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CHAPITRE [I

De la vérification

Qu'est-ce que la vérité ? Comment faut-il définir le contenu essentiel de cette notion ? Et à quels signes peut-on reconnaître si, en effet, l'idéal exprimé par elle se trouve atteint? Voilà, en termes sommaires, la question que maintenant nous devons entreprendre d'examiner, C’est le problème ultime : celui de la norme régulatrice qui commande le jugement final sur l'œuvre de l'inventeur.

Question capitale, aussi vieille que la pensée humaine, mais toujours neuve et toujours à reprendre devant chaque aurore qui se lève ! Le philosophe, surtout, ne saurait s’en désintéresser, Ce qu'il y a au fond d’un système philosophique nouveau, c’est en somme, chaque fois, une réponse nouvelle à cette question sans cesse renaissante. On a souvent remarqué qu'une doctrine originale commence d'ordinaire, — c’est presque une loi sans exception, — par être taxée de scepticisme ; les plus fermement affirmatives n'ont pas échappé à ce sort. Cela vient de ce que toute doctrine originale opère une transformation — qu’elle estime un progrès — dans la manière de concevoir la vérité, et même consiste au moins partiellement en une telle transformation. D'où résulte que, pour ceux qui ne se rendent pas un compte exact de la transposition effectuée, pour ceux qui s’en tiennent donc à l’ancien concept comme au seul qui soit à jamais légitime, le système nouveau

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paraît ne pas croire à la vérité, paraît tendre à dissoudre l’idée même de vérité. Et c’est précisément par ce qu'il renferme de plus positif aux yeux des uns qu'il semble aux yeux des autres négatif et destructeur. Il est si commun de confondre idée et concept, intuition dynamique et formule close ! Il est si facile de penser qu'on a du réel une vue exhaustive et adéquate! Je dépasse votre définition de la vérité : donc je ne crois pas à la vérité !

Ainsi, dans la mesure où elle entend être claire et franche, toute philosophie se doit de déclarer aussi explicitement que possible quelle conception du vrai l'inspire. Plus pressant encore est ce devoir pour une philosophie d’intuition. Elle court en effet de plus graves périls que nulle autre. Car je veux bien que toute vraie intuition soit une intuition vraie, puisqu'elle est communion sympathique de l'esprit avec la réalité même, de sorte qu'aucun écart n’y subsiste entre la connaissance et son objet. Mais une difficulté spéciale surgit alors. A quels signes reconnaître la vraie intuition ? Comment la distinguer du simulacre, du fantôme qui ne serait que mirage, illusion ou rêve P Comment se défendre en l'espèce contre le prestige des vaines apparences, dont le risque est plus grand que partout ailleurs ? On adresse communément à une philosophie de ce genre l'objection de rendre le vrai inassignable, indiscernable de son contraire ; de légitimer toutes les fantaisies du sens intime, toutes les hallucinations intérieures, pourvu qu’elles soient intenses ; bref, d’ébranler, de ruiner toute règle, toute preuve, toute hiérarchie, tout étalon de valeur. Quoi de plus naturel que ce reproche ? Inventer intuitivement, c’est toujours accomplir une sorte de révolution qui ne saurait aller sans troubles. Mais il est nécessaire que l’ordre et le calme finissent par se

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tablir. Le problème de la vérité se pose donc en fin de compte luctablement, et avec une particulière urgence dans notre perspective, devant l'inventeur.

