‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 41 sur 60 · Grundlage der gesammten Wissenschaftslehre · texte numérisé non relu

Grundlage der gesammten Wissenschaftslehre

3. Uvidenskabelig Efterskrift (Saml. Vaerker VII, p. 84). Traduction allemande, léna, 1910.

4. Voir Naturerkendelse, p. 270-274. (Traduction allemande, 1887). Par l'importance qu'il donne au motif, M. Kroman se rapproche du pragmatisme.

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de la validité d'une connaissance, nous arrêtons la réflexion si nous avons trouvé ce qui est nécessaire pour résoudre le problème. Ce n'est donc pas un acte uniquement arbitraire. Et, de plus, Fichte et Kroman admettent expressément que, dans les premiers principes de la connaissance, notre propre nature, la nature humaine, se révèle en cela que c'est l'effort pour préserver l'unité de notre être qui est décisif. La loi fondamentale de la synthèse se manifeste ici. Mais cette loi fondamentale est découverte par la réflexion lorsqu'elle se porte sur notre nature psychique telle que, de fait, elle montre qu'elle est ; pareillement, il serait impossible de trouver les principes qui doivent mener à l'intelligence des sujets si nous n'examinions pas la constitution réelle de ces sujets. Cette forme de criticisme ne peut donc pas, elle non plus, se libérer d'une relation avec l'expérience.

p. L'empirisme qui, lorsqu'il ne se rapporte pas seulement aux expériences de l'individu, mais à celles de toute la race, devient l'évolutionnisme, regarde les sujets comme une base suffisante pour la connaissance et en particulier pour l'établissement des premiers principes. Les principes généraux pourraient être nés de l'action constante de la constitution des sujets. Ils déposent leurs propriétés communes dans la nature de l'individu ou dans celle de la race, ou plutôt dans leurs habitudes. Il s'ensuit donc qu'aucun principe n'a de valeur en dehors du cercle de sujets qui l'a imprimé. Les principes n'ont pour cette école de signification que comme résultats, tandis que pour Kant ils étaient fondés sur la nature de la conscience et que pour Hobbes et ses successeurs, ils étaient essentiellement des postulats. Hume et Stuart Mill ont donné à l'empirisme sa forme la plus radicale ; ils voient tous les sujets apparaître dans la conscience et y composer un chaos sans connexité de sorte que ce n'est que par les associations extérieures et les habitudes qu'ils introduisent des relations si fixes qu'elles peuvent jouer le rôle de principes. Herbert Spencer étendit cette manière de voir de l'individu à la race en raison de la doctrine de l'évolution. Ces relations fixes ne pouvaient pas, d'après lui, se former dans le cours de la vie d'un seul individu, mais il fallait pour cela plusieurs générations.

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L'empirisme oublie que nous ne connaissons les sujets que sous l'action continuelle des formes, de même que nous ne connaissons celles-ci que sous l'action des sujets. On comprend par là qu'il y ait un continuel élément d'attente, d'anticipation, de recherche et d'interrogation dans notre connaissance. On ne peut démontrer qu'un être vivant soit jamais absolument passif. Il faudrait pour le prouver une analyse infinie, dont il faudrait encore démontrer l'exactitude, ainsi que nous l avons vu quand nous avons parlé de la série de différences chaotique. Nous savons qu'à chaque degré de l'évolution psychique, il y a toujours certaines conditions intérieures dont dépend la façon dont les sujets, qui nous sont accessibles, apparaissent dans la conscience et dont dépend aussi le travail dont ils sont l'objet. Gela s'applique à chaque individu et à chaque génération.

