H. Bergson : L'évolution créatrice, p. 359 et suiv
HISTOIRE DE LA PENSÉE
dano Bruno ont ouvert la voie à cette idée. Et elle sait aussi, grâce à Descartes et à Kant, que sa connaissance est conditionnée par la nature et la manière d'opérer de l'esprit humain . Cette science est l'œuvre de personnalités qui sont à des stades déterminés dans le monde de la nature et dans celui de l'esprit et elle doit montrer quelle compréhension de l'être elles peuvent atteindre dans ces conditions. Mais la personnalité n'est pas seulement son point de départ; son but suprême est la compréhension de la personnalité elle-même, l'être le plus concret etle plus individuel que nous connaissions. Et en connexité avec cette question, il y en a une autre que la pensée antique n'a jamais examinée de très près. Dans la science et dans la pensée, c'est l'intérêt intellectuel qui domine et doit dominer ; mais en dépit de toute son importance, ce n'est qu'un des intérêts qui occupent l'homme. Il s'agit donc de savoir jusqu'à quel point les autres intérêts sont satisfaits par la manière dont l'est l'intérêt intellectuel. Toute une suite de nouveaux problèmes surgissent alors. — Si la pensée moderne marque un progrès sur la pensée antique, ce progrès ne signifie pas, en tout cas, que les problèmes qui se posent soient devenus moins nombreux.