Nous avons ici à envisager le sujet d’un point de vue critique plutôt qu'ontologique. Ce qui va nous occuper surtout, ce n’est pas la vérité telle qu’elle peut être er soi et pour soi, métaphysiquement, dans son principe absolu, mais la vérité en tant que saisie, connue et possédée par nous. Problème de la vérification, par conséquent, plutôt que de la vérité. Alors > un second problème est connexe au premier : le problème de la certitude, le problème classique du critère. Question im- mense, aux milles faces diverses, vaste comme le monde et comme la vie, plus vaste même que ce monde et que cette vie! Je ne pourrai bien évidemment que l’effleurer à peine, juste assez pour éclaircir les dernières ombres sur les dé- marches de la pensée intuitive ; et mon seul dessein, quant E au reste, sera de suggérer nude thèmes de réditatioré é

Inutile de redire l'importance pratique d'une semblable étude, si restreinte qu’elle soit : elle s'impose comme couronnement de notre enquête, Dès l'ouverture de son travail, l'inventeur entend partir à la conquête d’une vérité ; et cette vérité, il veut l'obtenir avec certitude. Eh bien ! Que cherche-t-il ainsi P et l'objet espéré, comment pourra-t-il réussir à l’atteindre ? En quoi consiste au juste le but qu'il propose à ses efforts P et à … quelles conditions sera-t-il satisfait P Voilà des questions, pré- Jiminaires ou suprêmes, qu'on ne saurait négliger sans imprudence. Avant de mettre dans la cible et pour y parvenir, il faut apprendre à viser correctement ; puis, une fois accompli l'acte ns d'invention, il faut savoir juger le résultat. D'où la nécessité de réfléchir au caractère et à l'exigence de l'idéal pressenti

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sous les noms de certitude et de vérité. Ce ne sont point là des

idées si simples, si transparentes, qu’on en pénètre d’un seulre-

gard la signification profonde, qu’elles n’appellent aucun éclaircissement, qu'il n'y ait lieu de se poser à leur sujet aucun pro-

blème d'interprétation. Je crois apercevoir bien souvent qu’une certaine impuissance de l'esprit à se satisfaire, une certaine

incapacité de conclure, une certaine tendance à revenir sans fin aux mêmes doutes, aux mêmes objections, aux mêmes difficultés, surtout en matière philosophique, naissent de ce qu'on a négligé l'examen de conscience préalable qui aurait montré l'attitude à prendre, avec la nuance de lumière qu'il convient d'exiger. Toutes les circonstances de recherche ne sont pas semblables, toutes les inconnues de tous les problèmes ne sont pas du même ordre ; on doit reconnaître, dans l’unité complexe . du savoir, une diversité de disciplines particulières spécifiquement distinctes ; chacune d'elles a son mode autonome de vérification ; et 1l ne serait pas raisonnable de vouloir obtenir partout et toujours un même genre de résultats par des moyens identiques. Qui ne se rappelle combien l'idéal mathématique de. l'évidence et de la démonstration a longtemps arrêté les progrès de la physique ? Nous voyons se clore aujourd’hui une période analogue où les sciences de la vie se flattaient vainement d’imiter point par point les sciences de la matière inerte. Eh bien ! N'y a-t-il pas à craindre un danger analogue, plus redoutable encore, dans le domaine des questions métaphysiques ? On est alors au delà du discours et l'inquiétude semble donc

plus que jamais légitime : qu’est-il permis de prétendre cepen-

dant trouver comme preuve ? C’est en pareil cas surtout que le problème se dresse avec une impérieuse urgence devant l’inventeur. Pour le résoudre, nous allons d’abord essayer de voir en

néral, autant que cela est possible, comment se développe et

‘accomplit, comment doit être conduite et peut se parfaire

une œuvre de vérification certaine. Après quoi, nous insisterons

| particulièrement sur la modalité précise d’une telle démarche dàns l’ordre de la pensée intuitive.

Est-il donné à l’homme d'atteindre la certitude par ses propres forces, de s'installer en elle victorieusement ? La question 4 + DoupIe Mais Ve ‘au moins de ses parties peut recevoir

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Que la certitude existe comme état psychologique, nul n’en saurait douter. À tort ou à raison, — peu importe ici, — nous

ce vif sentiment d’évidence, cette clarté dans l'esprit, cette joie de repos dans la lumière, qui éveiilent en nous un irrésistible besoin d'affirmer et de croire. C’est alors, — on l’a dit très justement, — l'inconcevabilité du contraire qui nous décide et nous fixe.

