Logik. I, p
2. Archiv. fur syst. Philos., 1903. p. 114. — Logische Untersuchungen, II, p. 438.
LE JUGEMENT
on affirme et ce qu'on affirme. Car le premier est toujours le sujet et le dernier l'attribut p : le prédicat], en quelque ordre qu'ils se trouvent» (II, 9).
Il n'importe, à ce point de vue, que les jugements ayant des sujets déterminés d'une façon quantitative prennent une signification particulièrement méthodique en raison de la grande importance que le nombre, la mesure et le poids ont pour le savant. Le caractère logique et psychologique des jugements n'en est pas modifié. Il s'agit de ne pas se laisser égarer par la différence dans l'expression parlée et de ne pas conclure à une différence d'espèce ni dans la signification logique des actes du jugement ni dans celle du jugement lui-même.
33. — Il est temps de mettre en lumière la différence qu'il y a entre le jugement considéré au point de vue logique et le jugement considéré au point psychologique. Au point de vue logique, ce n'est que le rapport entre les deux termes du jugement qui a de l'importance tandis que, psychologiquement, c'est le processus par lequel la pensée, partant de la représentation qui sert de point de départ, atteintcelle qui conclut. Pour le logicien, il est indifférent que l'on commence par un terme ou par un autre pourvu que leur rapport soit clair et déterminé. Pour le psychologue, dans tous les cas, en formulant un jugement, nous partons d'une certaine représentation et passons de là à une autre ; la première est le sujet logique, la dernière le prédicat logique, de quelque façon que le jugement soit exprimé grammaticalement.
Aucun élément ne peut devenir sujet logique sans qu'il s'y attache un intérêt quelconque. S'il y a des idées absolument sansintérèt, elles glissent, inefficaces, dans la conscience. L'intérêt qui s'attache à un élément fait de cette idée un point de départ et agit comme un aiguillon qui vous pousse à en découvrir la détermination la plus proche. Une certaine tension se fait sentir jusqu'à ce que l'on ait atteint la représentation finale et cette tension est remplacée par l'intérêt pour le prédicat qu'on a découvert et que, pour cela, la diction accentue. L'intérêt pour le sujet est remplacé par l'intérêt pour le prédicat. La formation du jugement serait superflue si l'intérêt pour le sujet n'était pas arrêté par son indétermination. Le mystique
PSYCHOLOGIE DE LA PENSÉE
qui se plonge dans une seule pensée, toujours la même, ne forme pas de jugement. Et son sujet, à cause de son unité et de son absence de différence, serait mutilé par n'importe quel prédicat. Celui dont l'esprit est rempli d'intuitions et d'associations imaginatives repousse aussi le jugement. Goethe dit, dans son Voyage en Italie : « Je tiens les yeux toujours ouverts et j'imprime en moi les objets. Je voudrais m'abstenir déjuger, si seulement c'était possible. » Dans le jugement logique achevé, le sujet et le prédicat apparaissent liés d'une façon claire et déterminée. Aussi pendant le processus psychologique qui constitue la formation du jugement, ils ne sont pas entièrement séparés. S'ils l'étaient, on ne comprendrait pas comment ils pourraient être réunis par un jugement. Tandis que le jugement naît de l'intuition ou de l'association, la totalité à laquelle appartiennent les termes du jugement est toujours présenteàlaconscience . G'estau dedans de cette totalité que l'attention passe de l'idée point de départ, qui devient le sujet du jugement, à l'idée terminale, qui devient son prédicat. Le mouvement se répète plusieurs fois dans les deux sens ; il y a deux courants, l'un qui porte en avant, l'autre qui retourne en arrière. Ce qui était d'abord l'idée de départ devient, lorsque le courant est dirigé dans l'autre sens, l'idée terminale : voilà pourquoi, dans le jugement, le sujet est aussi bien déterminé par le prédicat que le prédicat par le sujet.
Dans les théories de la logique, on a dirigé l'attention tantôt sur un des rapports de détermination, tantôt sur l'autre. La conception la plus générale a été que, dans le jugement, le sujet était compris dans le prédicat, dont l'étendue était plus grande que la sienne. «L'homme est bon» veut dire : « L'homme fait partie des êtres bons. » Le prédicat est conlinens, le sujet contentum. Le sujet est donc déterminé, le prédicat reste indéterminé, mais il contient le sujet. Contrairement à ceci, M. Benno Erdmann1 soutient que c'est le sujet qui détermine le prédicat, son contenu étant renfermé dans le sujet. « L'homme est bon » veut donc dire «La qualité de bonté est une partie de l'essence de l'homme. » Ces manières de voir, en apparence opposées,