IL. — Essence : a. Fond ; b. Phénomène ; c. Réalité
M. — Concept : a. Concept subjectif ; b. Concept objectif; c. Idée.
Des pensées les plus simples, on passe aux pensées qui sont clairement déterminées par leurs rapports (II), et de celles-là à des pensées qui expriment des totalités (III). Par idée, Hegel comprend comme Kant, un concept de totalité. L'idée est libérée de toutes les limitations et contradictions, dont chacun des membres précédents du système souffre plus ou moins.
Mais Hegel rejette d'une façon très nette la limitation que Kant impose aux catégories et aux idées lorsqu'il en fait des pensées humaines fondamentales dont l'emploi doit d'abord être l'objet d'un examen. Sa théorie des catégories est, comme celles de Platon et d'Àristote, une métaphysique. Les catégories sont des lois de l'existence, non seulement les lois de la pensée humaine et ce qui pousse de degré en degré, ce qui agit dans la méthode dialectique, c'est aussi l'essence la plus intime de l'existence. Hegel pouvait dire, comme Goethe : « Le noyau de la nature n'est-il pas dans le cœur de l'homme? » C'est l'essence de l'existence, comme totalité idéale et absolue qui, parce qu'elle ne peut être épuisée par quelque pensée particulière, oblige la pensée à marcher vers des unités toujours plus hautes. La loi de la pensée ne fait qu'un avec la loi propre de l'existence.
Même si l'on voulait adopter cette conception, il n'y aurait pas de raison de supposer que la contradiction soit le seul
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motif qui pousse la pensée en avant. Il peut surgir de nouveaux sujets qui réclament ce qui leur est dû, même s'ils ne sont pas en contradiction avec les autres sujets, et qui peuvent amener la disparition de quelques catégories et la refonte d'autres catégories ou en demander de complètement nouvelles. La réflexion peut aussi être poussée vers des conjectures ou vers de nouvelles recherches par une tendance à l'expansion, une tendance à étendre la connaissance acquise au delà de ce qui a été posé jusqu'alors, tendance qui est d'une extrême importance pour le développement de la vie de l'esprit.
Les penseurs qui, de nos jours, sont le plus près ou croient être le plus près de Hegel, dans sa théorie des catégories, ont cependant modifié plus ou moins sa philosophie dans le sens de la conception de Kant. L'assurance dogmatique leur manque. Ils sont animés par la conviction qu'aucune pensée ne peut avoir sa validité quand elle est isolée et absolue. La vérité doit constituer une totalité, une connexité infinie. « L'absolu » doit être l'expérience achevée, comprenant tout, mais une pareille expérience est un perpétuel idéal. Nous travaillons constamment à suppléer au fragmentaire et à l'intégrer dans notre connaissance. Tandis que Hegel, dans sa logique, fait sortir les concepts l'un de l'autre par une nécessité intérieure et s'occupe de préférence du monde éthéré de cette pensée, ses modernes disciples sont plus occupés à monter du monde de l'expérience finie et limitée au stade de perfection. Leur œuvre rappelle davantage la Phénoménologie de l'esprit que le Système de Logique. Leur pensée n'est en vérité qu'un essai fait pour établir le critère de la réalité, et c'est une chose caractéristique que M. F. H. Bradley, qui offre le type le plus complet des philosophes de ce groupe, se serve du mot d'expérience totale (expérience entire) pour désigner l'idéal de la connaissance (voir ci-dessus 37-38).
56. — William Hamilton, adhérant essentiellement à Kant, a fait une tentative intéressante pour établir une théorie des * catégories où la relation (détermination des rapports) était mise en relief comme concept principal. Chaque acte de la pensée fixe une condition et une limitation : to think is to con-
dition. Les concepts essentiaux avec lesquels notre pensée opère indiquent des rapports et des conditions. Le sujet et l'objet, la chose et sa qualité, la cause et l'effet, les rapports de degré, d'espace, de temps, en offrent des exemples. Et en raison de la loi de condition et de relation il arrive ceci, que la comparaison et le jugement agissent dans toute perception, dans toute fonction de la connaissance. Ce que la conception d'Hamilton, comme celle d'autres kantiens, a de propre, c'est que la loi de rapport y est surtout comprise comme apportant une limitation, comme étant l'expression de notre nature finie. Il ne fait pas ressortir que toute connaissance et toute intelligence, tout progrès dans notre savoir, consiste en ce que plusieurs rapports sont démontrés et enveloppés dans l'observation, et que chaque rapport en particulier est déterminé plus exactement *.