y. Le pragmatisme accorde toute l'importance à ce que les sujets déterminent l'application des formes et leur spécialisation. La connaissance est une adaption continuelle. Il s'agit, comme l'a dit Avenarius, de penser les sujets en consommant aussi peu de force que possible. On suppose donc l'existence d'une énergie psychique sans qu'on cherche si elle n'opère pas d'après sa nature, de certaines façons déterminées qui dans des cas particuliers peuvent se conformer aux propriétés des sujets. On s'en tient, dans le pragmatisme, à cette idée, que nous créons les concepts et les principes dont nous avons besoin et non d'autres, et que, par suite nous nous efforçons de limiter la formation des concepts et des principes au plus petit nombre possible. Le principe de la simplicité, qui a joué un si grand rôle dans l'établissement de nouveaux points de vue et de nouvelles hypothèses, est dérivé ici de l'économie de la conscience. Nous voulons par la connaissance nous rendre maîtres des choses, mais à aussi peu de frais que possible. M. Ernst Mach a développé cette théorie en se basant sur l'histoire des sciences de la nature. Avenarius l'a traitée en la rattachant à l'analyse de la nature et de l'histoire des problèmes en général. D'un tout autre côté le pragmatisme a été formulé par William James qui a surtout insisté sur ce que nous ne sortons du courant continu et spontané que la vie de notre âme forme d'abord que pour des motifs pratiques (voir 3). Nous posons, pour des

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raisons pratiques, les définitions et les principes, et toute l'importance doit être donnée aux motifs et non aux formes. Tandis que M. Mach et Avenarius se sont attachés davantage aux motifs théoriques, James et ses disciples ont insisté surtout sur les motifs pratiques, quoiqu'ils aient protesté contre le reproche qui leur a été adressé de négliger les intérêts intellectuels.

La question essentielle vis-à- vis du pragmatisme est de savoir si les formes et les motifs de la connaissance peuvent être distingués d'une manière aussi extérieure qu'il l'enseigne et si les formes sont ainsi essentiellement des moyens. Quels que soient les motifs qui nous inspirent, ils n'arrivent cependant à bout de rien quand il n'existe ni forces, ni facultés. Il ne peut jamais y avoir eu de stade de l'évolution où les motifs aient opéré indépendamment des formes. Dans la vie immédiate et spontanée que James a dépeinte si magistralement, il n'y a pas de différence entre le motif, la forme et le sujet ; ils opèrent ensemble, d'une façon indistincte, comme dans l'instinct. Si c'est une abstraction d'isoler le sujet comme le fait l'empirisme, ou la forme comme le fait le criticisme, c'en est une aussi d'isoler le motif comme le fait le pragmatisme. Dans l'instinct, un sujet provoque à la fois un besoin et une action. Le besoin et la faculté ne font qu'un. Et ils sont unis à ce point qu'il peut y avoir besoin d'user de ses forces et de ses capacités pour elles-mêmes, en dehors de tout motif spécial. L'intérêt intellectuel dont nous avons si souvent parlé dans ce qui précède est un exemple de cette sorte d'action ; pourtant il peut aussi, par un déplacement de motif, sortir d'autres intérêts.

Ce qu'il y a de vrai dans le pragmatisme consiste en une chose à laquelle nous avons tâché de donner toute son importance dans notre exposé de la théorie des catégories, à savoir que le développement spécial des formes est déterminé par les problèmes qui se posent , à la pensée. C'est pourquoi nous avons séparé les catégories fondamentales des formelles, des réelles et des idéales. Mais déjà le fait que des problèmes se posent et qu'ils se posent d'une manière déterminée, permet d'admettre que, en plus du besoin et du motif, il peut y avoir des modes d'action déterminés.

L'économie dont témoigne l'histoire de la pensée n'est pas

Hôffding. — Pensée. 18

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seulement le fruit d'une parcimonie spéciale. On ne la comprend pas seulement par le motif, mais aussi par la forme de l'activité de la pensée telle qu'elle se montre dans tous les domaines. Le principe de simplicité et le besoin d'unité ont leur raison d'être dans l'essence de la conscience en tant que synthèse. Le rassemblé est toujours plus simple que l'incohérent, le chaotique. Toute pensée est économe par sa nature et, au point de vue biologique, on comprend seulement par là que les êtres pensants aient pu subsister dans le combat pour l'existence. Ainsi le rapport extérieur entre la forme et le motif disparaît en dernière instance. Le sentiment de déplaisir intellectuel ou peut-être même le sentiment de douleur que peut provoquer le manque de connexion, ou la contradiction et le doute, sont dus, il est certain, non seulement au sentiment d'impuissance ou d'amertume devant une perte de force, mais aussi à une blessure de notre être le plus intérieur1.

