‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 17 sur 60 · Die Urteilsfunktion. Vienne, 1895, p · texte numérisé non relu

Die Urteilsfunktion. Vienne, 1895, p

Hôffding. — Pensée. 7

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PSYCHOLOGIE DE LX PENSÉE

quent, il nous faut soumettre nos images, nos analogies et nos schémas, aussi bien que les mots que nous employons, à une critique fondamentale en nous demandant si nous pouvons, avec leur aide, tirer toutes les conséquences de la chose qu'ils représentent et en pénétrer toutes les particularités. Là où ce n'est pas possible, la valeur du signe dont il s'agit est limitée. Nous ne pouvons peut-être pas penser sans signe et sans image ; mais la pensée montre qu'elle en est indépendante par la perpétuelle critique à laquelle elle les soumet. Leibniz a jeté beaucoup de lumière sur ce rapport, surtout lorsqu'il a dit : « Si même les signes sont volontaires, il y a dans leur usage et dans la façon dont ils sont liés quelque chose qui ne l'est pas *. »

Lorsqu'on se sert d'exemples, le rapport entre la pensée et l'image apparaît clairement. Nous ne tirons de l'exemple que des conclusions que tout autre exemple nous fournirait aussi bien. Et si nous ne nous en tenons pas à cette règle, nous mésusons de l'exemple, comme lorsque nous étendons une comparaison au delà du tertium comparationis.

35. — Jusqu'à ce que le jugement soit achevé, le sujet demeure, comme nous l'avons vu, dans un certain degré d'indétermination. Et même quand le jugement est formé, la question est de savoir si tout le contenu de la représentation qui sert de point de départ est renfermé dans le prédicat (ou les prédicats). Il faut toujours que ce contenu subisse une limitation pour entrer dans le jugement. Toute détermination serait donc une négation. Définir, c'est limiter. Il y a toujours sous nos clairs jugements un dessous obscur qui n'est pas épuisé et dans lequel nous chercherons peut-être plus tard des prédicats. La limitation, qui est nécessaire à la formation du jugement, disparaîtra peut-être un jour. Le rapport du jugement et de l'intuition (ou association) est un rapport irrationnel. Il y a toujours possibilité pour plusieurs décimales.

On ne peut pas trouver un premier sujet. Mais on ne peut pas trouver davantage un prédicat ultime et concluant. Chaque prédicat peut encore devenir sujet, ou le sujet déterminé par

1. Dialogus de connexione inter res el verba (opera philos, ed. Erdmann, p. 77). Voir mon mémoire sur L'Analogie el sa signification au point de vue philosophique {Mind} 1905).

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un prédicat peut encore devenir la base d'un nouveau jugement. Notre pensée part nécessairement d'une base plus ou moins indéterminée pour arriver à une détermination intégrale qui cependant pose toujours de nouveaux problèmes et demeure un idéal. L'existence, qui se manifeste dans nos expériences, ne peut pas être épuisée par une série de prédicats ni même par plusieurs séries de prédicats. De nouvelles représentations servant de point de départ surgissent perpétuellement et demandent toujours de nouvelles conclusions.

d) Validité du jugement.

36. — Comme le jugement désigne un nouvel état de totalité ou d'équilibre, il est lié à la persuasion de sa validité, même si cette persuasion n'est pas exprimée d'une façon positive. Mais il ne faut pas entendre les choses comme si le jugement apportait la conviction ou l'hypothèse de sa validité. La conscience agit dès l'abord avec une confiance spontanée, instinctive pour tout ce qui surgit en elle et pour elle, aussi bien pour ses éléments que pour leurs relations. Nous naissons tous dans la foi; le doute n'apparaît qu'après... s'il apparaît. Et que la foi existe, on le constate à la manière par laquelle elle se manifeste dans l'action. Une impression sensorielle détermine un mouvement aussi vite qu'elle détermine une perception et peut-être plus rapidement comme il arrive pour les mouvements réflexes et pour les instinctifs. L'impression à elle seule agit comme l'étincelle qui tombe sur la poudre ; elle met en branle une énergie qui peut sembler sans proportion par rapport à l'influence exercée. Et cette énergie ne peut se décharger complètement que dans le mouvement et l'action. La foi se montre dans l'action avant d'apparaître comme un état de conscience particulier. Elle se manifeste immédiatement en allant au-devant de ce qui fait son objet et en s'y dévouant. Le désir et l'attente précèdent la pensée qui étudie et la tranquille contemplation