Dans Comte, le fondateur de l'école positiviste, nous trouvons un système de catégories qui, dans ses traits principaux, rappelle celui de Kant. Pour Comte, le lien est la forme la plus générale de la pensée : Tout se réduit toujours à lier. La connaissance jaillit d'un besoin d'unité. Et le lien existe de deux manières ; il existe en partie dans la ressemblance mutuelle des sujets, en partie dans l'ordre avec lequel ils se succèdent dans le temps. Par ceci, la relation est déjà donnée comme une détermination essentielle. En dehors des rapports réciproques des sujets, Comte, s'accordant là expressément avec Kant, insiste aussi sur le rapport de la pensée et de l'objet.
La différence entre le rapport d'équilibre et le rapport de mouvement, entre la statique et la dynamique que Comte cherche à montrer dans les divers domaines scientifiques, repose sur la différence entre la ressemblance et la succession. Où il y a équilibre et repos, il n'y a qu'un rapport de ressemblance à montrer ; où il y a succession et mouvement, le problème est de trouver la dépendance du suivant vis-à-vis du précédent. Là où règne le rapport de ressemblance, on peut plus facilement formuler des propositions générales et se ser-
1. Voir mon Histoire de la Philosophie moderne (traduction française), II, p. 402-406.
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vir de déductions ; là où règne le rapport de succession, en sorte que les sujets ont un caractère historique, nous sortons difficilement du spécial et l'induction devient souveraine. Comte a établi sa classification des sciences sur ce principe (généralité décroissante, complexité croissante), en partant de la mathématique pour arriver par l'astronomie, la physique, la chimie, à la biologie et à la sociologie. Dans cette dernière sphère, la plus concrète, le rapport entre la statique et la dynamique apparaît comme un rapport entre l'ordre et le progrès1.
On trouve dans la théorie des catégories de Charles Renouvier, le représentant le plus important de la philosophie critique en France, à la fois des traces de l'influence de Kant et des traces de celle de Comte. Il place la relation à la tête de sa théorie des catégories. Elle se proclame dans l'activité de la pensée qui distingue, identifie et détermine, activité qui est également décisive pour toutes les autres catégories, quoique Renouvier les mette côte à côte avec la première. On n'aperçoit pas de principe conducteur pouvant présider à l'ordonnance des catégories. L'ordre est celui-ci : 1, relation ; 2, nombre; 3, position ; 4, succession ; 5, qualité ; 6, devenir ; 7, causalité, 8, finalité ; 9, personnalité. Dans chacune d'elles, Renouvier cherche à montrer la trinalité, thèse, antithèse, synthèse, que Kant avait déjà indiquée, ce à quoi on ne peut arriver sans un certain artifice. Je ne ferai pas une plus longue critique des cette théorie de Renouvier ; mes objections ressortiront indirectement de Tordre dans lequel j'essayerai de ranger les catégories que je détermine. Renouvier pense qu'une déduction des catégories comme celle que Kant a tenté de faire, est impossible et que seule l'expérience peut décider si notre système des catégories est exact. L'expérience elle-même est une synthèse et les catégories sont les relations constantes qui apparaissent dans l'expérience, relations qui supposent autant de formes spéciales de la synthèse 2.
1. Voir mon Histoire de la Philosophie moderne (trad. franç.), II, p. 366-370.
2. Voir, outre mon livre : Philosophes contemporains (traduction française) p. 80 et suiv. G. Séailles, La philosophie de Charles Renouvier. 1905, p. 84-133. — L. Dauriac dans la Revue de Métaphysique et de Morale, 1909, p. 487-496.
Dans Edouard de Hartmann, la relation est aussi une catégorie essentielle (la catégorie primitive), parce que notre pensée consciente est une réflexion, l'affirmation d'un rapport ; elle met en lumière les rapports sur lesquels repose tout ce qui devient un objet de certitude. Toute existence est l'existence d'un rapport. Et il en est de même pour la sensation, quoiqu'elle ait ses catégories spéciales (qualité, quantité, étendue dans le temps et l'espace). Dans la pensée même, Hartmann distingue la pensée réfléchie qui se manifeste dans la comparaison, la distinction et la liaison, la mesure, la conclusion, et la pensée spéculative dont les catégories sont la causalité, la finalité et la substantialité *.