Les formes de la pensée ne se développent dans l'individu que par le travail. Et ce travail réussit le mieux quand le sentiment intellectuel déterminé par le besoin d'unité, de continuité et de connexité est le motif décisif. La pensée n'existe comme une puissance psychique indépendante, elle n'est autre chose qu'un moyen que dès le moment où s'éveille un pareil intérêt. Et même quand elle doit opérer comme un moyen au service d'autres intérêts que l'intérêt intellectuel, elle travaille mieux quand celui-ci prend, préalablement, la direction. Il faut de la résignation pour savoir, et le droit chemin n'est pas toujours le meilleur. Dans la théorie de la connaissance, nous supposons toujours un stade où règne l'intérêt intellectuel. Chaque problème ne demande pas seulement des forces appro-

i. Le principe de la simplicité a été compris tantôt comme une recette ménagère {frustra fit per plura quod fieri potest per pauciora), par Will. Occam (au xive siècle) qui se fonde là-dessus, tantôt comme une loi métaphysique s'appliquant à l'existence: Copernic et Newton étaient ainsi convaincus que la nature prend les voies les plus simples. Kant au contraire en trouvait le fondement dans la nature de la connaissance et en découvrait les effets chaque fois que nous formulons le jugement le plus simple. Déjà longtemps avant la Critique de la Raison pure, il l'expliquait ainsi : « favor ille unitatis, philosophico ingenio proprius, a quo pervulgatus iste canon profluxit : principia non esse temere multiplicanda præter summam necessitatem ». (De mundi sensibilis atgue intelligibilis forma et principiis, § 30). Voir Critique de la Raison pure (2e éd.), p. 6S0.

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priées à sa solution, mais encore des motifs rattachés aussi étroitement que possible au problème lui-même. S'il y a d'autres motifs et d'autres intérêts qui demandent satisfaction, il leur faut la trouver dans les conditions nécessaires pour la solution de ce problème. La division du travail intellectuel ne peut être oubliée, quelles que soient les difficultés qu'elle entraîne. Il faut chercher pour surmonter ces difficultés d'autres solutions que celles qui font dépendre le travail de la pensée de principes différents de ceux qui lui sont propres.

114. — Le mot, la forme et le sujet opèrent ensemble dans chaque acte de la connaissance avec un timbre particulier qui peut varier sans qu'aucun des trois éléments ne disparaisse. La différence entre ce qu'on appelle la pensée théorique et la pensée pratique n'est qu'une différence de timbre qui tient au rapport entre les trois éléments par lesquels il est déterminé. Et la différence entre les trois directions de la théorie de la connaissance dont il s'agit n'est également qu'une différence de timbre. En tout cas, ce ne doit pas être plus.

Mais il y a, danslecriticisme, un élément qui lui donnera toujours la première place pour ce qui regarde la théorie de la connaissance ; c'est l'importance qu'il accorde à la méthode analytique ou régressive pour trouver les formes et les principes de la connaissance. Une analyse de cette espèce est à la fois, comme nous l'avons démontré précédemment, la condition du dogmatisme (ou formalisme), celle delà théorie de l'arbitraire, celle de l'empirisme et du pragmatisme, parce qu'elle a pour objet ce qui sera établi comme dogme, comme postulat, comme expérience, ou comme économie. Il faut que chaque théorie de la connaissance fournisse une contribution analytique. Et il y a ici quelque chose qui peut être séparé des formes historiques dans lesquelles le criticisme a paru tout d'abord, et du rationalisme dogmatisant de Kantet de l'idée du bond soutenue par la théorie du postulat. Par là, dans l'un et dans l'autre, le motif et le sujet prendront la place qui leur est due.

Le conceptde l'hypothèse de travail peut très bien s'accorder avec ce que nous venons de dire, si l'on attache de l'importance à ce fait que la manière dont travaille la pensée humaine doit être déterminée par sa nature. Et nous apprenons à connaître

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sa nature par l'étude de la vie de l'âme spontanée, au moyen des diverses méthodes de la psychologie, aussi bien que par l'étude de l'histoire de la pensée et de la science. Un certain type reparaît constamment dans les principes et dans les hypothèses scientifiques, oui, même dans les représentations mythologiques, un type issu du besoin d'unité et de continuité. Toute analyse de la pensée humaine est une analyse de la nature de ce besoin et de sa lutte pour obtenir satisfaction. — Dans les acceptions plus spéciales qu'on donne en général au mot d'hypothèse de travail, on trouve ce même caractère. De pareilles acceptions sont seulement des formes du type général plus spéciales et plus limitées.

b) Formes et sujets.

