‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 52 sur 60 · Morale (traduction française), chnp. xxu -xxv · texte numérisé non relu

Morale (traduction française), chnp. xxu -xxv

LES PROBLÈMES DE LA PENSÉE

sur tous les points. Peut-être y a-t-il d'heureuses natures qui, spontanément, comme par instinct, réalisent cette chose difficile et atteignent ainsi la perfection qui leur est accessible (voir 1 48) . L'évolution de leur caractère est une croissance et, pour eux, il n'y a pas de problème éthique.

De plus, on peut penser que toute la vie de la personnalité est représentée par le moment particulier ou par le besoin particulier, de façon que lorqu'ils ne sont pas pleinement satisfaits, la personnalité, comme totalité, est anéantie. Tel est le cas dans les grands moments de sacrifice, les moments dans lesquels l'homme, comme le dit Aristote, « préfère accomplir une grande et belle action que beaucoup de petites », et il en est ainsi lorsque l'homme voit la vocation de toute sa vie dans la satisfaction d'un seul de ses besoins. Par là aussi la continuité, la connexité intérieure de la vie est préservée. Nous ne parlons pas ici de la valeur de ce à quoi tout est sacrifié, nous ne parlons que de la possibilité psychologique et éthique du sacrifice. C'est un cas spécial du concept fondamental de la morale formelle.

Oui, nous pourrions faire un pas de plus. Même là où la souveraineté du moment se proclame d'une manière absolue, de sorte que la jouissance de l'instant présent devient le seul bien, la continuité de la vie subsiste à la base comme une condition nécessaire. 11 serait évidemment impossible de se donner entièrement et pleinement dans chaque moment si l'on ne supposait pas une harmonie entre tous les moments. Le droit qu'a un seul moment suppose le droit de tous les moments particuliers, autrement ce droit pourrait leur soustraire quelque chose, et le problème ne serait pas résolu. Aristippe, qui a adopté ce point de vue, demandait aussi pour cela une réflexion circonspecte (cpp<5vY)<nç), comme la condition permettant qu'il fût maintenu. Cette réflexion n'a pas de valeur immédiate, mais seulement une valeur médiate, d'après Aristippe ; c'est un obstacle à l'application de son principe, obstacle qui dérive justemen. de ce que le moment ne peut être isolé de la totalité de la vie. A un point de vue qui touche à celui-ci et que Kierkegaard a décrit dans ce qu'il appelle la conception de la vie esthétique, ce qu'il y a de plus élevé, c'est le libre, l'arbitraire, grâce auquel

ÉVALUATION

on plane sur les moments particuliers sans les approfondir. Lorsqu'on plane ainsi, ce qui est nécessaire pour ne pas être empêtré ni retenu par un seul moment, la totalité de la vie manifeste son exigence. On y aperçoit la continuité, quel que soit d'ailleurs, son morcellement. Il est bien clair aussi qu'on ne peut avec certitude, surtout sous une forme théorique, fonder une éthique du moment sans qu'on jette un coup d'œil au delà de la totalité delà vie considérée comme condition. On dépasse le moment particulier dès qu'on proclame sa souveraineté (voir 26).

154. — L'éthique formelle, bien qu'on la conçoive à des points de vue réellement ou qualitativement différents, offre partout des traits analogues. La raison en est, ainsi que j'ai cherché à le montrer, qu'on trouve toujours comme base le rapport entre une totalité et ses éléments. Il y a, par suite, un cercle de concepts éthiques formels qui trouvent leur application, quel que soit le point de vue éthique que l'on adopte. Ce sont les concepts de but et de moyen, de devoir, de vertu, de droit *. La différence entre les divers points de vue dépend en partie de l'importance différente que l'on accorde à ces divers concepts, en partie de la réponse à la question de savoir quel est le but, la vertu, le devoir, etc. Le problème moral est posé pour la première fois d'une façon décisive quand nous mettons cette question en avant.

p. — La rationalité de l'évaluation morale (Morale réelle).

152. — Dans l'éthique purement formelle, on peut déjà distinguer un rapport qui ne s'exprime pas d'une façon adéquate dans des formules rationnelles. Le rapport entre la forme et le sujet dans la connaissance, le rapport entre la partie et la totalité dans la conception du monde fait toujours surgir de nouveaux problèmes et de nouvelles nuances de pensée ; il en est de même dans la morale pour ce qui touche au rapport de l'unité et de la multiplicité, et à celui de la continuité et de la différentiation. Les concepts de morale formelle cités plus

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