‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 51 sur 60 · hoc. cit., p · texte numérisé non relu

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LES PROBLÈMES DE LA. PENSÉE

donner tous les torts à la société. Le tragique est justement qu'il y ait des fautes et des mérites des deux côtés. L'individu peut avoir quitté trop tôt les bancs de l'école. Il dresse alors, avec un contentement de soi non jus tifié, sa chétive raison contre la somme immense des expériences, contre ce qu'ont produit l'activité et les souffrances de nombreuses générations, expériences et résultats qui se sont déposés dans l'organisation de la société. Pour ma part, je suis tout à fait convaincu qu'on ne peut comprendre la morale individuelle que comme un membre de la morale sociale. « Les concepts de société et d'espèce ont cette importance morale d'indiquer, d'un côté, l'immensité des intérêts de la vie dont il faut tenir compte, de l'autre la nécessité de créer des possibilités, des valeurs potentielles et de ne pas s'en tenir à ce qui n'a qu'une valeur actuelle (voir 102, 1 c) et peut-être même n'en a que pour un temps très court. Elles permettent donc d'envisager les choses de la façon la plus étendue pour l'évaluation de la volonté et de l'action de l'individu1. »

Si nous regardons au delà des difficultés pédagogiques qui naissent lorsqu'il faut amener l'individu à regarder sa conduite de ce vaste point de vue, et si nous supposons que ce point de vue est gagné, nous nous apercevons qu'il y a alors justement la possibilité d'une morale formelle. Elle ressort là aussi du rapport des totalités et des éléments. La totalité sociale sera d'autant plus parfaite qu'elle pourra renfermer un plus grand nombre d'individualités et de plus diverses dans une forme de vie commune. Nous rencontrons ici une analogie avec la personnalité individuelle venant de ce que toutes deux sont des totalités. La multiplicité et les caractères fortement marqués des individus peuvent rendre plus difficile de maintenir l'unité sociale ; mais lorsqu'on a réussi à résoudre ce problème qui suppose que les formes d'unités, pouvant seules satisfaire tant que l'instinct et l'autorité gouvernaient tout, sont remplacées par d'autres formes, — on dit que la société a atteint un degré plus élevé. A ce stade, la société avance — nous l'espérons — à travers la crise qu'a provoquée la division du travail. Mais elle ne s'en

i. Morale (traduction française), XIII, 5. VIII, 4.

ÉVALUATION

approche pas sans qu'il y ait une action réciproque continuelle des forces individuelles et des forces sociales. Non pas en dehors, mais au moyen même de l'individualisation progressive, on arrivera à la nouvelle société. Jusqu'à présent la critique de la division du travail ne porte pas sur ce qu'il y a trop d'individualisation, mais justement sur ce qu'elle n'offre pas un développement suffisant des personnalités individuelles puisqu'un si grand nombre d'entre elles n'ont l'occasion que de développer une seule partie, une partie élémentaire de leur nature1.

Comme il y a, dans la personnalité, un continuel travail pour faire entrer les instants particuliers, les tendances et les intérêts dans la totalité de la vie personnelle, c'est de même un travail perpétuel de faire rentrer les personnalités individuelles dans la totalité sociale et d'en faire les membres vivants de ce tout, de façon à ce qu'elles soient à la fois le but et les moyens. Socialement et individuellement, il s'agit, au point de vue moral, d'une continuation de l'évolution de l'existence dans les volontés humaines; il s'agit de parvenir à une unité et à une continuité plus grandes et plus riches. Le travail moral produit à la fois l'opposition aux processus du reste de l'existence et leur continuation.

J 50. — D'un tout autre côté, on demandera à propos de l'exposé que nous venons de faire (148), de quel droit le moment et le besoin particuliers seront subordonnés à la personnalité comme totalité. De même que, au pointde vue de l'individu, on peut critiquer la société, la personnalité peut être critiquée du point de vue des moments particuliers. Mais encore que l'on adopte ce point de vue, on se rend compte que les concepts fondamentaux de la morale formelle sont les mêmes dans l'un et l'autre sens.

Il y a toujours une imperfection quand on fait d'un moment* d'une période de la vie, d'un intérêt, de purs moyens en vue de la totalité de la vie sans qu'ils aient de valeur immédiate (voir 102, 1 b). Le problème est ici, comme dans la société, d'opérer l'union de la valeur immédiate et de la valeur médiate

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