115. — Nous nous proposons maintenant de rechercher plus exactement le rapport irrationnel de la forme et du sujet dont nous avons déjà constaté la présence.

Notre principe de pensée le plus élevé et le plus clair, le principe des principes, le principe d'identité, qui permet de mettre un concept à la place d'un autre et par là d'anéantir les différences que présentent les sujets, trouve de la résistance quand nous sommes obligés de nous arrêter devant une multiplicité de concepts qui peuvent bien former des séries, mais non de celles qui rendent possible la substitution. C'était un idéal romantique, celui qui voulait que toute connaissance dérivât d'un seul principe qui pût être appliqué à tous les points des séries de sujets et au passage d'un sujet à l'autre. Le monde, le monde dans lequel nous devons penser, est et demeure une multiplicité et non un monde d'identités au repos. Et de là vient que c'est un monde vivant. Néanmoins le principe d'identité restera toujours une direction de travail, particulièrement une direction de travail pour procurer des conditions aussi favorables que possible à la substitution, c'est-à-dire découvrir des voies au moyen desquelles on puisse se représenter les différences comme des identités déguisées.

Les points de vue qui permettent de regarder comme identiques des sujets différents ne peuvent, comme nous l'avons déjà

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dit, épuiser toute la nature de ces sujets. Il y aura toujours des oppositions qui seront déterminées par les limites de l'identité. L'examen des rapports d'opposition les plus importants de ce genre nous servira à mettre en lumière la nature de notre connaissance et ses conditions.

a. — Qualité et Quantité.

116. — Comme nous l'avons déjà vu, dans la théorie des catégories, la science a employé, à l'égard des différences irréductibles, un expédient, celui de mettre, au moyen de l'analogie, des différences quantitatives à la place des qualitatives. Ce sont les qualités de temps, de nombre, de degré et de lieu qui, le plus facilement, peuvent être ainsi transformées de façon à ce que le principe d'identité puisse s'appliquer aux séries qu'elles forment et de façon à ce que la substitution devienne possible. Et les autres séries de qualité sont ordonnées en analogie avec ces séries de sorte que tant que l'analogie est valable, elles peuvent rentrer dans le principe d'identité. Ces séries pourraient alors être construites par une continuelle adjonction de membres identiques comme nous construisons des séries de temps, des séries de nombres, des échelles de gradation et des figures géométriques. Les sciences de la nature surtout ont avancé par cette voie. En psychologie, on ne peut adopter une méthode semblable que d'une façon très imparfaite (voir 12-13).

Qu'il soit possible, dans les sciences de la nature, de remplacer les changements qualitatifs par des quantitatifs, cela vient de ce que nous avons des sens différents et que, pour quelquesuns, les différences de quantité sont plus distinctes que pour les autres. Les sensations de mouvement et celles du toucher ont un caractère plus quantitatif que la vue et que l'ouïe, ce qui signifie que leurs qualités peuvent plus facilement être interprétées commerésultant de l'adjonction d'éléments identiques. Les différences qualitatives dans le toucher de deux surfaces dont l'une est plus grande et l'autre plus petite s'identifient facilement avec la différence de quantité des deux surfaces. Pareillement la différence qualitative entre le mouvement par lequel je touche ma tête et celui que je fais pour prendre mon chapeau suspendu à un porte-manteau élevé peuvent être identifiés avec

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la plus ou moins grande extension de mon bras. Les sensations de mouvement se rattachent à la plupart des autres sensations et c'est pourquoi on peut les mesurer. Là où les jugements qualitatifs conduisent à des disputes, la mesure au moyen du mouvement, non seulement de notre propre mouvement, mais aussi du mouvement du monde environnant, lié à ce qui fait le sujet du jugement, cette mesure l'emporte.

