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On peut se demander si la dissolution ne serait pas

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une catégorie aussi bien que l'évolution. En vérité, on ne saurait le nier. C'est l'expérience qui nous a amenés à combiner nos formes générales de pensée de façon à pouvoir formerun schéma de l'évolution. Et c'est aussi l'expérience qui marque le rythme de l'évolution et de la dissolution. Formellement, nous pourrions très bien nous servir du mot d'évolution de telle sorte que, en dehors des trois stades susdits, le stade de la dissolution ou les stades de la dissolution pussent former une série de différences à variations régulières. La dissolution offre des stades qui ne répondent pourtant pas tout à fait à ceux de l'évolution ; l'harmonie de la concentration et de la différentiation disparaît et on trouve à sa place une concentration stable ou un état de dispersion. Que ces états puissent s'identifier aux premiers stades d'une nouvelle évolution, de sorte qu'une série rythmique en vienne à se constituer, c'est la dernière grande question; mais la théorie des catégories n'est pas à même de l'examiner. Il y a seulement deux considérations à faire ici :

En premier lieu, nous ne pouvons attacher aucun sens à l'application des concepts de l'évolution et de la dissolution à l'existence en tant que totalité, par la raison qu'une totalité ainsi achevée ne peut se penser (9b). Toute évolution et toute dissolution trouve place dans une totalité plus vaste. « Un » monde peut naître et disparaître, mais on ne saurait, à moins qu'on ne les dépouille de tout sens, appliquer ces mots « au monde ».

En second lieu, on ne pourra jamais prouver que la dissolution finisse dans des éléments absolument différents, dans une série de différences chaotique. Il faudrait une expérience infiniment vaste et infiniment exacte pour nous convaincre que nous nous trouvons devant une pareille série (62). Les éléments dans lesquels finit la série doivent être de petits mondes. Or, on a parlé, dans ces derniers temps, de processus intra-atomiques et les électrons, qu'on a regardés comme les derniers éléments du monde matériel, ne sont pas absolument simples. Des sources d'énergie peuvent jaillir où l'on s'y attend le moins. Le radium a été trouvé dans un tas de coquilles.

100. — Théoriquement, et nous nous mouvons dans la pure théorie, la dissolution est, comme nous l'avons dit, un sujet

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aussi légitime pour la réflexion que l'évolution. Dans la vie civile, il est aussi honorable d'être employé au bureau des décès qu'à celui des naissances. Mais si, spontanément, la plupart des philosophes se sont occupés davantage de la pensée de l'évolution que de la dissolution, il n'est pas nécessaire de l'expliquer par ce que nos intérêts pratiques sont liés à la ligne qui monte. Un autre intérêt que celui du travail de la pensée n'est pas nécessaire. La raison en peut être que la dissolution suppose l'évolution, par cela qu'elle suppose des totalités qui puissent se dissoudre, tandis que l'évolution ne suppose pas nécessairement la dissolution, quand les sujets et les éléments qui y coopèrent appartiennent à un fonds jusquelà inutilisé par l'existence. Et la pensée elle-même, la réflexion qui s'appuie sur le fondement de la sensation, de l'intuition et de l'association spontanée, est elle-même une « unité supérieure », une évolution au troisième stade ; il est alors naturel qu'elle soit plus occupée à découvrir ses propres analogies que d'autres.

Il y a certainement eu chez les philosophes une tendance à comprendre toute évolution qui atteint le troisième stade comme ayant eo ipso de la valeur. Chez Hegel et chez Spencer, cette tendance se montre clairement. Mais ils ne prennent pas garde que ce qui n'a pas de valeur et même ce qui la détruit évolue d'après le schéma donné aussi bien que ce qui en a. L'évolution est pour soi et en soi un concept neutre et, par conséquent, la dissolution l'est aussi.

On a cependant, à notre époque, affirmé expressément que le concept de l'évolution est une mesure de valeur; il ne se séparerait que par là du concept de changement. Si nous parlons d'une façon purement théorique, dit M. Rickert1, il faut parler seulement de la série de changements. Même dans le processus d'évolution le plus élémentaire, par exemple dans la formation d'un nuage, nous supposons un but (Ziel) qui est atteint, et nous introduisons par là un élément téléologique. Le concept du pur devenir (genèse) nous conduit à l'illimité, mais le concept du devenir dirigé vers un but déterminé (ortho-

1. Die Grenzen der naturwissenschafllischen Begriffsbildung, p. 451-463.

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genèse) fait des changements une chaîne articulée et mérite seul le nom d'évolution.

A ce propos, il faut remarquer que tandis que l'évolution, dans le sens neutre que nous lui avons donné ci-dessus, est d'une grande importance pour la méthode parce qu'elle contient une indication invitant à chercher différents stades dans une série de changements, chaque stade étant désigné par son caractère distinctif, il est impossible de dire quand « un but » est atteint. C'est arbitrairement que nous établissons la limite du but. Quand un abcès se développe, où est le but ? Quand la méchanceté morale se développe, y a-t-il un mouvement tendant à un but ?