Quelques psychologues anglais ont mis en évidence cette foi originelle et spontanée. Hume surtout a accordé une grande importance à l'expansion qui, d'un réveil, d'un mouvement partant d'un seul point de la conscience peut s'étendre à l'état

tout entier; sous l'influence d'une perception vive ou d'un sentiment intense, nous sommes disposés à accorder notre confiance à toutes les représentations qui s'y rattachent et qui participent à son existence et à son intensité. Bain a insisté sur la tendance motrice originelle, le besoin de mouvement qui nous fait souvent agir sous la pression de représentations avant de les avoir examinées. La relation de la représentation avec le besoin de mouvement est tout d'abord plus étroite que sa relation avec d'autres représentations qui pourraient la déterminer, la limiter et peut-être même l'arrêter. C'est le besoin de mouvement qui spontanément nous pousse à faire l'épreuve de nos représentations en les essayant dans l'action, par conséquent en appliquant une sorte de méthode expérimentale. Cette foi originelle ou cette attente apparaît déjà dans la reconnaissance, comme nous l'avons vu plus haut (16). Elle agit, sous la forme la plus simple avant que des représentations libres ne se soient formées. Nous ne développons pas d'abord complètement et clairement nos représentations pour revenir ensuite en examiner la validité.

Mais, abstraction faite de l'influence de l'expansion et du besoin de mouvement, il advient que, par suite de ce qu'on pourrait appeler l'énergie psychique, les perceptions et les représentations ont toute notre confiance et toute notre adhésion tant qu'il n'apparaît pas d'éléments contraires. Nous n'avons pas de raison de douter de leur validité aussi longtemps que rien ne les arrête. De même qu'un mouvement ne change de vitesse et de direction que 'lorsqu'une force extérieure intervient, la direction du développement de notre conscience dans un certain sens ne se modifie que lorsque surgissent des motifs qui font pression dans un autre sens. Un besoin ou un appétit, une fois éveillé, ne peut disparaître (s'il ne meurt pas faute d'aliments), qu'en étant remplacé par un autre besoin. Ainsi les premières convictions et les premières attentes de l'homme, qu'elles soient dues à ses propres efforts ou à des traditions, ne changent que lorsque des expériences ou des affirmations contraires exercent leur influence. Le doute est toujours secondaire.

Toute intuition, toute association et tout jugement a, par con-

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séquent, un caractère existentiel. Il en est de même pour les conclusions que nous tirons de nos jugements. Le dogme précède la critique. L'histoire de la pensée en témoigne par la tendance qu'elle manifeste à regarder les opinions, les concepts, les formes d'intuitions comme des réalités absolues. Le nombre des Pythagoriciens, les idées de Platon, la substance de Spinoza, l'espace dé Newton, les atomes des matérialistes, « la chose en soi » de Kant en sont des exemples. On retrouve ainsi chez les penseurs la tendance qui donne à la conscience populaire une conviction si ferme de la réalité du monde sensible, en dépit de toutes les objections subjectivistes et de toutes les déceptions causées par les illusions des sens.