Mais cette inconcevabilité du contraire, à quoi tient-elle et À quelle en est la valeur ? Est-ce une inconcevabilité absolue ou seulement momentanée ? Est-ce l'effet d'une loi inéluctable de . notre nature ou le simple résultat d’une habitude contingente ? Est-ce une limite infranchissable imposée à nos changements d’attitudeset d’hypothèses, ou n’est-ce qu'une impuissance acci- dentelle à imaginer actuellement autre chose ? Telle est la seconde face que présente le problème de la certitude : la question de droit après la question de fait. Pouyons-

nous être légitimement certains ? Y a-t-il des cas où nous

soyons en mesure d'affirmer sans restrictions ni réserves, sans

risque plus ou moins vaguement pressenti d'avoir jamais à reconnaître une erreur, sans crainte fondée que le mouvement et le progrès de la vie nous amènent un jour à changer notre croyance ?

À cette question, le scepticisme répond par la négative. Et.

le scepticisme est une attitude possible. Contre qui la prend,

point d’argument péremptoire : comment répondre dialectiquement à qui met en question la légitimité même de la dialectique ? D'ailleurs un argument quelconque ne constitue jamais une force contraignante, une force brutale qu’on subisse. passivement et à l’action de laquelle n'existe pas d’échappatoire. Pour porter, il suppose toujours qu’on l’accueille, qu’on se fasse perméable à son influence, qu'on s'ouvre à la lumière qu'il véhicule. Or, être sceptique, c'est avant tout se fermer d'avance

aux sollicitations du vrai, c’est avant tout refuser à l'évidence

le consentement éventuel qui, seul, la rendrait susceptible de

nous éclairer et de nous convaincre. On peut cultiver en soi la

faculté du doute ; on peut se complaire aux démarches d’une critique universellement dissolvante, ne chercher dans l’exercice

de la raison qu'un amusement, une jouissance ; on peut soule-

ver autour de son esprit un nuage de poussière dialectique, 1

jusqu'à devenir incapable de percevoir aucune vérité ni de

contracter aucune certitude, jusqu à obscurcir la clarté même

de la conscience immédiate.

Oui, tout cela est possible, comme l’est aussi la conduite opposée, la conduite généreuse et droite ; et c’est pourquoi nous sommes responsables de ce que nous pensons, responsa-

bles même en un sens de voir ou de ne voir point. En toute

sement ni constamment vécue. Sa tendance va contre la vie,elle … est orientée vers l'extinction de la vie : impossible, dès lors, de la suivre jusqu’au bout. L'acte de vivre en est un démenti perpé- a tuel ; car vivre, c’esttou jours affirmer, en actes, sinonen paroles; et force est bien de vivre, ne fût-ce que pour travailler à moins vivre, Considérez le pur sceptique. S'il pose en thèse qu'il a raison, c’est comme une vérité qu’il présente sa thèse et ducoup il la nie dans et par l'acte même où il la veut affirmer, Certes À - la raison ne peut pas se prouver elle-même, pas plus qu'un témoin ne peut garantir par son témoignage sa propre véraci- ; mais peut-elle davantage se mettre elle-même en cause? A tout le moins ne serait-ce que par recours à la dialectique, ie frappée de suspicion à l’égal de tout le reste et qui d’ailleurs Ja suppose. Mais le pur sceptique ne soutient pas de thèse, ne formule point de système. Il se garde de prétendre certain que tout soit inévitablement incertain. Il se borne à douter pratiquement de tout, à chercher en toute chose par où il y a prise au doute pour n’en retenir que cela. Donc pas de paralogisme dâns sa pensée, J'entends bien ; mais comment parvient-il à susciter, puis à entretenir en lui cet état ? Comment, sinon en acceptant par postulat sous-entendu, comme seul légitime, un certain idéal de preuve et de vérité, qu'il juge ensuite inaccessible, ou du moins non atteint, dans chacun des cas offerts à sa critique ? Pour dire que tout est erreur fatale ou insoluble