Je ne veux pas ici non plus m'engager dans une critique plus détaillée. J'ai voulu surtout, dans cette vue d'ensemble, faire ressortir les points essentiels qui révèlent la convergence des différents catalogues de catégories. Cette convergence apparaît surtout dans l'importance accordée au caractère de liaison et de synthèse de la conscience, en particulier de la pensée, puis, en étroite connexité avec cela, à la détermination de rapport, à la relation, comme en étant la suite nécessaire et, de plus, comme étant le trait de caractère commun des concepts les plus spéciaux. Il n'est pas d'un médiocre intérêt qu'il y ait un pareil accord sur le point capital du système des catégories, cette partie centrale de la philosophie. Les catégories plus spéciales ne sont pas si exactement liées à la nature générale de la pensée qu'elles puissent simplement en être déduites. Elles ont un caractère plus historique et l'ordre dans lequel elles sont mises est conditionné, de beaucoup de façons, par des problèmes et des manières de voir spéciales, chose dont on se rend clairement compte dans Renouvier et dans Hartmann.
Lorsque certains philosophes comme Lotze, Sigwart et M. Wundt, marchant sur les traces d'Herbart, posent les catégories d'objet et de propriété avant les catégories de rapport, on peut faire cette objection qu'un concept d'objet ne contient que des rapports existant en lui-même, ses rapports avec les autres objets et que les qualités n'expriment que de pareils
1. Voir Arthur Drews: Har tmanns philosophisches System (1902), p. 766-846.
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rapports. Et de là découle comme objection essentielle que l'objet n'est connu que comme objet de la pensée ; il ne peut alors pas être la première catégorie. Aristote l'avait bien posé en premier, mais il avouait que ce n'était pas proprement une catégorie puisque c'était cela justement qui devait être déterminé par toutes les catégories.
57. — Quant à ce qui regarde la méthode qui doit régler la formation du système des catégories, nous avons déjà dit qu'il faut la trouver dans le travail de la réflexion cherchant à séparer les formes dans lesquelles la vie de la pensée se meut spontanément sous l'action des sujets et des problèmes. Les diverses catégories apparaissent à des moments différents et dans différents ensembles. Mais on peut les ranger de façon à ce que nous commencions par les plus simples et terminions par les plus riches de contenu. Les plus simples seront vraisemblablementcelles qui se rattachent deplusprès à la nature delapensée et qui, par suite, expriment les exigences les plus nécessaires que doivent satisfaire les sujets ; il faut pour cela aussi qu'elles puissent avoir la plus large étendue. Elles pourraient simplement indiquer ce qui doit être demandé à chaque sujet devant être pensé. Plus une catégorie est riche de contenu, moins vaste est le cercle de phénomènes auxquels elle peut s'adapter. C'est une règle qui s'applique à tous nos concepts, que le contenu et l'étendu sont, l'un vis-à-vis de l'autre, dans un rapport inverse. De là naît, comme on le verra plus tard, un des plus grands problèmes de la connaissance.
Le passage d'une catégorie à une autre, par conséquent le passage des plus simples aux plus riches de contenu, est rendu nécessaire par le fait qu'il apparaît des sujets ou éléments qui ne sont pas satisfaits par les catégories les plus simples et les plus vastes. L'existence est plus riche que la pensée. Il faut alors chercher des catégories plus spéciales, des formes dans lesquelles les nouveaux sujets ou les nouveaux éléments puissent trouver leur place. Les catégories les plus spéciales ne peuvent dériver des plus générales; mais il serait probablement possible de montrer que ce sont des formes dans lesquelles les catégories les plus générales doivent apparaître dans un rapport déterminé donné, ou de trouver l'intermédiaire entre
les premières catégories et les dernières. A chacun de ces points, la nature propre de la pensée est soumise à l'action de ses sujets et de ses problèmes. Il y a une continuelle lutte entre les deux, lutte qui, de nos jours, a donné naissance à la lutte du criticisme et du pragmatisme. Il n'est pas nécessaire que le système des catégories entre dans cette lutte qui appartient au problème de la connaissance. Mais il contribuera peut-être à jeter de la lumière sur la question en litige.
