le vent agitait les hautes herbes sur la pelouse où il jouait. C'était évidemment le mouvement qui attirait son attention en opposition avec l'état antérieur relativement immobile. Ce qui est immobile et ne change pas ne provoque pas d'explosion-. L'exclamation : «Une étoile! «poussée subite-

1. Voir à ce sujet Ph. Wegener : Untersuchungen tiber die Grundfragen des Sprachbaus. Halle, 1883, p. 54.

2. W. Stem {Beitrâge zur Psychologie der Aussage. Erste Folge. Leipzig, 1903, p. 52 et suiv., 124 etsuiv.) a remarqué, en montrant des images à des enfants, que ce qui les intéresse d'abord, ce sont les personnes et les choses, ensuite les actions et l'activité, enfin les rapports et les pro-

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ment quand on découvre une étoile le soir dans le ciel clair est un jugement prédicatif. L'exclamation « une bonne idée ! » prononcée lorsque soudain une heureuse inspiration met fin à un embarras l'est également. Le narrateur naïf suppose souvent que l'idée d'où il part est connue et, occupé de son récit, il s'empresse d'exprimer le prédicat, oubliant de mettre le lecteur ou l'auditeur au fait de la situation. On en trouve, chez Hérodote, plus d'un charmant exemple (I, 144 ; V, 35 ; VIII, 21).

Souvent on n'éprouve que le besoin d'exprimer l'importance de ce qui arrive. Un seul mot peut y suffire : « Magnifique ! Bravo ! » Ce qui est magnifique est donné et on n'a ni l'envie ni le temps de l'exprimer. De pareilles exclamations qui contiennent le germe des jugements appréciatifs, expriment l'envahissement de tout l'état intérieur de celui qui parle par un sujet ; le prédicat logique est la qualité qui est attribuée au sujet par suite de cet envahissement. Le sujet lui-même n'est pas exprimé.

Le prédicat logique est également seul exprimé dans les propositions dites impersonnelles qui sont différentes des exclamations ; il y en a deux sortes.

Il y a des propositions impersonnelles, sans sujet, dans lesquelles le sujet a été nommé précédemment ou bien ressort de l'ensemble de telle façon que l'on sait au moins à peu près ce que c'est et qu'on peut le construire sous une forme plus ou moins déterminée. Dans son poème, La promenade des farfadets, Kaalund raconte comment ils abandonnent un pré et se précipitent en grande masse sur un pont où ils fourmillent. Il en arrivait toujours de nouvelles troupes ; « c'était comme si cela ne devait pas finir ». Ce qui semblait ne pas devoir finir, c'était le fourmillement des farfadets. L'impression indéterminée de l'infini ressort davantage parce que la phrase n'a pas de sujet grammatical déterminé. Dans le poème de Schiller, V attente, l'amant attend sa bien-aimée; chaque bruit, tout ce qu'il distingue peut annoncer sa venue ;

priétés. Cet essai a, comme tant d'expériences psychologiques, le défaut de ne pas nous montrer ce qui est purement spontané, car il s'agit d'enfants ayant déjà atteint un certain développement et qui ont un grand nombre de souvenirs à leur disposition. « Les actions et l'activité » ne peuvent pas se représenter d'une façon aussi frappante au moyen d'une image qu'ils ne sont perçus dans la réalité. La « substance » n'est pas, comme le pense Stern, la première « catégorie » de l'enfant.

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il ne s'agit que de savoir si le sens qu'il attribue à ce qu'il entend et à ce qu'il voit est juste. « N'entends-je pas marcher? Est-ce que cela ne bruit pas là dans l'allée feuillue ? Ne vois-je pas briller quelque chose de blanc ? Est-ce que cela ne luit pas comme la soie ? ». Le sujet grammatical n'étant pas déterminé, le phénomène apparaît dans toute sa spontanéité. Et pourtant il y aune représentation qui sert de point de départ ; car ce n'est qu'à cause de l'attente d'une personne bien déterminée que le bruit des feuilles et ce qui brille a de l'intérêt. Dans d'autres cas, la représentation qui sert de point de départ est encore plus indéterminée . L'espèce du sujet est seule représentée comme dans « Ça va bien ? » « Il paraît ! » Quelquefois on emploie le sujet grammatical indéterminé « on » : « On dit, on danse, on frappe. »

Dans la seconde catégorie de propositions sans sujet, il n'est pas grammaticalement possible d'indiquer un sujet déterminé. Il y a au fond une représentation toutà fait indéterminée. Ce sont les propositions impersonnelles ou sans sujet dans le sens le plus étroit du mot. On s'en sert pour exprimer des phénomènes de la nature, des états indéterminés, la marche de la destinée. On dit, par exemple : Il fait froid — Cela recule — Cela monte et descend. — Le caractère général et chaotique du terminus a quo se montre dans le fait qu'on peut souvent remplacer « cela » par « tout ». Ainsi il serait possible de dire, au lieu de « c'est si tranquille », « tout est si tranquille ». Le mot « ce » ou « il » n'est, d'après les philologues, employé dans les propositions impersonnelles que pour remplir une place vide et par analogie avec les propositions complètes ; nous trouvons là un pendant grammatical à l'introduction pratiquée souvent des formes et des fonctions conscientes développées dans les phénomènes psychiques élémentaires.

