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posséder le sens des affaires et cette sorte d’instinctive com-
pétence que développe une longue pratique? Prétendre les î vues de théorie pure inutiles et même funestes, c'est une opinion fort banale. A propos de chaque nouvelle hypothèse |
qui n'offre pas d’avance visible une possibilité d’application
immédiate, on demande : à quoi bon ? A propos de toute libre spéculation inspirée par le seul désir de connaître et |
de comprendre, on prononce les mots toujours un peu mépri-
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sants de jeu puéril ou de rêve utopique. Bref on estime que les recherches conduites sans PRÉOSCUERUOR d'avantage pal- Es œ pable et direct à en tirer ne sont jamais qu’un divertissement ci d'esprits chimériques et que les progrès sérieux viennent FLOUE exclusivement des gens de métier sans qu'il soit besoin pour et ceux-ci de féconder leur génie positif par une culture géné- Ras. rale et une patiente méditation des principes. Certes je ne A conteste point, à son rang, la valeur de ce jugement droit, de cette vue prompte et spontanée, de ce flair intuitif, de cet instinct spécialiste (pour tout dire en un mot), que l’on peut admirer souvent chez de purs praticiens. Sans parler du - hasard, auquel certainement sont dues nombre de découvertes (r), il est indéniable que plus d’un progrès précieux eut A, son origine dans les remarques toutes pratiques d’un homme # - de métier dont les problèmes abstraits et généraux ne solli- : citaient nullement l'attention. Mais de jà, malgré tout, à conclure que la science théorique soit vaine, il y a loin. Faut-il rappeler de mémorables exemples, trop classiques pour qu'on s’y attarde ? Si les premiers géomètres grecs n'avaient pas étudié certaines figures sans autre but que le ss plaisir d'organiser des systèmes logiques impeccables, si leurs a successeurs n’avaient pas cédé comme eux à l'attrait du pur | 2 intelligible, si des penseurs solitaires n'avaient pas ainsi consacré leurs efforts à la seule recherche du beau dans cet art subtil qu’on nommela mathématique, les lois qui régissent les . mouvements des astres n'auraient jamais pu être formulées, - nous ne saurions presque rien de ces mondes perdus à de ver- (is
(1) Surtout, il est vrai, parmi celles qui ont été faites à l'aube de la civilisation.
tives, — he Gianie navigation serait presque a C’est dans la contemplation des formes cristallines que Pas
à une loi essentielle qui, en effet, gouverne la marche du progrès : l'absence de toute DR pnee Fe de la nee
cette loi de désintéressement. Je viens de prononcer le mot contemplation. Voilà le mot propre, si l’on se rappelle que la vraie contemplation est éminemment active, non PRESS e |
fois 0e l'observation des faits nous ramène à l'exemple de la spiritualité. Le désintéressement propice à l'invention
(x) Quelles applications utiles pouvaient s se promettre les Ps du. xvuie siècle en étudiant l'électricité ?
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plus où moins requis par elle, est celui qui opère une façon de xäbapoi, une délivrance, une accalmie dans l’âme du chercheur, où le silence imposé au bavardage des activités communes permet seul d'entendre les voix intérieures de l’esprit, Il ne s’agit donc pas de suspendre l’action, mais de la purifier, de l’affranchir. Et de là une conséquence relative aux rapports entre génie et volonté, entre invention et méthode, une conséquence importante à suivre dès maintenant.
La science, demandera-t-on peut-être, n’a-t-elle pas d’autres caractères que l’art ou l'oraison ? Point de recettes infaillibles pour inventer : cela, tout le monde l'accorde. Mais pour découvrir ? On incline parfois à juger alors différemment, et l’on cite en effet Stuart Mill. Quelle erreur ! Toute découverte est une invention, et loule invention une découverte : il n’y a que des nuances entre les cas. Là-dessus, que certains mots ne fassent pas illusion ! Ne transformons pas en théorie logique les procédés de style familiers à Bacon. La recherche de la vérité scientifique n'est que rarement comparable à une enquête judiciaire, à une instruction d'affaire criminelle. Malgré trop de métaphores trompeuses, elle ne ressemble non plus que fort loin à une chasse ou à une guerre, Je ne vois en somme que trois cas où les quatre fameuses règles de logique inductive trouvent pleinement leur application : 1° au niveau du sens commun, lorsque le morcelage du donné préexiste aux recherches et qu'il s'agit de « choses » d'avance toutes faites ; 2° au début des sciences, dans la période purement empirique, lorsque l’on garde encore les perspectives communes et qu’il s’agit seulement de mettre des matières nouvelles sous les formes déjà élaborées ; 3° au cours de l’enseignement, lorsque la solution du problème est connue
que de combiner des notions préalablement construites. Mais
chez le savant parvenu aux stades supérieurs, le vrai travail
d'invention échappe au code formulé par Stuart Mill, aux
notations par À, B, C..., a, b, c..., aux méthodes massives
de grosse élimination qui voudraient isoler des effets et des
causes : parce que la question, au contraire, est surtout de trouver des énoncés plus encore que des solutions, des formes
plus que des matières, parce que nul morcelage de faits et de concepts n’est donné primitivement, parce que les lois ne résultent point d’un simple tri automatique, parce que le principal de l'œuvre consiste à préparer le milieu expérimental
où pourra s'accomplir ensuite une induction discursive. Découverte ou invention, peu importe : l’art logique ne concerne jamais les surgies de nouveauté véritable.
Aussi n'y a-t-il rien à répondre à ceux qui demandent comment on doit s y prendre pour inventer. Illusoire toute espérance d’un mécanisme. Autant vaudrait chercher une technique