Scienlifèc Papers, II, p
2. Atwater : Neue Versuche ùber Stoff-und Kraftwechsel des menschlichèn Korpers {Ergebnisse der Physiologie, III, I, 1904).
PSYCHOLOGIE DE LA PENSÉE
Il sera encore plus difficile qu'auparavant de supposer qu'il puisse se passer quelque chose dans l'organisme qui soit contraire à cette loi de l'énergie.
Mais comment, ces rapports étant admis, nous sera-t-il possible de regarder l'énergie psychique comme une forme particulière de l'énergie ? N'est-il pas plus juste de supposer que toute énergie est physique et que l'énergie psychique dont nous avons parlé précédemment n'est que le symptôme d'une énergie physique à laquelle notre connaissance n'a pas accès ? Nous ne pouvons transporter le principe d'équivalence, tel qu'il existe dans le domaine physique, sur le terrain psychique même. Il y a des ruptures dans une seule et même vie de la conscience individuelle provoquées par le sommeil, l'évanouissement, etc., et nous ne pouvons démontrer qu'il y ait une continuité psychique entre deux consciences individuelles, comme nous démontrons qu'il y a une continuité physique entre deux corps, entre deux organismes par exemple.
On a demandé que les définitions psychologiques soient remplacées par des définitions physiologiques. Cari Lange l'a réclamé chez nous dans sa Physiologie de la Jouissance. Au nom de la psychologie et d'une sévère théorie de la connaissance, Richard Avenarius, dans son ingénieux ouvrage Kritik der reinen Erfahrung, a exprimé la même opinion. On atteint une complète intelligence scientifique, pense-t-il, quand les états psychiques sont ramenés aux états physiologiques correspondants ; c'est pourquoi il appelle la série des états psychiques « la série vitale dépendante » et la série des états physiologiques « la série vitale indépendante ». La raison sur laquelle il s'appuie est que, seulement de cette manière, nous pouvons réduire les différences qualitatives qu'offrent les phénomènes psychiques en des différences quantitatives, de sorte qu'on arrive à formuler exactement le rapport entre les états qui varient. L'achèvement de notre connaissance consisterait donc à réduire le psychique au physique1.
A l'égard de ceux qui demandent ainsi de réduire la psychologie à la physiologie, pour qu'une psychologie scientifique
4. Voir mon appréciation de la philosophie d' Avenarius dans : Philosophes contemporains, {trad. fr., p. 113 et suiv.) (F. Alcan).
ÉxNERGIE PSYCHIQUE 25
soit possible, — et qui en vérité voudraient détruire la psychologie pour en faire une science, — il faut reconnaître que la discontinuité de fait et la différence qualitative entre les phénomènes réciproques, poseront toujours des limites à l'achèvement de la psychologie en tant que science. Mais la question est de savoir si la voie qu'ils indiquent conduit au but, si la méthode qu'ils préconisent ne contient pas, au fond, une contradiction manifeste.
Lorsqu'on demande que les définitions psychologiques soient remplacées par des définitions physiologiques, cela suppose que les définitions psychologiques soient exactes et achevées. Mais c'est l'affaire de la psychologie d'apporter ces définitions et si elle n'est pas à même de les fournir, la physiologie ne peut savoir ce dont elle cherche l'explication dans le cerveau. Quand ce qui doit être résolu est vague et vacillant, la solution l'est aussi. Rien ne nous est garant que nous ayons véritablement trouvé les états du cerveau qui correspondent aux phénomènes psychiques déterminés auxquels nous songeons. L'indépendance de la psychologie doit être reconnue lorsqu'elle nous enseigne les symptômes qui offrent à la physiologie ses problèmes. C'est pour toutes les sciences de l'expérience un travail long et difficile d'arriver à des définitions qui concluent ; elles ne sont possibles que lorsque la science de l'expérience est achevée en ce qu'elle a d'essentiel ; elles viennent à la fin et non au commencement des recherches. On opère trop souvent sur des définitions psychologiques inachevées qui sont regardées comme un point de départ solide pour les interprétations de la physiologie du cerveau. Ainsi Descartes et même Lotze, à une époque plus récente, regardaient le concept de « l'àme » comme si précis et si fixe qu'on pouvait avec confiance demander aux physiologistes et aux anatomistes de chercher « le siège de l'âme ». Dans les derniers temps, Flechsig* a considéré le concept de l'association des idées comme si simple et si clair qu'il a cru pouvoir trouver dans le cerveau des voies spéciales pour les processus qui amènent la jonction des corrélatifs physiologiques des idées. En vérité,