Les nombres et les figures peuvent se construire par cela qu'ils naissent de la répétition du même acte de la pensée, de celui qui pose une unité. On peut trouver de nouvelles combinaisons en raison delà répétition de l'identique, sans qu'on ait eu besoin de se tourner vers l'expérience. La pensée a, par suite, plus d'activité spontanée lorsqu'il s'agit de différences quantitatives que lorsqu'il s'agit de qualités. Celles-ci, il lui faut les attendre ; elle peut devancer les premières rien qu'en répétant les mêmes actes d'après certaines règles. Kant l'a très clairement exprimé, dans sa lettre mémorable du 21 février 1772 adressée à Herz. « Les choses ne deviennent des grandeurs pour nous, ne peuvent être représentées comme des grandeurs que parce que nous pouvons provoquer leur représentation en répétant un plusieurs fois. Par là les concepts de grandeur peuvent être actifs de leur propre fonds et leurs lois fondamentales trouvées apriori. Mais pour ce qui est des qualités, la question de savoir comment mon intelligence doit pouvoir se former, absolument apriori, des concepts des choses reste toujours dans l'obscurité pour ce qui est de la façon dont nos facultés d'intelligence s'accordent avec les choses. »

Aristote enseignait déjà que le mouvement dans l'espace (cpopà) était à la base de tous les autres changements (^zx^oX^) que ce fût un changement de qualité, un accroissement ou un décroissement (au^iç xal cpôopà). Mais il combattit la tentative que firent Démocrite et Platon pour ramener tous les changements à des mouvements de petites parties. D'un côté, il maintint la primordialité des différences de qualité, de l'autre il accusa la mécanique atomistique de restreindre la téléologie de la nature. Les sciences modernes de la nature furent les premières à prendre véritablement les propriétés quantitatives pour base. Galilée est le grand fondateur de ce qu'on a appelé, dans le

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sens le plus exact du mot, la conception mécanique de la nature. En dehors de la simplicité qu'on atteint en ayant seulement affaire à des différences de grandeur, et Galilée était convaincu que la nature prend toujours les chemins les plus simples, on a aussi parla l'avantage de pouvoir atteindre à une plus grande exactitude dans les descriptions et par suite à une plus grande sécurité dans les conclusions. C'est pourquoi Galilée voulait mesurer tout ce qui était mesurable et rendre mesurable ce qui ne l'était pas. Il en était même arrivé à regarder les propriétés quantitatives comme « les propriétés réelles et premières », et les qualités comme des apparences. Et ce fut, dans les temps postérieurs, la conception ordinaire de ceux qui ont adhéré à la conception mécanique de la nature. On considérait les principes d'après lesquels travaillèrent les sciences de la nature comme l'expression de réalités absolues. On faisait de l'analogie entre les quantités et les qualités une identité, et on voyait dans le mouvement et dans les éléments qui se mouvaient un monde qui était la vraie réalité matérielle. Pour Descartes et Newton, ce monde avait été créé par Dieu d'une façon immédiate, tandis que des matérialistes tels que d'Holbach pensaient qu'il existait de toute éternité comme la seule réalité véritable. Les physiciens, jusqu'à ces derniers temps, ont été sur ce point, des métaphysiciens.

117. — On peut démontrer de diverses manières qu'on ne saurait arriver à une solution complète de nos problèmes en se basant dogmatiquement sur la conception mécanique de la nature.

Même si nous nous imaginions que tout, dans la nature matérielle, peut être expliqué d'après les principes de cette conception, les qualités demeureraient pourtant comme un fait immédiat et on n'expliquerait point comment les différences purement quantitatives peuvent paraître à nos sens des différences qualitatives. Les propriétés des produits chimiques ne sauraient être dérivées des propriétés des éléments et lorsqu'une espèce d'énergie physique trouve son équivalent dans une autre espèce d'énergie physique, l'équivalent a d'autres propriétés que la première forme d'énergie. Le sujet qui éprouve des sensations ne peut pourtant pas créer ces qualités de rien.

En tout cas, on créerait par cette supposition des difficultés psychologiques insolubles à la place des difficultés chimiques et physiques que l'on met de côté.

