Studien zar Geschichte der Begnff'e, p
CONNAISSANCE
plètement libéré. Il pense que les conditions en dehors desquelles on ne saurait faire de sérieuses expériences peuvent tout simplement être formulées comme des lois nécessaires et il néglige unegrandequestion, cellede savoir dans quelle étendue et à quel degré nous faisons véritablement ces expériences sérieuses. Sa «preuve» de la loi de causalité, par exemple, suppose que les sujets sont donnés dans leur intégrité et que leurs propriétés essentielles demeurent les mêmes. Mais c'est une supposition qui n'est pas justifiée puisque l'expérience n'est jamais achevée et que de nouveaux sujets peuvent constamment surgir. Kant supposait d'ailleurs que le fondement ou la source de tous les sujets et de toutes les formes opère sans interruption, supposition dont la nécessité ne peut être prouvée (voir 3). Ce n'est pas un hasard si ses successeurs immédiats ont marché dans la voie de la spéculation ; le rationalisme de Kant, d'une part, et, de l'autre, la tendance à l'empirisme que contiennentcertains points de sa philosophie, devaient conduire à donner à la pensée et à ses formes une situation souveraine. « La raison ne mendie pas, elle commande », ces fières paroles de Kant se joignirent aux courants poétiques et religieux de cette époque pour produire ce phénomène singulier que constitue dans l'histoire de la philosophie la spéculation romantique allemande. La philosophie romantique formula les commandements auxquels doivent se conformer tous les sujets. On oublia alors que les législateurs sont pourtant obligés de régler leurs lois d'après les forces pour lesquelles ils légifèrent et qu'ils supposent exister.
C'est par la voie de l'analyse que le philosophe critique cherche à trouver les formes de la pensée et les principes qui y répondent. Mais comme on ne peut jamais savoir si l'analyse est complète, et comme elle doit toujours s'arrêter à un point déterminé, c'est arbitrairement que l'on décide de quel point l'on partira. Un choix, un acte termine l'analyse et établit les principes. Ce point de vue a été mis en relief avec beaucoup de force par Thomas Hobbes. « C'est nous-mêmes, dit-il, qui faisons que les premiers principes de la raison sont vrais (ralionis prima principia vera esse facimus nosmet ipsi). Les premiers principes ne sont pas un objet de science, mais
LES PROBLÈMES DE LA PENSÉE
un objet sur lequel s'exerce notre art et notre talent de construction ». Pourtant Hobbes admet que nous trouvons les principes sur lesquels nous nous fixons ainsi, d'abord par l'analyse, et il présente comme une exigence particulière celle de leur non-contradiction1. Fichte prit, sur ce point, une position semblable. Le premier principe, le principe inconditionné du savoir humain, le principe d'identité, est dû à un acte libre. Notre science ne repose pas sur un fait (Thatsaché) , mais sur un acte (Thathandlung), c'est-à-dire sur la résolution de la conscience pensante de demeurer toujours en harmonie avec elle-même. Fichte admet aussi qu'il y a un travail de réflexion et d'abstraction (analyse) avant cette action et que lorsque plusieurs principes sont posés l'un à côté de l'autre, il faut qu'on puisse les unir2. Kierkegaard ne voyait pas d'autre moyen qu'une résolution, un bond pour arrêter la réflexion, de façon à ce qu'un développement systématique pût commencer. On ne peut rationaliser le commencement de la philosophie, par suite, il ne peut y avoir de philosophie sans hypothèse3. Tandis que ces trois philosophes reconnaissent expressément que l'acte de la volonté par lequel on fixe les principes suppose une analyse (réflexion, abstraction) qui décide quels sont les principes qu'il faut fixer, M. Kroman fait reposer les principes de la pensée sur un simple postulat, postulat qui cependant est motivé par la crainte de la dissolution de soi-même dans des affirmations contradictoires et par l'espérance de trouver la stabilité dans l'ordre des choses4.
Ce que l'espèce de philosophie critique qu'on pourrait appeler la philosophie de l'arbitraire n'a pas assez fait remarquer, c'est que, dans chaque cas, il peut y avoir une raison rationnelle pour arrêter la réflexion et pour commencer à appliquer ce qu'elle a découvert. Lorsqu'en particulier notre pensée a une tâche déterminée, par exemple celle de trouver le fondement