tion, quelque principe de jugement. Une affirmation règne donc ;

sourdement en lui, que cela seul doit être dit vrai et certain qui répond à telles et telles conditions. Et d’ailleurs une autre affirmation implicite accompagne la première, que la vérité devrait s'imposer d'elle-même sans qu’on ait rien à faire pour

la conquérir, pour la mériter, pour s’en rendre capable ou digne. Le pur sceptique ne songe qu'au devoir de la vérité envers lui, non pas à son propre devoir envers la vérité ; il ne travaille pas, il attend ; et, comme la vérité ne vient pas à lui pour se faire juger en le dispensant de tout effort d'adaptation, il la déclare inaccessible. Et cependant son attitude même, étant un acte de vie, est encore une affirmation tenue pour indubitable. Füût-ce en effet pour nier ou pour douter, la pensée ne respire que dans une atmosphère d’affirmation. Aïnsi le scepticisme, — puisque, d’une part, il n’est rien sans la pensée et puisque, d'autre part, il ne pourrait se constituer que par l'abolition de toute pensée, — apparaît comme une attitude radicalement incohérente, irréalisable au fond, incompatible avec une sincérité parfaite : le repousser est surtout un devoir.

Aussi bien les faits tranchent la question. En fait, nous voulons vivre, vivre toujours plus et mieux, vivre en pleine conscience, dans une lumière qui ne soit pas notre condamnation

et notre tourment. Pratiquement l’homme a conclu et il a rejeté le scepticisme, devenu pour jamais chose du passé. Le succès grandissant du savoir positif est la justification chaque jour répétée de ce choix. En notre siècle de science victorieuse, les doctrines de doute universel ne peuvent plus être que des curiosités archéologiques. Il ne reste qu’à voir jusqu'où s’étend le droit de conclure.

Alors voici précisément la question qui se pose : dans quels

ou non, mais au contraire définir la notion de vérité d’aprèsles cas de certitude que l'expérience de la vie nous présente. C'est la recherche ainsi comprise que nous allons entre-

__ La vraie question à résoudre est donc celle-ci : l'état de cer- … titude existe, mais pouvons-nous jamais l’affirmer indissoluble ? Bref, sommes-nous capables, et comment, d'une certitude consistante et permanente, qui résiste à la durée ? Voici une certide actuelle : nul ne la contestera dans l'instantané. Mais ien des fois nous avons fait l'expérience de l'illusion et de ’erreur, l'expérience d’un enchantement prestigieux qui se . dissipe ; bien des fois nous avons vu s’évanouir ce que nous pensions posséder à jamais ; et le souvenir de ces crises trouble notre quiétude présente, intimide notre désir d'affirmer, arrête l’élan de notre foi. Que de certitudes, jadis étincelantes et vives, se sont éteintes, ont fui devant nous, comme ces flo- . cons d’écume bientôt ternie que le vent roule sur les plages ! Combien, fondues entre nos doigts, ne nous ont laissé quun peu d’amertume ! Eh bien! Y a-t-il des cas, et quels, où néan- “ moins nous puissions tenir notre certitude pour définitive, pour garantie contre tout accident, toute usure ? Ainsis’énonce … le vrai problème, qui porte non sur l'existence, mais sur la sta bilité de la certitude. ne Il semble tout d’abord inévitable de répondre par la négative et de donner ainsi raison au scepticisme. En effet, si quelque