De plus, il ne faut pas oublier qu'il n'y a qu'une différence de degrés entre les différences de grandeur et les autres différences. Celles-ci apparaissent immédiatement comme qualitatives, aussi bien que celles-là. L'étendue et le mouvement sont des qualités qui peuvent avoir besoin d'une explication aussi bien que les qualités des sens spéciales. C'est là surtout l'objection qu'ont faite Leibniz, Berkeley et Kant à « la mythologie mécanique ». Nous n'avons pas de raison de croire que lorsque nous en sommes arrivés aux propriétés quantitatives, nous soyons au bout de ce que l'essence intime des choses peut nous offrir. L'importance purement méthodique de la conception mécanique s'accorde très bien avec l'idée qu'on peut lui attribuer une vérité dynamique et symbolique. Son importance consiste en ce qu'elle nous donne pour base un cercle de symboles qui peuvent être appliqués dans toutes leurs conséquences, qu'elle a trouvé une analogie à l'aide de laquelle on peut tirer des conclusions qui sont vérifiées par de nouvelles expériences, expériences qu'on peut excore exprimer à l'aide des mêmes symboles. Mais il reste toujours la possibilité qu'un autre cercle de symboles ou de modèles ayant autant de valeur sinon plus, puisse exprimer les expériences et donner les bases de conclusions exactes. On ne pourra jamais prouver qu'un cercle de symboles soit le seul exact et le seul possible.

p. — Succession et causalité.

118. — Il faut chercher la véritable raison de l'essai gigantesque tenté pour transformer la qualité en quantité dans ce que le rapport de causalité n'est ni clair ni net quand il y a une différence de qualité entre l'événement qui est cause et celui qui est effet. Lorsque la pensée cherche une cause, il y a deux choses qu'elle veut voir nettement : pourquoi un événement apparaît dans tel moment déterminé et pourquoi il apparaît avec telle propriété qualitative déterminée. Pour le temps comme pour la qualité, on cherche le rapport de l'événement avec d'autres événements de façon que l'on puisse conclure

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de ceux-là à celui-là. Les difficultés que l'on a trouvées dans le concept de cause viennent précisément des différences de temps et de qualités. De quel droit supposons-nous que parce que l'événement A paraît en ce moment, l'événement B doit paraître dans le moment suivant ? Comment peut-on lier des événements de constitution différente et se passant à des temps différents de façon qu'ils ne puissent être séparés ?

La meilleure réponse est de retourner la question et de demander de quel droit on suppose qu'il y ait des différences de temps et de qualité absolues ? Ne serait-il pas possible d'ordonner les événements dans des séries telles que du membre précédent on puisse conclure au suivant ? Ce fut la voie que prit Kant quand il montra qu'il n'y avait pas là d'identité, mais qu'il pouvait cependant y avoir analogie entre la série des événements dans le temps et la série de raisons et de suites (prémisses et conclusions) dans la pensée logique et mathématique. Les catégories réelles peuvent ainsi être comprises en analogie avec les formelles. Et, ajoute Kant, ce n'est que par ce que cette analogie est juste que nous pouvons distinguer le rêve de la réalité. Si Kant avait dit « pour autant que cette analogie est juste », au lieu de « parce que », il aurait eu raison. 11 part de là au contraire et assure dogmatiquement que ce critérium de la réalité peut être appliqué partout, à tous les changements de nos sujets. En d'autres mots, il suppose la valeur de la loi de causalité au moment où il la veut prouver, mais la question se pose toujours à chaque nouveau changement. C'est évidemment cela que Hume eût répondu à Kant. Même si une situation se présentait absolument semblable une seconde fois, on n'aurait, pensait-il, aucune raison d'attendre que des conséquences semblables la suivissent ; il n'est pas certain que les mêmes choses soient la seconde fois en possession de la même force. Toutes les répétitions que l'on voudra ne nous mèneront pas plus loin : « On trouvera toujours occasion de faire la même question et cela à l'infini *. »

Kant n'a pas fait autre chose que de transformer un principe ou une hypothèse en loi. Le lien qu'il a établi, d'une façon

