‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 49 sur 60 · Danske Filosofer, p. 201 et suiv · texte numérisé non relu

Danske Filosofer, p. 201 et suiv

De deux côtés différents, on pourrait peut-être faire des objections à la morale formelle que nous venons de caractériser.

149. — Si l'on adopte le point de vue sociologique (voir 40), on dira que cette conception est trop individualiste. La morale n'existe, dira-t-on, que parla puissance matérielle et spirituelle de la société sur l'individu. Nous l'avons bien reconnu dans ce qui précède : ni la formation de la personnalité, ni sa libération ne sont possibles en dehors et sans le concours de l'atmosphère sociale dans laquelle il évolue. Mais un problème moral apparaît pour la première fois lorsque l'action réciproque qui a lieu constamment entre l'individu et la société est arrêtée par une crise dans laquelle l'individu acquiert une indépendance et une énergie suffisante pour opposer son évaluation qui, naturellement, s'est développée elle-même sous l'action positive et négative de la société, à celle de la société. Les penseurs qui se placent exclusivement au point de vue sociologique sont trop disposés à ne pas voir que, même avant les crises, l'individu réagit déjà, c'est-à-dire qu'il reçoit à sa manière les impulsions de la société, qu'il les individualise, de même que l'on confond notre ignorance des initiatives individuelles, lorsqu'il s'agit des états primitifs dont la sociologie s'est surtout occupée jusqu'à présent avec leur absence complète. Mais, quoi qu'il en soit, dans toute évolution sociale, il peut arriver un moment critique où les traditions et les modèles reçus avec le patrimoine commun ne sont plus acceptés spontanément. Et c'est alors, que surgit un problème éthique1. Que dit et que fera dans ce cas le sociologue ? Moralisera-t-il et nous empêchera-t-il de douter et de penser ? Le chef de l'école sociologique, M. Émile Durkheim, a répondu à cette objection que la crise morale- des temps modernes n'est pas produite par des raisons intellectuelles, mais que les causes en sont plus profondes, car elle serait due, d'après lui, à la division du travail dans la société qui a apporté un isolement et une individualisation par lesquelles sont anéanties les influences sociales opérant spontanément. Nos devoirs n'ont plus leur base dans l'ordre des choses réelles et le relâchement en est la suite, un

Page 1