‹ La pensée intuitive ... (v. 2)Chapitre 18 sur 65 · PR RA. À · texte numérisé non relu

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la raison intervient ; elle pousse l'œuvre d'intelligence jusqu’à l'analyse. Mais toujours son travail exige d’abord emploi du schéma dynamique : instrument de la pensée par analogies, de la pensée divinatrice et prophétique, de celle qui, — sous les espèces de l’image en question, — donne à l'esprit le moyen de s'orienter et de partir.

À la fin de la recherche, l'image intuitive reparait pour condenser les résultats en nouveaux schèmes sommaires où ils sont représentés par leur puissance, leur direction, leur mouvement, plutôt que contenus avec tous leurs détails. Le moment est revenu alors, de la pensée par mythes et paraboles, dont on a trop médit et dont le rôle, malgré tout, reste capital, parce que cette pensée est celle qui permet seule de suggérer ce que l'analyse conceptuelle n’a pu saisir, celle enfin qui libère l’esprit des lenteurs du discours. Sur ce dernier point, une remarque s'impose. La réflexion discursive, par elle-même, demeure étrangère au temps. « Lorsque nous réfléchissons, dit M. Belot (1), nos idées se succèdent suivant un ordre associatif, qui logiquement est quelconque et sans valeur. C'est dans ce défilé incohérent d'idées et d'images que nous arrêtons au passage, que nous immobilisons, par exemple sous la forme d’une note jetée sur le papier, les idées qui nous intéressent, et c'est sur les idées ainsi arrachées pour ainsi dire au temps, cueillies comme au filet dans le stream of thought et mises de côté à l’état d’immobilité, que nous opérons tout le travail logique de la réflexion. » Oui ; mais, au contraire, c’est dans la durée qu'on invente. [Il y faut du mouvement, de la vitesse. Trop de lenteur

(:) Bulletin de la Société française de Philosophie, séance du 26 mars 1908,

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stérilise, comme aussi l'absence d’élan rythmique. La pensée féconde est la pensée devenue action et vie jusqu'en ses plus” intimes profondeurs. Un rythme de progres lui est inhérent, la fait efficace et réalisante. Et c’est cela même que lui apposs

l'intuition imaginative. - ES

Quoi qu'il en soit, nous possédons maintenant les données requises pour conclure ; et il sera facile de le faire en peu de mots.

Voltaire, on le sait, a peut-être le premier reconnu chez Archimède autant d'imagination que chez Homère. Depuis, on a minutieusement précisé le rôle de l'imagination dans les sciences ; Bain, entre autres, en a fait une étude approfondie, devenue rapidement classique ; puis Claude Bernard a donné les derniers éclaircissements avec une rigueur qui ne laisse place à aucune objection ; et l’on est tombé d'accord aujourd'hui qu'à cet égard le savant ne le cède en rien à l'artiste. Voilà longtemps qu'on l’admettait déjà du métaphysicien, dont il est traditionnel de comparer les grandes œuvres systématiques à des poèmes. Enfin, plus récemment, dans son Essai bien connu sur l'imagination créatrice, Ribot a généralisé ces remarques, montrant avec ampleur la part fondamentale de: l'imagination dans tous les ordres de l’activité humaine : commerce, industrie, finance, art militaire, politique, administration, langage, autant que morale, religion, philosophie, art ou science. Inutile désormais de revenir sur une vérité dûment acquise. Mais j'insisterai davantage sur les conséquences relatives à la discipline de l'invention : simple résumé, d’ailleurs, de celles qui découlent immédiatement des observations que nous venons de faire.

En premier lieu, l'inventeur, pour se préparer au combat,

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s'entraîne à des comparaisons continuelles. Le génie, disait

Ampère, est la faculté d’apercevoir des rapports. Au moins

suppose-t-1l que, dans chaque terme du discours, discernant une continuité profonde, on sache découvrir de proche en proche toute la pensée et comme un raccourci du monde. Les

idées de l'inventeur doivent ressembler aux monades leibni-

tiennes : chacune doit être un point de vue sur toutes les autres, C’est d’ailleurs une affaire d’exercice et d'habitude. Qui a fait ce travail d’assouplissement finit par pouvoir, presque sans eflort, retrouver tout en tout. Chacune de ses représenta-

tions est comme électrisée : elle est capable de devenir centre,

d'orienter vers elle par attraction le système entier, d'en établir la convergence et l'unification, enfin de se l’assimiler, de l’absorber dans sa richesse totale et ainsi de lui communiquer sa couleur propre. Ici fonctionne à plein rendement le jeu bien connu de l'association des idées : par contiguïté, ressemblance ou contraste. D'où l'entrée en scène des chances liées aux hasards des grands nombres. Mais plus importante encore, et de beaucoup, est une association non mécanique, celle que détermine un principe directeur. Certaines découvertes, — en général assez faciles, — naissent comme réactions contre certaines méthodes ou comme réciproques de certains résultats. D'autres ne sont que des transpositions : les sciences (ou les techniques) s’entraînent et s’imitent mutuellement, chacune tend à informer ses voisines, leur évolution simultanée provoque des tangences variables où elles se fécondent deux à deux, et ce que je dis là des sciences pourrait se dire aussi des méthodes, des systèmes, des principes, des arts, et généralement de toutes les combinaisons que peuvent former entre eux ces divers êtres intellectuels. De tout temps, les frontières ont été

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