D'autre part, nous ne pouvons penser sans avoir préalablement des points fixes. La chose est évidente pour le temps et le lieu, pour la rationalité et la causalité. L'application de ces catégories suppose aussi un but. Mais aussi nous sommes alors convaincus que nous maintenons plus ou moins arbitrairement dans les séries certains membres comme les points du commencement et de la fin. Pour le jugement le plus simple, il faut déjà une représentation qui serve de point de départ et une représentation terminale. Etcela suffitpour former une série articulée et cohérente. Si un acte de la connaissance est accompli, on peut passer à un autre, à moins que la pensée elle-même ne tombe en dissolution.

Il faut bien admettre cependant que les catégories de totalité et d'évolution ont un rapport plus voisin avec le concept de valeur qu'aucune des catégories formelles. Mais il est conforme à notre plan de séparer le point de vue de valeur des autres points de vue. Jusqu'ici nous avons supposé qu'il n'y avait que des valeurs et des intérêts intellectuels, parce qu'ils sont liés plus intérieurement au travail même de la pensée. Nous allons à présent nous occuper des valeurs en général et examiner la signification de même que les fondements des concepts de valeur.

E. — Les catégories idéales

101. — Notre pensée traite ses sujets selon les formes qui lui sont naturelles et qui sont développées par le rapport avec

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les sujets. Mais, dans ce travail, il y a toujours un intérêt qui peut se trouver dans un rapport plus ou moins intime avec la pensée même. Ce peut être un motif purement extérieur, de sorte que le travail de la pensée ne soit qu'un moyen, mais l'intérêt peut aussi être lié de la façon la plus intime à l'activité même de la pensée, l'accompagnant dans sa marche, montant et descendant selon que la pensée réussit à embrasser une riche plénitude de sujets, ou que l'effort qu'elle fait est arrêté par l'opposition ou le manque de sujets. Nous avons précédemment supposé ce genre d'intérêt purement intellectuel (6) pour plus de brièveté. Maintenant nous admettons le fait qu'il y a d'autres intérêts et d'autres valeurs que les intellectuels et nous allons examiner jusqu'où il est possible d'entreprendre un travail de la pensée à leur sujet et sous quelles formes spéciales il doit s'accomplir. Tout d'abord, il est vraisemblable que les formes de la pensée d'évaluation offrent une ressemblance, ou tout au moins une analogie, avec les formes de la pensée déjà examinées.

Les trois concepts que, pour plus de clarté, nous distinguons ici, sont liés l'un à l'autre dans la réalité. Les formes et les sujets ont les uns et les autres leur valeur ; nous l'avons déjà établi dans ce qui précède ; et la valeur est elle-même un sujet que la pensée peut traiter et auquel elle peut essayer de donner une forme.

Tout ce qui satisfait un besoin et, par suite, tout ce qui provoque un sentiment de plaisir ou fait disparaître un sentiment de déplaisir, a de la valeur. La condition est donc un besoin, une aspiration ou un désir dirigé vers un certain point et le concept de direction se montre encore ici dans toute son importance, dans un sens qui n'est pas très différent de celui que nous lui avons déjà donné (93) et qui nous a conduits aux concepts de totalité et d'évolution. Un besoin suppose une totalité qui tend à se maintenir et à conserver sa connexité intérieure et son indépendance aux dépens de tout le reste. Du point de vue d'une pareille totalité, tout ce qui favorise cette tendance est regardé comme ayant de la valeur, tandis que ce qui y met obstacle est mauvais. Le sentiment de joie et le sentiment de déplaisir sont, psychologiquement et biologique-

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ment, des symptômes de progrès ou de régression dans la tendance d'une totalité aspirant à la conservation et à l'évolution. Ils contiennent le germe des jugements d'évaluation qui, sous leur forme la plus simple, sont des jugements d'exclamation (30) . Ils apparaissent comme des formes élémentaires de l'énergie psychique en ceci qu'ils proclament si la totalité que constitue toujours un organisme ou une vie de la conscience, est menacée de dissolution sur l'un ou l'autre point ou proclament le contraire. C'est une très vieille pensée que celle de l'impossibilité de souffrir où se trouve une substance formant une unité absolue parce qu'elle ne peut se dissoudre l. Il y a là l'indication de la condition nécessaire d'une réflexion suivie au sujet des valeurs. Car conformément à cette condition, on peut examiner les causes de la conservation et de l'évolution de La totalité, et par là l'évaluation spontanée peut trouver sa confirmation et sa justification. Tout sentiment spontané de plaisir ou de déplaisir sera considéré, de ce point de vue, comme une hypothèse qui attend sa preuve. Ce sont des qualités immédiates comme les qualités des sens. Nous pouvons les appeler qualités de valeur. Il reste alors à demander, comme pour toutes les autres qualités, jusqu'où il est possible de former des séries rationnelles, de façon qu'on puisse prononcer des jugements et des conclusions fondés. Une pareille possibilité n'existe que si la qualité de valeur répond au rapport entre une totalité donnée (un organisme, une personnalité, une société) et les conditions de sa durée. C'est une semblable possibilité que nous avons déjà examinée précédemment dans le rapport de la forme et du sujet. La totalité qui devait être construite était une connaissance, un monde de pensée et il s'agissait de savoir quel devait être le rapport entre la pensée et ses sujets dans le cas où un pareil monde existerait. Des concepts comme « la vérité » et « la réalité » sont des qualités de valeur intellectuelle auxquelles nous avons tâché de donner une forme rationnelle (voir surtout 36, 38 ; 85, 88.). Nous cherchons maintenant à traiter d'autres qualités de valeur d'une manière semblable. Comme nous l'avons fait observer plusieurs fois, à mesure