Au point de vue psychologique, l'élément servant de point de départ ne manque jamais (même s'il ne devient pas une représentation très claire) et, logiquement, on peut toujours construire un pareil terminus a quo, par suite traduire les exclamations les plus primitives en jugements logiques. Mais l'élément point de départ peut s'évanouir lorsqu'il entre en comparaison avec l'élément terminal. Les états hypnotiques et exta-

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tiques forment le point culminant d'une pareille disposition.

Si on regarde un jugement comme une combinaison consciente et déterminée de concepts, cette définition ne convient pas au jugement prédicatif dans lequel l'élément sujet demeure à l'arrière-plan de la conscience et n'est pas représenté clairement avec tout son contenu ainsi que le veut un concept. Mais cette définition peut être considérée comme un idéal. La logique est en droit de dire qu'elle ne s'occupe que du jugement entièrement développé dans lequel le sujet et le prédicat sont parfaitement déterminés. Le jugement prédicatif et les autres jugements dans lesquels ce n'est pas le cas ne sont alors que des approximations de jugements. Il peut y avoir un nombre infini de ces approximations comme il y a un nombre infmide degrés de conscience et de clarté.

Les jugements prédicatifs expriment des actes de reconnaissance. L'application du prédicat suppose le renvoi d'un élément à d'autres éléments, en somme une espèce de classification. Les cas les plus simples de reconnaissance ne permettent pas qu'on donne un nom à ce que l'on reconnaît. L'élément peut être posé comme «connu », mais c'est bien aussi le seul prédicat dont on dispose. Lorsque la reconnaissance immédiate est traduite sous la forme d'un jugement, la classification consiste en ceci que l'élément estcompté parmi le connu en opposition avec le nouveau. Au contraire, il peut y avoir des jugements prédicatifs où 1' « inconnu» ou «nouveau» devienne le seul prédicat, par cela qu'une description plus exacte supposerait déjà la reconnaissance de certains traits dans ce qui est nouveau. Dans les cas les plus simples, on ne peut que montrer.

Plus le rapport entre le contenu du sujet et le contenu du prédicat est multiple et varié, plus grand est le rôle que jouent non seulement l'attention et la reconnaissance, mais aussi les associations et les comparaisons ultérieures. Si l'on veut déterminer le rapport du prédicat avec le sujet jusqu'à épuisement, il ne faut pas se contenter de considérer la donnée immédiate, il faut le rapprocher et le comparer à autant d'autres sujets que possible. 11 est de plus en plus demandé à l'énergie psychique.

31. — 11 y a aussi des jugements où le sujet et le prédicat étant exprimés, le prédicat demeure néanmoins l'élément

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prédominant, tandis que le sujet est, jusqu'à un certain degré, enveloppé d'obscurité. C'est sur ce rapport entre l'obscur ou indéterminé et le clair ou déterminé qu'il faut fixer l'attention, lorsqu'on veut savoir quel est le sujet logique et quel est le prédicat logique. On ne peut pas toujours le découvrir si l'on ne considère que la proposition en elle-même ; pour y parvenir, il faut généralement la rattacher à l'ensemble.

Parfois le prédicat est placé le premier parce qu'on veut y appuyer, tandis que le sujet suit sans accent particulier, comme dans « Grande est la Diane des Éphésiens ! » — a Maintenant le terme est expiré 1 », — « Felix qui potuit rerum cognoscere causas! ». Le prédicat logique est souvent le sujet grammatical ou l'adjectif qui l'accompagne : « Tu es l'homme ! » — « Tous les invités sont arrivés. » On pourra toujours reconnaître le prédicat logique à l'accent qu'on met en le prononçant, quelque place qu'il ait au point de vue grammatical. « Le roi ne vient pas! » — « Il est parti ». Dans la question, soit de détermination, soit de décision, c'est toujours un prédicat logique qui manque et que l'on cherche. On possède le terminus a quo et l'on cherche le terminus ad quem. Quand nous revenons aux questions principales qui sont au fond de toutes les autres questions, nous touchons aux prédicats fondamentaux à ce qu'on appelle les catégories. Kant a nommé d'un terme frappant de justesse les catégories ou concepts fondamentaux de la pensée, « des prédicats de jugements possibles. » «Penser, dit-il, c'est connaître à l'aide de concepts et les concepts déterminent, en tant que prédicats de jugements possibles, quelque chose qui jusqu'alors était indéterminé »

Un seul sujet peut être déterminé successivement par une série de prédicats. Dans les propositions qui dérivent ou qui yésument, presque chaque mot peut exprimer un prédicat logique. Aussi dans le conte de Tolstoï : le Filleul, le récit commence par ces mots : « Un pauvre paysan entra chez son voisin pour lui demander d'être parrain de son fds nouveau-né. » Nous apprenons du même coup une suite de choses nouvelles.

Si maintenant un prédicat est attaché à un sujet comme

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