1. Voir Hume: Treatise on Hurnan Nature, 1,3, 6 (ed. Selby-Bigge, p. 91).

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si remarquable, entre le problème de la causalité et le critérium de la réalité, marchant d'ailleurs en cela à la suite de tous les philosophes modernes depuis Descartes (voir 37) , ce lien ne permet rien de plus que de croire que nous avons là un moyen de pensée et une forme de pensée qu'il nous faut continuellement essayer d'appliquer, pour cette raison déjà qu'autrement nous ne pourrions nous orienter dans le monde qui nous entoure. Mais le concept de la réalité est et demeure un idéal à l'égard duquel l'approximation seule est possible. Et par suite le concept de causalité désigne aussi un idéal de pensée qui ne peut être épuisé par son application. Le principe de causalité ne peut recevoir de vérification absolue et quand on l'appelle loi, cela n'est juste, à le prendre strictement, que dans les cas où il s'est montré pour nous un guide suffisant. Sa plus grande importance est de nous conduire constamment à de nouveaux problèmes. Et quand nous ne parvenons pas à résoudre ces problèmes, nous n'avons que le droit de dire que nous ne pouvons trouver la cause et non qu'il n'y en a pas. Il y aurait toujours la possibilité que nous puissions décider de la vérité d'une série d'événements pris chacun à part, mais non celle de trouver une connexion quelconque qui les rattache l'un à l'autre (en sorte qu'ils pourraient former une série de différences à variations indéterminées si l'on suppose que la suite chronologique de la série est déterminée). C'est une pareille situation que semble avoir imaginée Hume lorsqu'il n'a pas supposé le doute à l'égard de la réalité des événements chacun pris à part.

Quoique l'application du critère de la réalité nous soit imposée par des raisons pratiques et quoique nous appliquions aussi le concept de causalité dans la pratique en cherchant les moyens qui nous conduisent à notre but, la causalité n'est cependant pas un moyen de pensée dans un sens purement extérieur. D'ailleurs il n'y a pas un rapport purement extérieur entre la forme, le besoin et le sujet. Notre pensée a un besoin spontané d'appliquer ses formes sans savoir si elle pose une hypothèse et si elle entreprend une expérimentation. A la question de Hume : pourquoi appliquez-vous le principe de causalité à de nouveaux événements ? on pourrait répondre : pourquoi

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pas ? Essayons nos forces, essayons jusqu'où nous pouvons atteindre avec nos formes et nos moyens de pensée. Nous ne voulons pas faire comme l'homme qui refusait de se jeter dans l'eau avant de savoir nager. Et quand nous voyons que les sujets peuvent être ordonnés dans des séries telles que le réclame la loi de causalité, c'est-à-dire dans des séries qui sont ordonnées en analogie avec une série de raisons et de conséquences, nous nous sentons encouragés à continuer nos essais.

La découverte qu'a faite Kant des « analogies de l'expérience » sera le dernier mot de la science sur la signification de la loi de causalité, quoiqu'il pensât que ce dernier mot avait un contenu plus riche que celui qu'il a en réalité. Les expériences de la vie journalière forment avec les recherches les plus élevées de la science un seul et même type de pensée qui dépend de l'organisation de notre pensée. Ce point de vue nous invite à examiner les sujets aussi exactement que possible, afin que l'analogie soit appliquée aussi bien que possible. Dans le rapport logique entre la raison et la conséquence, les différences de temps et de qualité ne jouent aucun rôle et pour que l'analogie puisse être appliquée il faut donc réduire ces différences entre les sujets au moins possible. La pensée cherche à pétrir les sujets à sa ressemblance ; par là on atteint la plus grande satisfaction intellectuelle et on acquiert un instrument d'orientation plus parfait.

119. — Le rapport entre l'analogie et l'identité soulève encore plusieurs questions à propos du problème de causalité. L'école empirique a soutenu qu'il n'est d'aucune importance que les changements ayant lieu dans le rapport de causalité soient hétérogènes les uns aux autres. Stuart Mill1, rejetait donc l'ancien principe qui voulait que le semblable amenât le semblable. Il le regarde comme l'expression d'une superstition et il rappelle les nombreux cas où l'on a regardé certaines choses ensemble comme des causes et des effets, simplement parce qu'elles avaient une ressemblance extérieure les unes avec les autres, comme lorsqu'on attribuait à des fleurs jaunes la vertu

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