4. Melissos de Samos [Vorsokratiker, de Diel, p. 150 et suiv.) Hôfpding. — Pensée. 16

que nous pénétrons dans la série des catégories, leur étendue diminue et leur contenu s'enrichit. Nous ne pouvons, vu la définition que nous en avons donnée, parler des valeurs que lorsque s'est formée une totalité. Et dans les totalités, il n'y a que les trois que nous avons nommées, l'organisme, la personnalité et la société, qui permettent une évaluation directe. Il y a une évaluation biologique, une évaluation psychologique, une évaluation sociale. Pourtant nous pouvons bien, d'une façon analogue, appliquer une pensée d'évaluation à toutes les totalités ; nous examinons alors les conditions d'existence et d'évolution d'une montagne, d'une sphère, d'un système de monde. Nous nous demandons par exemple quandw ne étoile se trouve à son plus haut point de développement, si c'est lorsque, sortant de la nébuleuse, elle est devenue un soleil ou si c'est lorsque sa température a atteint un degré assez bas pour que la vie organique soit possible. Dans le dernier cas, on admet que c'est la vie qui donne toute valeur. Par cette voie, on en arrive à une espèce d'évaluation cosmique, de sorte que nous estimons l'existence selon qu'elle favorise ou non l'évolution de la vie.

L'évaluation, la qualité de valeur, est différente selon la totalité que l'on prend pour base. Mais il peut encore y avoir dans la même totalité, différentes parties ou différentes propriétés dont le sort détermine la qualité de valeur. C'est pourquoi, dans chaque série de valeur, il faut partir d'une valeur déterminée qui l'est par la totalité et l'est encore dans cette totalité par la partie ou la propriété dont on examine les conditions de vie. Toute évaluation repose sur une valeur fondamentale. On est ainsi justifié de faire des catégories de valeur un groupe particulier. La valeur ne peut être mesurée que par la valeur. C'est un cercle dont on ne sort pas. La valeur fondamentale détermine l'échelle et les valeurs d'un ordre spécial se mesurent par leur rapport avec la valeur fondamentale.

Il en est comme pour le temps et l'espace. On ne peut entreprendre de détermination de temps et de lieu qu'en partant d'un point déterminé. Le temps ne peut être déterminé par rapport à ce qui n'est pas dans le temps, ou un lieu par rapport à ce qui n'appartient pas à l'espace. De même, une valeur

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ne peut être déterminée que par rapport à une autre valeur. Cela devient clair surtout lorsque ici, comme dans les autres catégories, nous commençons par la forme pratique et primitive de la catégorie. Je montre, peut-être involontairement, qu'une chose a de la valeur pour moi en la conservant, en cherchant à l'acquérir, en faisant un travail pour l'avoir. Je montre qu'une chose a pour moi plus de valeur qu'une autre en la lui préférant. La différence seule met en branle le travail et c'est dans le concept de « préférence » que la différence est exprimée de la façon la plus significative. Nous pouvons poursuivre la série plus loin. Une valeur est préférée à l'indifférent (le neutre), si le neutre existe, et encore davantage aux valeurs « négatives» qui se manifestent par le déplaisir et la douleur.

Le problème de l'évaluation naît, comme nous le verrons ultérieurement, du fait qu'il y a plusieurs valeurs fondamentales, parfois en opposition les unes avec les autres. Le problème religieux en particulier, naît du rapport des valeurs humaines et de l'existence incommensurable qui ne forme pas pour nous une totalité. Nous sentons dans nos qualités de valeur le pouls de l'existence tel qu'il bat dans les totalités que nous sommes nousmêmes ou dont nous faisons partie ; mais de là avons-nous le droit de conclure à un cœur qui batte dans toute l'existence ? Ce n'est que par la voie d'analogies hardies que nos catégories les plus riches de contenu et, par suite, les moins vastes, peuvent être élargies jusqu'aux horizons immenses qui passent les limites de l'expérience. Les grandesluttes des différentes conceptions de la vie ont pour objet la justification de ces analogies. Mais si l'on doit soutenir ce combat avec l'arme de la pensée, il faut se servir des moyens de pensée qu'offrent les catégories.

102. — Nous n'avons à faire tout d'abord qu'avec les catégories elles-mêmes, non avec les problèmes. Les qualités de valeur peuvent être divisées en formelles et en réelles ; chacun des groupes ainsi formés offre encore des différences.

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