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jamais non plus ne suffise une observance pharisaïque des règies qui les composent. Dans tous les genres de travail et à tous les niveaux, un même fait se laisse constater. Pour en découvrir un exemple immédiatement accessible, redescendons à l’école et interrogeons l'expérience du professeur. Elle subsiste uniforme, longtemps après les premiers débuts. Voici un élève, à qui un problème vient d’être posé, dont il n’aperçoit point aussitôt la solution. Quel spectacle offre-t-il d’ordinaire P Ou bien il part sans réflexion, à l'aventure, par n’importe quel chemin de raisonnement et de calcul, insoucieux de prévoir si la route où il s'engage a quelque chance de le mener au but. Ou bien vous le voyez attendre en silence d’inertie un éclair de révélation soudaine qui n'aurait qu'à être passivement reçu ; et si vous lui demandez alors à quoi il s'occupe, sans doute répondra-t-il qu'il « cherche » ; mais que vous insistiez par une question sur ce qu'il fait pour cela, le plus souvent il ne saura que dire. Visiblement il ignore ce que c'est que chercher ; et on doit le lui apprendre, encore que de l'avoir appris ne doive ensuite le dispenser d'aucun labeur. Qu'on ne méprise pas cet humble symbole ! À un degré supérieur, la situation reste au fond toujours analogue. Savant ou philosophe, le penseur ne méditera jamais trop l'art de sa propre préparation aux démarches de pensée créatrice, l’art évocateur et directeur de l'intuition inventive. Et c’est précisément le schéma d’une telle méditation qui fera l'objet du présent chapitre.
J’eyaminerai d’abord le rôle de l'intelligence discursive dans
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l'invention, les rapports entre l'invention et la logique traditionnelle.
= Un point est tout de suite évident. Les PH classiques. enseignent surtout de quelle manière il faut s'y prendre ] pour vérifier l'exactitude et la rigueur d’une démonstration une fois faite, pour contrôler une marchandise expérimentale ou théorique à la sortie de l’usine où elle fut secrètement fabriquée. En un mot, ils ne fournissent que des critères d’après coup. Essayons au contraire de saisir dans la mobilité même de son … progrès le travail créateur de l'esprit. Ce sera pénétrer plus profondément à l’intérieur du mouvement de science, du mouvement de vérification conquérante, En même temps nous verrons apparaître une logique nouvelle bien différente de ce que l’on appelle ordinairement de ce nom, une logique tout imprégnée de vie et de liberté : logique de la pensée-action et non plus de la pensée-discours, du schéma dynamique et non plus du concept explicite et fixé, de l'initiative et non plus de la réception ou de l'enregistrement.
En effet, une première et importante remarque peut être faite aussitôt, où déjà s’accuse nettement l’écart des deux logi-
ques. L'invention s’accomplit dans le nuageux, dans l'obscur, se dans l'inintelligible, presque dans le contradictoire. De quoi nous n'aurons aucune peine, malgré l'apparence de paradoxe, à nous convaincre. .
Il y à un pressentiment de la vérité antérieur à toute possession claire. La pensée précède le discours:au sein d’une continuité mouvante que ne saurait exprimer aucun langage. Quiconque a une fois cherché et trouvé quelque chose, petite ou grande, ne peut ignorer cela. C’est même dans ces régions de crépuscule et de rêve que naît la certitude et s'opère enprin-
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cipe la vérification : la pleine lumière ne vient qu’ensuite. Me
voici en face d’un problème difficile. Mon esprit s’est comme
tendu vers une solution qu'il désire, mais ne tient pas encore.
Cependant je commence à éprouver des résistances qui m’apprennent que mon action novatrice mord déjà sur l'inconnu. Des formes s'ébauchent et se dissipent aussitôt ; de brusques retours de nuit suivent de soudaines explosions de jour ; des trouées lumineuses déchirent par moments une brume sans cesse renaissante : des lueurs la traversent, mais la brume bien vite reparaît ; je crois à chaque instant saisir un fantôme qui se dérobe ; il me semble constamment être sur le point de discerner certains contours jusque-là indécis et fuyants, et ces contours se fondent noyés aux lointains nébuleux de l'horizon dès que je pense apercevoir enfin leur figure précise. Malgré tout, je me sens riche de je ne sais quelle promesse, emporté par un mouvement en qui j'ai foi, bien au delà des routes familières où les formules acquises ont posé des jalons. Ce n'est pas la clarté tranquille du savoir, mais c’est l'impression pénétrante que la lumière est proche et qu'elle va tout d'un coup surgir, comme on entend sourdre confusément des frissons d'eau dans l'ombre magique d’une forêt, comme on devine des rayons, des parfums et des voix à travers la vague transparence d'un sommeil qui s'achève par un matin d'été. A cette aube de la découverte, époque où je la vis sans pouvoir encore la parler, la condition absolue du succès est que je nem'arrête pas pour essayer de fixer un résultat partiel ou pour critiquer les démarches accomplies. Ici la réflexion perdrait tout, qui voudrait s'appliquer avant la fin au devenir même de l’eflort. Une interruption dans le progrès, un retour en arrière, un essai prématuré de mise en discours, et voici que
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tout s'effondre, tout se brouille, tout s’évanouit, tout s’efface,
rythme dénoué dont les notes s’éparpillent et s’éteignent désor-
mais sans valeur. Celui-là ne trouvera jamais rien, que des.
habitudes intellectuelles tyranniques détournent de s'aban-
- donner aux ténèbres fécondes où se déploie l’action intérieure.
Peut-être est-ce là le secret de certaines impuissances : un
souci malencontreux de rigueur et de précision stérilise plus
sûrement que n'importe quel manque de méthode. L’invention n'est possible que par une entrée confiante et hardie dans l’obscur ; elle suppose que l'on n'ait point peur de l’inexprimable, voire de l’inintelligible ; elle exige que l’on possède un tact capable de suppléer par de mystérieux attouchements à la vue qui fait défaut ; son royaume est celui du vague et de l’inconsistant ; et sa réussite implique un renoncement provisoire de l'esprit à l'évidence discursive.
Il y a plus. L'histoire montre avec ampleur combien sou-
vent une conclusion neuve et juste est sortie de raisonnements faux, à partir de prémisses caduques. Un ensemble peut être vrai, dont chaque pièce est une erreur. Tel discours tissu de paralogismes ouvre cependant un chemin vers le réel et y doune accès. L'âme de vérité transparaît saine et pure, malgré l’imperfection des formules qui lui font un corps disgracieux. Quoi de plus fort contre un certain intellectualisme ? - Ce n'est point par logique ni par exacte réflexion qu’on trouve. Il ne faut même pas que l'inventeur ait une conscience trop claire de l'œuvre en cours, qu’il se préoccupe trop vivement de respecter les règles de la méthode ou les principes de la raison. Bref, le contraste est violemment tranché entre les conditions
de la pensée critique et celles de la pensée créatrice. Comprendre.
et produire font deux. On sait à quelles imaginations bizarres
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