‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 28 sur 60 · Matter and motion · texte numérisé non relu

Matter and motion

3. « Mon petit garçon, lorsque je t'ai dans mes bras, — et qu'à l'heure tardive, je fais une prière — pour toi, et pour moi et pour mon aimé, — c'est alors que je sens le mieux ce que c'est que d'être ». Ce passage est tiré d'Adam Homo, une des œuvres classiques de la littérature danoise, qu'on peut placer entre Faust et Peer Gynt. L'auteur de ce poème, Fr. Palludan-Miiller, est né en 1809 et mort en 1876.

{Note du traducteur .)

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Évidemment les différents points de vue permettant d'affirmer l'identité ne sont pas tous également importants. Dans sa lutte avec la multiplicité, la pensée passe des points de vue extérieurs et fortuits à des points de vue essentiels qu'on peut maintenir tandis que les sujets varient. Le monde de points de vue qu'on bâtit ainsi est le vrai monde des idées. Il ne flotte pasau-dessus de l'expérience, mais il est précisément la condition de l'expérience dans le sens strict du mot ne désignant pas des observations isolées qui ne sauraient être distinguées des illusions. C'est ce que Platon exprime dans sa langue imagée lorsqu'il dit que tous les phénomènes « aspirent » à l'idée, particulièrement à l'idée de ressemblance, la pure identité (Phédon, p. LXXIV- LXXVj. Nous dirions plutôt que c'est nous qui aspirons à former des pensées qui puissent nous conduire à travers la multiplicité des sujets. Et tandis que, pour Platon, l'identité, « le un », désignait l'achèvement absolu du travail de la pensée, elle désigne pour nous, en même temps que l'achèvement d'un travail de la pensée, le commencement d'un nouveau travail par lequel nous mettons le point de vue d'identité auquel nous sommes parvenus en rapport avec d'autres points de vue.

b) Rapport de qualité.

74. — Où la substitution n'est pas possible, la multiplicité et les différences demeurent. Toutes les différences sont des différences qualitatives immédiates, le mot de qualité désignant la propriété immédiate par laquelle un sujet (un discernable) apparaît en opposition avec d'autres sujets, propriété qui ne peut être décrite qu'au moyen des ressemblances et des différences avec les autres sujets. Même la différence entre la ressemblance et la différence est une différence qualitative. Il y en a d'autres exemples : les différences entre nos divers sens et, dans un seul de nos sens, les différences entre les qualités ou entre les nuances ; le rapport de quantité, comme la plénitude et le défaut, la totalité et la partie telles qu'elles opèrent immédiatement sur nous ; la différence entre le psychique et le matériel, entre le connu et l'inconnu, entre le réel et l'irréel, entre ce qui a de la valeur et ce qui n'en a point, entre les valeurs elles-mêmes.

Lorsque la pensée se trouve en face de pareils sujets qualita-

LES CATÉGORIES FORMELLES

tivement différents et que la substitution n'est pas possible, dans tous les cas préalablement, sa première tâche est de les ranger dans un ordre de ressemblance décroissante (ou de différence croissante). La ressemblance et la différence de qualité se font mutuellement ressortir. En ceci consiste l'importance intellectuelle de l'ordonnance et de la classification. Elles apportent une certaine continuité qui peut conduire encore à la découverte de discontinuités plus délicates que celles qui ont été originairement données. Et en retour beaucoup de discontinuités qui apparaissent d'une façon immédiate peuvent être diminuées ou anéanties par une ordonnance de pareille espèce. Ce travail réussit à différents degrés. Les séries inconvertibles et transitives de différences croissantes et d'identité partielle sont ici d'un intérêt particulier. Non seulement chaque membre a sa place déterminée, mais le passage à de nouveaux membres peut s'effectuer continuellement d'après la même loi qui a permis d'atteindre les membres précédents et des membres intermédiaires peuvent être rejetés de sorte qu'il y a de nouveaux rapports entre des membres qui étaient auparavant éloignés les uns des autres.

Il y a quelques qualités indescriptibles et indéfinissables en soi sur lesquelles l'attention s'est dirigée de bonne heure parce qu'elles sont appropriées d'une façon tout à fait particulière à la formations de séries. C'est le temps, le nombre, le degré et le lieu. Les séries que forme chacune de ces quatre qualités peuvent servir à éclairer d'autres qualités qui ne permettent pas aussi facilement de former des séries claires. Nous rapprochons alors ces séries de qualités moins parfaites des plus parfaites, et nous pouvons, au moyen de l'analogie, les mettre mieux en lumière, peut-être découvrir en elles de nouveaux membres, les allonger peut-être ou les rendre plus continues.

Nous nous trouvons ici devant le concept de l'analogie dont l'importance est considérable pour la pensée dans tous les domaines l.

75. — Pour Aristote et pour Kant, l'analogie n'était pas une catégorie. Ils la considéraient comme le moyen suprême de

1. J'ai déjà examiné ce point dans le travail que j'ai consacré au Concept de l'analogie et son impor tance philosophique (Mind. 1905).

LES FORMES DE LA PENSÉE

relier ce qui ne pouvait entrer dans un concept commun. Ils ne voyaient pas que c'est déjà l'analogie qui règne entre les sujets entrant dans un concept commun. 11 y a des différences entre les chevaux, quoiqu'ils soient identiques en tant que chevaux (73) ; ils sont de taille, de couleurs et deformes différentes. Du rapport entre les diverses parties ou propriétés seulement, on peut dire qu'il est le même dans les sujets entrant dans le même concept. C'est donc une ressemblance de rapport, une analogie. (Voir 69, 73.)

L'histoire des sciences a prouvé l'importance de l'analogie comme moyen de pensée dans les différents domaines.

Elle joue déjà spontanément un rôle dans l'interprétation que l'homme donne à ses recherches, comme aussi dans la mythologie, dans la religion ou dans la spéculation métaphysique. C'est en employant spontanément l'analogie que l'homme applique les représentations qui sont pour lui claires et ordonnées dans tous les autres terrains possible. C'est une expansion qui agit, l'élargissement d'une tendance, qui s'est préalablement montrée efficace, à d'autres sujets que ceux auxquels elle était d'abord attachée. Il peut y avoir lutte pour déterminer quelle analogie est exacte, ou pour savoir si plusieurs analogies sont applicables, et comment il faut comprendre leurs rapports mutuels. Les luttes religieuses et métaphysiques tournent souvent autour de pareilles questions. Sur le terrain strict de l'expérience des querelles semblables peuvent trouver une solution en appliquant d'une façon précise l'analogie dans toutes ses conséquences et en rapprochant ces conséquences du témoignage de l'expérience. C'est ainsi qu'on a décidé si l'on devait comprendre le mouvement de la lumière en analogie avec une ondulation ou avec une émission. Dans le domaine religieux et dans le domaine métaphysique, il est difficile, sinon impossible, d'appliquer les analogies jusqu'au bout, dans toutes leurs conséquences, et de comparer rigoureusement les conséquences et l'expérience ; la justification de l'analogie ne peut donc pas être vérifiée.

Leibniz a le premier découvert1 que toute métaphysique

i. Voir mon Histoire de la philosophie moderne (traduction française),

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