‹ La pensée intuitive ... (v. 2)Chapitre 26 sur 65 · LA · texte numérisé non relu

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ATION CRÉATRIC

ment attentive, la seule qui invente au besoin. Attention, et, ce n'est pas exclusion appauvrissante, mais conver-

en activité d’intense fonctionnement un centre de choix et d'organisation. Et cette vie d’une idée maintenue en travail de

ürit : comment, sinon par elle, définirait-on le vouloir « en urée », le vrai vouloir d'invention agissante ? Illusion des ‘apparences familières ! Ce qui est déjà résolu dans la durée semble parfois encore incertain dans le temps ; il y a de ces décisions qu’on reconnait après coup avoir été déjà prises and on délibérait encore : la vie morale est pleine de tels emples, et non moins la vie pratique avec ses dessous et déurs de subconscience. Par contre, un décret de résolution porté en expresses formules, énonciation purement discursive, peut n'être pas même un commencement de volonté : n’arrive-t-il pas bien souvent au cours de la vie quotidienne que, malgré tous les dehors d’un ferme dessein, malgré paoles formelles et gestes protestant d'avance contre l’insuccès, on finisse, l'échec survenu, par devoir s’avouer rétrospectivement qu’au fond le plus intime on ne voulait pas réussir ? Ces mirages, ces parades, ce sont les mensonges de la volonté, and elle exploite le temps du discours ; ce sont les simu- cres dont elle se leurre, les comédies qu’elle se joue à elle- = même, les fraudes plus où moins hypocrites où elle se dupe. ae Tout autrement veut l'inventeur, celui qui a su garder vive RS l'intuition de la durée créatrice, Il ne met pas sa confiance dans es coups d'état dialectiques, non plus que dans une raideur

doctrinaire de conduite rebelle aux tâtonnements, Sa recherche a la souplesse autant que l’obstination des forces vitales qui -s’infléchissent au moindre obstacle, mais qui savent aussi - profiter de la moindre fissure. Ou, si l’on préfère, l'inventeur hi: est à sa façon un diplomate. Une sorte de double vue lui fait à chaque moment pressentir une infinité de possibles naissants, dont il essaie la consistance et la vitalité par une subtile expérience intérieure pareille à je ne sais quel frôlement, sans permettre à aucun d’eux tout d’abord de se matérialiser en acte complet. Cette analyse vécue l’insère dans le rythme vrai de son histoire : et ainsi peu à peu l'effort pour agir se concré— tise en profondeur et sincérité de perception. | Tout cela nous amène à signaler un nouveau rapport, une dernière similitude, entre certaines conduites psychologiques du type le plus commun et celle de l'inventeur. Percevoir a été jadis inventer ; aujourd'hui réciproquement, inventer, c'est percevoir encore, percevoir au delà de l’usuel. Invention et perception, peut-on dire : deux temps du même verbe. L'analogie est profonde. Inventer ou percevoir, en effet, n’ests ce pas toujours sous quelque forme résoudre un problème TU qu'il a fallu d’abord poser ou, ce qui revient au même, dis à cerner un fait qu'il a d’abord fallu susciter, déterminer ? — nu . Soit en premier lieu l’œuvre de perception proprement dite ; < et supposons qu'il s'agisse de saisir un fait scientifique, un “2 de ceux qui ne se laissent appréhender qu’au laboratoire. Inutile d'insister, après une critique développée si amplement autrefois : un tel fait ne surgit pas constitué d’avance à l’état disve tinct comme un trésor dans une fouille, nul ne conteste plus … l'efficace ni la nécessité du rôle évocateur que joue la théorie. au principe et au cours de la facture, preuve suffisante en est

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pou par Padenonnnl intervention d’une technique ma- térialisée en appareils dont chacun représente un véritable faisceau d'idées antérieures. La découverte alors est donc bien invention. Mais rien ne change au fond, si l’on se tourne vers les faits de sens commun. Ai-je besoin de redire tout ce que l'analyse y retrouve de pensée latente ? Ce sont fruits d’un travail aujourd’hui si facile par effet d'habitude qu'il en est … devenu automatique : une vitesse de déroulement presque ins- . tantané le rend invisible, une inconscience de routine le dissimule. Ce travail n’en a pas moins existé d’abord : en témoi- È gnent la psychologie infantile et ce qu’elle nous permet d’entrevoir sur la période où se forment les facultés com- munes ; et il subsiste ensuite, inaperçu, non supprimé, comme le prouve la fatigue ressentie même par un adulte en face d’un spectacle qui ne lui est pas familier. Au reste, cha- cun n’a-t-il pas en quelque mesure sa manière propre de voir - le réel ? Inutile de chercher autre chose pour détruire l’appa- rence de passivité purement réceptive dans l’œuvre de perception, pour y mettre hors de doute la part d'initiative originale. — Mais passons maintenant à l'œuvre d'invention éclatante. La même conclusion se dessine, par un chemin directement inverse, qui aboutit néanmoins au même centre, Sans parler de l’art où cela est trop évident, voyez jusqu’en mathématique pure la différence entre fait naturel et construction arbitraire ; très fausse est l’opinion commune qui réserve exclusive importance à la démonstration ou même au : jeu de la fantaisie combinatrice ; avant tout, le vrai mathéma- j TE ticien observe et perçoit, et il distingue profondément les fan- tômes logiques, simples possibilités conceptuelles, des êtres qui 4 possèdent à ses yeux une réelle existence : sur ceux-ci, une cer-