B. — Catégories fondamentales
58. — Ce qui est donné comme sujet à notre réflexion est toujours une totalité, qu'elle soit changeante et non cohérente, ou fixe et durable. Si le sujet était absolument simple, la pensée serait achevée d'un coup et conduirait à l'extase. Même dans l'instant où la conscience se réveille de l'inconscient par la cessation de l'équilibre que suppose justement l'inconscient, l'état est déterminé par l'opposition avec l'état précédent et constitue un tout avec lui, par cette opposition même. Les phénomènes de la conscience sont toujours déterminés par un rapport entre le premier plan et l'arrière-plan, rapport qui peut être successif ou simultané ou même l'un et l'autre. Dans les cas les plus simples, ce n'est que l'arrière-plan qui détermine le premier plan ; mais lorsque l'arrière-plan ne disparait pas tout de suite, qu'il se maintient ou qu'il est rappelé, il peut encore subir des changements, devenir le premier plan par rapport à ce qui l'était précédemment. Ce rapport d'échange apparaît dans toute sensation, dans tout souvenir et dans tout travail de l'imagination. Mais il apparaît d'une façon particulièrement significative, comme nous l'avons vu (33), dans le jugement où non seulement le prédicat détermine le sujet, mais où il en est aussi déterminé. Dans n'importe quel jugement, aussi bien que dans la sensation, l'intuition ou l'association, l'énergie psychique opère en rassemblant et la loi de la synthèse devient, par suite, la loi fondamentale de la connaissance. La synthèse apparaît comme la première des catégories. Elle est appliquée spontanément tant que la conscience subsiste et c'est en analogie avec la synthèse que nous comprenons tout. Le type de
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toute connaissance, et par suite aussi de tout ce que nous connaissons, est la concentration de la multiplicité dans l'unité. Nous ne pouvons connaître ni une multiplicité absolument sans connexion ni une unité (particularité) sans différences. Psychologiquement déjà, des états de cette espèce sont impossibles, quoiqu'il puisse y en avoir de très voisins.
Dans cette première catégorie se trouve tout de suite le contenu de la seconde. Quand une multiplicité de sujets ou d'éléments sont liés ou réunis, ils sont mis dans un rapport réciproque les uns avec les autres. Il en est ainsi dans toute sensation, dans tout souvenir, dans tout produit de l'imagination, aussi bien que dans tout jugement. Quand une connexion déterminée se dénoue, comme lorsque l'intuition est remplacée par le jugement, cette dissolution n'est qu'une transposition dans d'autres rapports. On ne peut ni sentir, ni se rappeler, ni se représenter, ni juger ce qui est tout à fait sans rapport. Penser, c'est, comme Fichte l'a dit justement, mettre une chose en rapport avec une autre.
La relation, la détermination de rapport devient donc la seconde catégorie qui désigne à la fois quelque chose qui apparaît spontanément et un idéal. Dans l'acte de la connaissance, tous les sujets et tous les éléments sont placés dans un certain rapport les uns avec les autres. Mais notre réflexion cherche à déterminer ce rapport aussi exactement que possible et à le refondre de telle sorte que tous les sujets qui ont surgi auparavant et ceux qui peuvent encore surgir aient ce qui doit leur revenir; c'est ce qui est déterminé par les catégories spéciales.
La phrase, souvent si mal comprise, tout est relatif, ne signifie pas que tout soit également juste ou également faux, mais précisément le contraire, c'est-à-dire que tout ce que nous connaissons se trouve et doit se trouver dans des relations déterminées, et que nous le connaissons d'autant mieux que c'est déterminé plus exactement. Au dedans de la relation déterminée, la connaissance est absolue.
59. — H y a, comme il a été dit, deux limites pour la conscience et par suite, pour la pensée, l'unité absolue et la multiplicité sans connexité. Ni dans l'une ni dans l'autre, il n'y a de relation et par suite de synthèse. Entre ces deux limites se
LES CATÉGORIES FONDAMENTALES
trouve le rapport qui peut être désigné comme continuité et discontinuité.
Ces deux catégories doivent être nommées ensemble puisqu'elles se supposent l'une l'autre. Il faut une interruption de l'équilibre pour que la conscience remplace l'inconscience, pour qu'une intuition puisse s'articuler (17), pour que le jugement remplace l'intuition et l'association. La perception la plus simple, pour naître, demande une rupture aussi bien que la réflexion pour s'éveiller. A cet égard, Soren Kierkegaard * a raison de dire que la pensée commence par un bond, et que ce bond doit être provoqué par un intérêt particulier ; dans tous les cas, la condition est l'intérêt spontané qu'on éprouve soit à maintenir soit à rétablir l'équilibre ou la connexité. Ce bond est la manifestation d'une discontinuité, mais il révèle en même temps qu'auparavant il y avait une continuité et il montrera peut-être plus tard qu'il est le chaînon d'une continuité plus profonde.