Otte certitude primitive sur laquelle repose notre vie pratique tout entière et qui se manifeste dans notre connaissance, depuis le premier germe, a sa raison d'être dans l'instinct de conservation et elle est d'une grande importance dans la vie. Mais elle n'a pas tout à fait le même caractère que la conviction qu'on peut atteindre après avoir traversé le purgatoire du doute et de la contradiction (voir ci-dessus 26-S27). Elle ne se présente pas comme un élément particulier, indépendant de l'intuition même, de l'association ou du jugement et elle ne devient pas le contenu d'un prédicat. Justement parce qu'elle est absolument spontanée, elle n'est pas l'objet d'une recherche et n'est jamais une idée finale, un terminus ad qiceni. Elle détermine tout le caractère de l'état, mais n'est elle-même ni objet ni sujet. On peut exprimer ce caractère absolument immédiat de conviction en attribuant à nos intuitions, à nos associations et à nos jugements une qualité d'existentialitô originelle qui ne devient un objet de conscience exprimable que lorsqu'une qualité opposée, la non-existence, apparaît en face. Cela arrive d abord au moyen de la déception et de la privation. Alors s'expérimente la différence qu'il y a entre être et ne pas être. Il en est de l'existentialité comme de l'innocence ; l'une et l'autre ne se montrent à la conscience que lorsqu'elles se trouvent en face de leur contraire ; on ne sait qu'elles existent que lorsqu'elles sont menacées de disparaître ou lorsqu'elles disparaissent.

Je me sers du mot de qualité, à propos de la qualité d'existentialité, comme lorsqu'il était question de la reconnaissance

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de l'espèce la plus simple. Par là j'entends l'immédiat, le spontané, et enfin l'indescriptible dans un état ou dans un sujet, et pour exclure la tendance qui, soit qu'il s'agisse de la reconnaissance, soil qu'il s'agisse de la certitude de l'existentialité, veut trouver, dans les phénomènes de conscience purement élémentaires, un rapport qui n'apparaît qua un degré de conscience plus développé. De môme qu'on a pensé que toute reconnaissance était due à un jugement, on a imaginé que la différence qui se trouve à un degré supérieur entre la certitude d'existentialité et la simple représentation devait être antérieure. Mais on n'a pas le droit de supposer qu'il y ait chez l'enfant et chez le Patagon ce que, par l'analyse, on découvre dans la conscience de l'Européen arrivé à l'âge d'homme. La psychologie génétique et l'analytique se trouvent ici en opposition. Lorsque, avec F. Brentano et ses disciples, on part de ce point qu'il faut présupposer un jugement pour qu'il puisse y avoir certitude d'existentialité, on arrive à penser qu'il y a jugement dans les manifestations les plus spontanées de la vie psychique. On fait alors de la scolastique; ce n'est plus de la psychologie ni de la théorie de la connaissance l.

37. — L'expérimentation spontanée qu'appelle la présence antérieure de la qualité d'existentialité, peut conduire à des expériences à l'aide desquelles on critiquera la qualité immédiate d'existentialité. Si le besoin d'agir d'une certaine manière et dans un certain sens se heurte à une résistance disproportionnée ou si elle apporte avec elle des souffrances insupportables, il disparaît peu à peu, dans le cas où l'énergie à dépenser dans cette résistance ou dans cette souffrance, ne peut être assez grande pour vaincre les obstacles. Ou bien il arrive que la première attente, si assurée, se transformera — sous l'influence môme de l'opposition — en une intuition plus nette ou en un jugement, de sorte qu'une comparaison précise entre

I. Voir ma critique des théories de M. Meinong, un des principaux disciples de Brentano, parue dans le Gôttinger Gelehrter Anzeiyer, 1896, p. 299 et suiv., et où je me suis servi pour la première fois du terme de qualité d'existentialité. M. Stumpf qui, dans sa Tonpsychologie (1883), se rangeait à l'opinion de Brentano et regardait toute perception et toute remarque comme un jugement, distingue aujourd'hui nettement entre ces fonctions élémentaires et le jugement. {Erscheinun^en und psychische Funktionen. Abhdl. der preuss. Académie der Wissenschaften, 1906, p. 16).

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ce qu'on a attendu et ce qu'on rencontre a lieu. Il arrive alors une de ces deux choses : ou le contenu de l'attente manquera du caractère d'existentialité et deviendra « seulement » le contenu d'une représentation, la représentation de quelque chose qui est « seulement » possible, peut-être de quelque chose d'impossible ou de quelque chose qui est passé si même cela a eu lieu. Ou bien l'attente première peut être changée de la même manière que nous avons vu se transformer l'intuition immédiate. De la déception sortira alors un enseignement, et l'attente sera limitée ou transformée de telle sorte qu'elle ne sera pas ébranlée par des expériences contraires.

