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ainsi lieux d'élection pour l'inventeur. Nous vivons aujourd’hui à une époque où de plus en plus se manifeste la puissance novatrice de telles conjugaisons. Et avec elles apparait au premier plan le rôle d’un second facteur dans le choix des idées.
L'inventeur, en effet, ne se borne pas aux comparaisons rationnelles. Poète à sa manière, il cultive aussi les correspondances, les analogies, les métaphores. Combien de découvertes ont trouvé leur premier germe dans une suggestion de cette sorte |! On appuierait sur d'innombrables documents une loi de transposition universelle. Tout, disais-je, peut se traduire en tout et tous les modes de la réalité s’imitent l’un l’autre. Qu'il existe des affinités secrètes entre les choses, un fait le prouve notamment : c’est la tendance de la pensée qui invente à procéder par digressions rayonnantes plutôt que par suites linéaires. Paul Souriau l’a bien vu quand il a dit qu'on trouve d'habitude « en pensant à côté », la réflexion sur un point produisant la lumière sur un autre, l'effort ici amenant une découverte là. Saisir ces affinités secrètes et profiter des incessantes déviations qu'elles déterminent, c'est le don du génie. Mais il faut pour cela oser les accueillir, n'avoir pas de respect humain à leur égard, ne pas craindre de les prendre au sérieux et de s’y complaire. Rien ne montre mieux combien logique et invention sont choses différentes, combien une certaine pédanterie intellectualiste est peu l'attitude naturelle de l'inventeur,
Giterai-je quelques exemples ? Paulhan (1) et Ribot (2) en
(1) Psychologie de l'invention, p. 23 et Bo, et passim. (2) Essai sur l'imagination créatrice, p. 158 et 180, et passim.
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donnent plusieurs, parfois amusants ou pittoresques, toujours significatifs, qui se rapportent surtout à la création esthétique, Les métaphores des critiques, dans leurs descriptions et appréciations d’une œuvre d'art au moyen de termes empruntés au vocabulaire d’un autre art, en fournissent à l'infini. De même les analogies discernées par les historiens entre les diverses formes de l’activité humaine à une même époque. Aucun domaine de pensée n’est exclu de ces rapprochements. En somme, le symbolisme des poètes est susceptible de généralisation, car il répond à l’un des aspects de la continuité profonde que la critique révèle au dessous du morcelage banal. Chaque science peut imiter chaque science. Que de fois un théorème de mathématique pure fut suggéré par une image physique ! et, à l'inverse, que de fois aussi dût-on la perception d’un fait naturel au discernement préalable d’un invariant par la pure analyse ! Combien d’analogies énergétiques ou biologiques dans les conceptions du psychologue et du sociologue ! Combien de inétaphores empruntées au géomètre à Îa base de notre discours, au fond de nos doctrines sur la connaissance ! Dans quoi n’a-t-on pas introduit le langage de la mécanique ou de la chimie, les schèmes de l'hydrodynamique, la théorie de l’évolution ? Law prétendait appliquer « la méthode de la philosophie, les principes de Descartes, à l'économie sociale livrée jusqu'ici au hasard et à l’empirisme » (1). Son exemple n'a été que trop suivi, dans les voies les plus disparates ; mais l'excès n'autorise pas à condamner l'usage. Ailleurs encore, beaucoup de principes très positifs eurent une origine anthropomorphique ou théologique. Partout on a trouvé des appli-
(x) Cité par Rrsor, loc. cit., p. 246.
cations de l’idée démocratique, de l'idée religieuse. Que sais-je ? Une semblable énumération pourrait être sans fin. Tout, je le répète, peut se traduire en tout ; et n'importe quelle impression peut servir de guide et de stimulant pour n’importe
quelle œuvre. En bien des géomètres, par exemple, pour ne citer que ce cas, la musique évoque des visions de calculs, des
jeux de figures, des images de mouvements déductifs.
Sans doute les analogies plus ou moins étranges qui servent ainsi d’excitants à l'inventeur n’ont par elles-mêmes aucune valeur de vérité. Souvent, pour s’y être fié avec trop de suite,
il a été induit en erreur. On les retrouve identiques chez
l’homme de génie et chez l’utopiste, le rêveur ou même le fou. Elles doivent donc être soumises après coup à une rigoureuse épreuve de vérification critique sur laquelle nous aurons à revenir dans un chapitre prochain. Mais il reste qu'au moment
précis de l'invention proprement dite elles jouent le premier
rôle. Et c’est pourquoi l'inventeur se doit exercer sans cesse dans l’art de les saisir et de les manier.
Au surplus, la véritable image intuitive, dont je définissais tout à l'heure la nature, se distingue des images accidentelles qui viennent de nous retenir un instant. Elle porte sur le fond
des choses et, de soi, possède vertu révélatrice, puissance de
vérité. La seule question est d'apprendre à la discerner.
Si on l’envisage, on reconnaît que partout et toujours le jeu de la création imaginative reste le même. Il sera facile d'en résumer les traits essentiels ; et c'est par là que je ter-
minerai ce chapitre consacré aux principes qui gouvernent la
discipline de l'invention. Quatre points principaux sont à noter : |
1° Une invention quelconque a toujours les caractères d’une
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