CAUSALITÉ
a. Subsistance et inhérence. Causalité et dépendance. Réciprocité.
b. Possibilité, réalité, nécessité.
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qu'au moyen de l'énergie synthétique originale de la conscience. Ce qu'il y a de fécond dans cette vue, c'est qu'elle incite à toujours renouveler la recherche pour trouver de nouveaux élé^ ments dans l'ensemble de l'expérience et pour déterminer cet ensemble d'une façon toujours plus exacte.
En dehors du concept de la continuité, il y a encore un concept qui, conséquemment, devait avoir place dans la théorie des catégories de Kant, le concept de relation (détermination de rapports). On voit, d'après les notes de Kant pour sa Critique de la raison pure (les Réflexions éditées par M. Benno Erdmann), que c'est en s'occupant du concept de relation et de son importance pour la pensée qu'il en est arrivé à regarder la synthèse comme la forme fondamentale de toute conscience et de toute pensée. Non seulement il dit : « Notre raison ne contient que des relations », mais il ajoute encore : « la catégorie du rapport (de l'unité de la conscience) est la plus importante de toutes. Car l'unité ne concerne proprement que le rapport *. » Il a donc supposé qu'il existait une connexité très étroite entre les concepts de synthèse et de relation. Il ne les a pas rangés parmi ses catégories, parce qu'il les regardait comme les conditions de toutes les catégories spéciales. C'est pourquoi la remarque significative que nous avons citée n'a pas eu d'influence sur son tableau systématique des catégories.
L'objection essentielle que l'on peut faire à la théorie kantienne des catégories est qu'elle rétrécit trop le concept de catégorie. En premier lieu, le temps et l'espace ne sont pas pour lui des catégories, mais des «formes de l'intuition». Cependant notre connaissance ne demeure pas le regard simplement fixé sur ce qui s'étend dans l'espace et dans le temps ; nous avons à faire à des rapports de temps et d'espace déterminés, à des rapports d'un genre spécial qui ne peuvent être compris dans aucun des rapports que désignent les catégories de Kant, mais qui doivent être comptés parmi les rapports fondamentaux avec lesquels travaille notre pensée. Sur ce point, Kant sépare trop nettement « l'intuition» de « l'entendement ». — En second lieu, il ne fait pas entrer dans ses catégories les
1. Voir mon article : Om Konlinuititen i Kant philoso fiske Udvikling {Sur la continuité dans l'évolution philosophique de Kant).
rapports purement logiques d'identité, de différence et de ressemblance quoique, ainsi que Platon l'avait déjà vu clairement, ce soient les plus nécessaires et les plus simples des formes avec lesquelles travaille notre pensée et quoique nous puissions examiner la validité de ces formes aussi bien que nous examinons celle des concepts de quantité et de cause. — En troisième lieu, il sépare nettement les catégories qui sont toujours appliquées à des rapports finis, limités, des « idées » (le mot étant pris en partie dans un autre sens que celui que leur donnait Platon) qui demandent un achèvement absolu du travail de la pensée dans une perception d'ensemble. Il ne voit pas que les catégories ont en vérité des exigences idéales à l'égard du travail de notre pensée. Quand le concept de causalité et celui de quantité sont-ils complètement satisfaits ? Ne demandent-ils pas aussi bien que « l'idée » du monde, par exemple, une perception d'ensemble pour être complètement appliqués ? La continuité, oui, même l'expérience (dans le sens que Kant lui donne) offrent bien, chacune, un grand idéal à notre connaissance. On a déjà vu (37-38) que le concept de la réalité était un concept idéal.
55. — Tandis que Platon et que Kant avaient commencé par analyser l'activité de la pensée telle qu'elle se manifeste dans le jugement, Hegel avait fait partir son système logique des concepts les plus simples, les plus abstraits, croyant que tout concept, quand il est bien pensé, doit conduire aux autres concepts. En effet, une contradiction apparaît quand un seul concept est donné comme l'expression de l'existence unique et embrassant tout. Et delà force impulsive de la contradiction dépend la marche de la pensée dans la logique de Hegel. La contradiction est pour lui la preuve qu'il n'y a pas de pensée pouvant rester isolée, que le monde de la pensée constitue une totalité contre laquelle on pèche en maintenant un point de vue particulier. Mais justement pour cela, on peut, affirme Hegel, commencer sûrement par une pensée particulière, par la plus pauvre de toutes, si l'on veut ; elle conduira, par une nécessité intérieure, à d'autres pensées, de sorte qu'on arrivera toujours à des pensées de plus en plus riches.
En fait, Hegel a pourtant admis que la théorie des catégories
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supposait une préparation historico-psychologique. Dans sa Phénoménologie de V esprit, il a présenté les degrés par lesquels l'esprit humain, et par lui « l'esprit du monde », s'élève à un point de vue d'où les pensées se déploient d'après leurs propres lois, travaillant toujours à monter à travers des contradictions, vers l'unité qui contient les oppositions en lutte.
La catégorie déterminante chez Hegel était une catégorie qu'Aristote avait mise au même rang que les autres, mais qui se manifeste comme celle qui dépend le plus immédiatement de la nature de la pensée : la détermination de rapport, la relation. Pour Hegel, la contradiction ne vient que de ce qu'on traite d'un concept sans considérer les rapports qui le déterminent et le limitent. C'est une contradiction de rester en face du concept abstrait de l'existence (de l'être) puisqu'il ne peut avoir de contenu et que l'existence de rien est une non-existence. C'est une contradiction de rester en face du concept d'identité, car il suppose des membres qui sont identiques et ces membres doivent être différents, puisqu'on peut les distinguer les uns des autres. Le concept d'identité vous conduit alors au concept de différence et par-dessus le marché en est différent ! C'est une loi de relation, la loi de rapport ou peutêtre encore mieux la loi de détermination de rapport que la dialectique hégélienne met en relief.
C'est que Hegel néglige de voir, c'est que chacun des concepts qui peuvent ainsi être pris et examinés comme des exemples du caractère « dialectique » de notre pensée, est lui-même issu d'une connexité déterminée, donnée. Que lorsqu'ils sont examinés et déterminés, ils puissent être rangés par série allant du plus simple et du plus abstrait au plus concret et au plus individuel, c'est autre chose ; la question est seulement à cet égard de savoir si l'ordre de trinalité de Hegel, thèse, antithèse, synthèse suprême de l'une et de l'autre, est l'ordre véritable. L'affaire est que, dans Hegel, ce qui apparaît comme le développement de la pensée par elle-même, une espèce de generatio equivoca logique, est, en réalité, le produit d'une action réciproque continuelle entre les formes de la pensée et ses objets. Notre pensée est une réflexion, à la fois dans ce sens qu'elle cherche toujours quelque chose et dans ce sens,
qu'à chaque degré, elle suppose des éléments qu'elle se met à découvrir (voir 2-4). Hegel puise toujours dans le souvenir des expériences, des expériences de la race et des siennes propres; c'est ainsi qu'il obtient les éléments que suppose la réflexion.
La réflexion elle-même (et les concepts ouïes idées par lesquels elle conclut son travail) ne vient pas, dans le monde de la pensée hégélienne, en premier, mais en dernier, justement parce qu'elle est la plus riche, la plus concrète des catégories, celle qui, dans sa loi de détermination des rapports, contient en elle toutes les autres catégories. Son système de logique, en vertu de la loi de trinalité, peut être figurée par ce tableau :
I. — Existence (être) : a. Qualité ; b. Quantité ; c. Mesure.