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en va pas autrement au laboratoire. Sans doute, le profane

reuse ne vient qu’ensuite pour un contrôle d’après coup. — n montre impuissant à saisir les faits que le physicien juge les | plus clairs : mais l’art expérimental qui lui manque est au premier chef celui d'appréhender le sens de l’échec théorique c'estcela qui mène au discernement des faits nouveaux et significatifs ; et ce discernement constitue l'invention même, laquelle consiste donc bien en une perception.

Inventer et percevoir sont ainsi, je le répète une derni fois, deux opérations similaires à développements parallèle: deux moments successifs du même effort dont la marche d'ensemble comporte les mêmes phases, deux tons différents de la vie psychologique dans lesquels recommence un même thème. Quoi que l'on invente, — un principe ou une conséquénce, une image ou un rapport, une méthode ou un con- cept, une forme d'art ou une conduite morale, une institution ou une industrie, un plan de campagne ou une opération financière, un sentiment ou une idée, les sens ou la raison, la nature ou le moi, — et je pourrais multiplier sans fin de tels exemples, car la vie à tous ses degrés est invention perpétuelle, — c’est toujours en fin de compte à une sorte de perception que l'on aboutit. En ce sens on peut dire, comme contre-partie d'une formule précédente, que toute invention viable est une découverte, la genèse d’un fait. Qu'il s'agisse donc d'invention ou de perception, ici et là, les mêmes éléments constitutifs apparaissent, les mêmes groupes de dé- à marches dont chacun appelle quelques remarques : |

19 Sélection et discernement. — On aurait tort de croire que tout le monde sache d'instinct percevoir comme il faut.

+ être du savant et du He comme de l'artiste, afin ils amassent, au degré nécessaire, des provisions de dons prêtes pour l'heure du besoin ; leur travail perceptif doit

ntinuer en dehors même des moments d'étude métho-

de rcheur est de savoir user avec cette économie. Mieux encore a que sa curiosité, excitatrice ns ne coups d'œil,

M. Wilbois parlant de L'Esprit positif (x) : « On a dit qu'il faut être ignorant pour être inventeur. Il est certain qu'un homme na pas le temps de connaître tous les faits acquis.

Mais cette connaissance lui serait inutile. Car tous les faits ne

sont pas également suggestifs. Il y en a qui vont à la remor-

que des autres ; il y en a qui sont isolés et immobiles ; il y

en a « qui ont de l'avenir ». Ceux-là seuls instruisent. Il faut savoir ignorer les autres. L’ignorance doit être un discerne-

ment. Mais, de ces faits privilégiés, il faut posséder une érudition spéciale : il faut saisir, dans leurs plus obscurs détails, les germes de vie qui sont en eux ; c'est une connaissance qui ne s'étale pas, en surface, sur la science d’aujourd’hui, mais

qui pénètre, en profondeur, dans la durée de la science passée ;

c'est une connaissance ramassée et pratiquée jusqu à devenir

un sens. » M. Bergson parle de même (2). Il est clair qu’aujourd’hui « la multiplicité des sciences particulières, la diversité et la complexité des méthodes, la masse énorme des faits

recueillis rendent impossible l'accumulation de toutes les con-.

naissances humaines dans un seul esprit ». Pourtant le philo-

sophe ne sait pas d'avance quelles données lui deviendront

indispensables. C'est pourquoi, « s’il ne peut tout savoir, il n'ya rien qu'il ne doive s'être mis en état d'apprendre ». Non

moins nécessaire lui est l'aptitude au rappel de mémoire op-

portun et au refoulement de ce qui ne ferait que l’encombrer. Tout cela suppose, dans la perception, un art de choix sans

cesse en exercice. D'autant qu'il ne s’agit pas seulement de per-

cevoir des objets, des choses. Qu'on se rappelle, à cet égard,

(x) Revue de Métaphysique et de Morale, septembre 1901, p. 617. (2) Id , novembre 1911, p. 821.

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