On pourrait contester que la continuité soit, en elle-même, une relation. Car tant qu'elle dure, on ne peut distinguer les éléments qui sont en relation les uns avec les autres. Sous l'empire de la continuité, la conscience coule imperceptiblement, elle paraît être identique à elle-même et ce n'est que par la réflexion qu'a éveillée la discontinuité qu'on s'aperçoit que des changements ont eu lieu même s'ils étaient si petits qu'ils pussent être rapprochés, autant qu'on veut, de l'invariabilité. On peut dire, avec M. Henri Poincaré, que dans toute continuité, il y a une
1. Sôren Aaby Kierkegaard, que l'on connaît peu en France, est un grand génie religieux plutôt qu'un philosophe. Son influence avait déjà été considérable de son vivant (1813-1855) et les attaques qu'il avait dirigées contre l'église officielle du Danemark avait agité non seulement ce pays, mais la Scandinavie tout entière. Un demi siècle après sa mort, son influence s'est réveillée soudain et s'est étendue jusqu'en Allemagne. Ce qui a séduit notre époque, ce ne sont pas seulement ses dons extraordinaires d'ironiste, de psychologue, de poète, son âme ardente et passionnée, c'est aussi la réaction contre l'intellectualisme qu'il a marquée, la religion purement subjective qu'il a prêchée, sa conception du christianisme dont il faisait un paradoxe et un scandale pour la raison. Son existence n'a compté d'autres événements que ses ouvrages dont le nombre est considérable. M. Hôffding lui a consacré un petit volume, Kierkegaard ah Filosof, Kierkegaard comme philosophe, traduit en allemand dans les Klassiker der Philosophie, Stuttgart, Frommann, et un article de son livre, Danske Filosofer (philosophes danois). (Note du traducteur.)
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contradiction. Il existe une série de membres ABC, de telle sorte que A = B et B === C, mais que A ^ C 1 . Seulement cette contradiction n'est découverte que lorsque l'expérience ou le souvenir, par un bond, conduit à associer immédiatement A et C . Alors arrive le réveil . On se demande alors : « Où glissons-nous ? » Tant qu'on glisse, on ne demande rien; la contradiction n'existe pas tant que règne la continuité. La continuité est une relation qu'on ne découvre pas avant qu'elle n'ait disparu. Ce n'est que lorsque la discontinuité en a pris la place qu'on découvre la continuité comme une connexion de sujets et d'éléments qui sont infiniment près l'un de l'autre.
Là encore nous nous trouvons en face de l'antinomie psychologique dont nous avons déjà parlé. Quand nous disons que dans la continuité, dans les états de conscience continus, il y a une multiplicité de chaînons, cela n'existe en réalité que pour la réflexion qui regarde en arrière et fait des distinctions. Dans les états eux-mêmes, la multiplicité n'apparaît pas comme telle. Lorsque nous interprétons la sensation, l'intuition et la pensée, il faut prendre garde de ne pas mettre dans les états les plus immédiats et les plus spontanés ce qui n'apparaît que dans la réflexion. En tout cas, on n'a pas le droit d'identifier, sans plus, les différences que la réflexion présente avec celles dont on peut dire qu'elles sont contenues dans les processus immédiats (voir 5). Ou, pour l'exprimer d'une autre manière, le continu rationnel, le continu formé par la réflexion, est différent du continu empirique. Quand la réflexion est éveillée, elle cherche une détermination plus exacte du continu empirique que constitue la vie psychique, et elle ne peut le déterminer qu'en le comprenant comme une multiplicité discontinue. La discontinuité n'est donc pas seulement la condition de l'éveil de la réflexion; mais lorsque la réflexion est éveillée, nous cherchons à comprendre la continuité par une analogie avec la discontinuité. Et maintenant seulement, on peut définir la continuité d'une façon positive ; c'est tout d'abord, un concept négatif, l'absence de multiplicité aussi bien que d'unité. Mais on suppose maintenant, dans la continuité, des différences d'un degré plus