Lorsque nous avons passé en revue toutes ces considérations» nous nous convainquons que le problème essentiel de la psychologie de la connaissance n'est pas d'expliquer comment nos perceptions et nos représentations peuvent être l'expression d'une réalité ; au contraire, le problème est de montrer comment il peut y avoir en nous des représentations de choses purement possibles, d'irréelles ou même d'impossibles. Et seulement alors il peut être question de savoir comment nous distinguons le réel de l'irréel, quel critérium de réalité nous possédons, et ce qu'est proprement la réalité.

Le critère de la réalité montre qu'il n'est qu'une application, éclairée par la réflexion, de l'expérimentation spontanée à laquelle conduisent déjà la qualité d'existentialité et l'attente première. L'attente doit être formulée comme une question déterminée. Des sujets antérieurs et des suppositions spontanées auxquelles ils ont amené, il faut tirer des conclusions déterminées, puis chercher comment ces conclusions se vérifient par les expériences qui se poursuivent. L'attente doit être formulée comme une hypothèse qui cherche un appui. Le critère de la réalité consiste dans l'accord et dans la connexité légitime d'autant de représentations que possible. Le témoignage des différents sens, celui des diverses conclusions et celui des différents individus doivent se concilier et être conciliâmes, de façon qu'il y ait entre eux une connexité si légitime qu'on puisse conclure de l'un à l'autre. Tout l'être existant doit en dernier lieu constituer une grande totalité dont tous les membres s'enchaînent les uns aux autres d'une façon nécessaire ou

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seulement naturelle. Les illusions et les hallucinations, les rêves et les fantaisies, les spéculations et les pressentiments doivent, môme lorsqu'ils apparaissent avec l'existentialité la plus vivante, céder devant le grand enchaînement qui estnotre suprême refuge dans les cas de doute, le rempart derrière lequel nous jugeons ce qui doit être appelé réalité et ce qui ne doit avoir que le nom de représentation. Si le monde de la vie de veille pouvait être aussi bien ordonné et compris par le monde du rêve que celui-ci l'est par celui-là. il serait impossible de déterminer une limite entre la réalité et la non-réalité.

La réalité est la vérité réelle. On peut dire d'un groupe de représentations qu'il a une vérité formelle quand il s'est formé d'une façon conséquente, par la réflexion, partant d'un point déterminé. Et si l'enchaînement logique, conséquent, est un élément essentiel du concept de la réalité, ce concept suppose le concept de la vérité formelle qu'il appartient à la logique de développer. Le concept de la réalité comprend, outre la vérité formelle, l'enchaînement légitime et l'accord entre autant de points de vue différents que possible. 11 faut, pour l'obtenir, une refonte detous les points de vue d'où nous pouvons nous orienter dans l'existence *.

Carneade, dans l'antiquité, avait déjà soutenu d'une façon très nette que le critère de la réalité ne pouvait pas être quelque chose d'absolument simple, parce que, faisait-il observer, on ne pouvait se fier à une seule perception ou à une seule représentation passagère 2. Ce n'est pas la force persuasive d'une représentation qui est décisive; ce qui importe, c'est qu'elle puisse être maintenue après avoir subi plusieurs examens. (La représentation ne doit pas seulement être iciSav^, mais avant tout àxzçCaxaxw et SieçwSsujxévij.) On ne peut se fier à un seul signe caractéristique, mais à l'accord (auvSpou.^) de tous les signes.

La connexité légitime est, pour la science moderne, le critérium de la réalité. Ainsi Galilée a-t-il dit : « Le signe caractéristique de ce qui est naturel et vrai (la propriété e condizione delle cose naturale e vere) est, non seulement qu'il n'y ait pas

1. Voir au sujet de tout ce qui précède mon Esquisse d'une Psychologie (traduction française), VD. (Perception du réel.)

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