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LA DISCIPRINE DE L'INVENTION b5

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5 point, eu dépit de toutes les qualités littéraires que l’on vou-

dra, n'est pas vraiment poète. Mais cette « musique du vers » ne tient qu’en faible part à l'assemblage des sonorités syllabiques (1). Ce qui en fait la puissance évocatrice, incantatoire, le frisson contagieux, c’est quelque chose de beaucoup plus aérien et vital, un rythme, un timbre de rêve : image toujours, mais image d'action immédiate, image prédiscursive, à peine matérialisée. Qui ne sait pas la sentir, néanmoins, ne parviendra jamais à lire poétiquement un poème ; et, au fond, la poésie lui restera lettre morte,

Voilà des remarques bien élémentaires, bien menues, essentielles cependant, et qui se laisseraient d'ailleurs appliquer sans peine aux plus diverses formes de l’art, au cas du peintre ou du sculpteur par exemple comme à celui du musicien et du poète. Et elles valent encore dans le domaine de la pensée proprement dite. Ainsi notamment doit-on interpréter |” « image médiatrice » que signale M. Bergson (2) au point de contact animateur où l'intuition commence de s’incarner en discours. Toujours présente, bien que parfois inaperçue, implicite, c'est elle qui donne le réel, qui le véhicule dans la région des

(1) Le nom de « musique » lui convient-il, sinon métaphoriquement ?

Les moyens sonores du langage ne sont à peu près rien, comparés à ceux dont le musicien dispose. Îl est rare pourtant (est-ce même possible ?) que de beaux vers, poétiques par eux-mêmes, gagnent à être « mis en musique » ou plutôt n’y perdent pas. J'irai jusqu’à prétendre qu'on ne peut guère les « dire » sans les dégrader. L'esprit seul est capable vraiment de les entendre. Autant de preuves que leur vertu de « charme » n’a presque rien de

- malériel, encore qu’elle reste sensible,

(2) Voir son article sur l'intuition philosophique, dans la Jtevue de Méla- physique et de Morale, novembre 1911. — Cf, le premier volume du présent ouvrage, p. 201-202.

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puissances d’abstraction et d'usage, elle qui suggère directement l'attitude intuitive. Non pas certes qu’elle équivaille à l'intuition elle-même, surtout si on ne fait que la recevoir coupée de la source qui a jailli au centre de l'âme et qui l'a produite : et c’est pourquoi le simple disciple, quand même il parvient à la ressaisir, n'y puise jamais certitude immédiate et suffisante comme l'inventeur. Elle reste néanmoins plus proche de l'intuition pure que les meilleurs concepts ensuite élaborés. Seulement cette image inaugurale, — presque dénuée de corps, au moins toute fluide et subtile, — ne parle guère qu’à ce que les mystiques appellent « sens intérieurs » ; et il faut y chercher un élan plus qu'un symbole.

En résumé, l'intuition imaginative, entendue au sens large qui vient d'être dit, a fusionné en quelque sorte avec l’intuition dialectique ; et elle est partout nécessaire : qu'il s'agisse de l’idée mère qui constitue le germe initial d’une grande invention ou quil s'agisse des mille petites inventions de détail dont l’ensemble constitue le développement et la réalisation de cette idée mère, On la retrouve à l'origine et au terme de toute création véritable, comme principe moteur d'analyse ou comme achèvement de synthèse ; elle seule est effectivement réalisatrice ; et voici le double rôle qu’elle assume.

Au début de la recherche, l’image intuitive permet de saisir ce qui n’est pas encore descendu au niveau du discours, ce qui n’est même à aucun degré formulable encore, ce qui n'existe encore qu à l'état de démarche vécue, implicite, enveloppée, à l’état de tendance et de pressentiment. Aux temps primitifs, à l’âge des mythes, l’esprit humain en reste là. Chaque enfant recommence une préhistoire analogue. Plus tard, sans doute,

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