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chose est bien établi par l'expérience de l’histoire, c’est qu'il

n’existe aucun réactif mécanique et infaillible du vrai, aucun signal qui se déclenche automatiquement quand le chercheur à mis dans la cible. Nulle autorité extérieure, de quelque nature qu’elle soit, ne saurait certes remplir ce rôle : car, à tout le moins, elle-même exigerait un critère d'une autre sorte pour être dûment reconnue. Mais on ne voit pas davantage de critère interne qui ne se réduise en dernière analyse à une simple impression d’évidence. Or, sans compter les illusions toujours à craindre, les mirages ou fantômes de lumière trompeuse, rien n’est en nous absolument immobile, ni les principes recteurs, ni les conditions de concevabilité, ni les habitudes logiques, ni surtout le corps des données acquises. Savons-nous donc jamais si l'évidence d'aujourd'hui sera celle de demain ? L'expérience du passé, en philosophie comme en science, autorise, impose même tous les doutes. Que de choses, évidentes jadis, paraissent absurdes maintenant ! Que de choses, jadis absurdes, sont maintenant évidentes ! On citerait sans fin des exemples de transferts ou renversements d’évidence. Fait bien naturel, au surplus, et inéluctable ! Où prendre de quoi fixer une certitude quelconque ? Où trouver un moyen d'anticiper l'avenir, de se mettre en garde contre l'inconnu ? Où découvrir une assurance contre les risques futurs d'erreur ? Qu'on y songe: la prétention d'aboutir dans l'instantané à une certitude immuable et définitive, désormais close, équivaut à celle de saisir dans l’instantané ce qui appartient à l’ordre de la durée, revient donc à nier celle-ci au moment même où on la pose, où on en affirme l'influence éventuelle en se demandant ce qu’elle peut produire, ce qu'elle peut apporter en nous de changements imprévus et imprévisibles. Prétendre conclure à la sta-

oblème : comment être jamais assuré, dès le présent, de ce

e l’on ne vivra et pensera que plus tard, de ce qui échappe

aujourd'hui à la prévision même la plus vague ? À toute certitude actuelle, incontestable dans l’instantané, on peut toujours, “ mble- Fil; opposer linconun, l'influence éventuelle des re

e ce que l’on prétend établir la certitude sans égard à la durée t de ce que l’on veut pourtant qu’elle soit durable. La conadiction est ainsi dans l'énoncé même. Par quel miracle, en et, parviendrait-on à faire tenir la mobilité d’un dynamisme vérification vivante et progressive dans un éclair évanouisnt d’intellection statique ? L'erreur initiale est de vouloir

ttribuer la certitude, qui implique mouvement et vie, à une

uvre que l’on tient d'autre part pour achevée, finie et close,

sormais immuable et intangible, arrêtée dans sa structure et

par essence la négation d’un tel instant? Et quant à n'importe quelle tentative de s'élever au dessus du temps, jusqu’à une éternité Hé transcendante à toute vicissitude, elle est con-

invincible. Seulement, pour la vaincre, une certaine attitude est requise d'abord. Nous ne devons pas attendre passivement . que la vérité, faisant seule tous les frais, vienne toute faite à nous avec un éclat souverain ; nous avons, au contraire, à marcher laborieusement vers elle, après nous être préparés à la percevoir ; et c'est d'une conquête qu'il s’agit, d’une conquête qui réclame des efforts, qui comporte des dangers et qui, en un sens, ne s'achève jamais. Toutefois il n’en reste pas moins. | que pratiquement c’est toujours à l'évidence présente que nous recourons pour conclure ; et, de ce chef, l'essentiel de la difficulté subsiste. Il faudra l’aborder de front. Mais, avant d’en venir à cette discussion directe, plusieurs remarques préparade toires sont à faire. | . La complexité des choses est beaucoup plus grande qu'on ne se le figure communément. Il y a divers types d’évidence, qui engendrent divers types de certitude, lesquels conduisent à concevoir divers types de vérité. En d’autres termes, l'évidence, la certitude, la vérité ne sont pas des entités uniformes et sans nuances ; elles comportent qualifications et degrés correspondant aux ordres principaux du savoir ; elles sont mathématiques, physiques, historiques, morales, religieuses ; elles concernent dans l'esprit, avec plus ou moins d'intensité, plus ou moins de fonctions ou de moments. Dans ces conditions, un cas étant donné, quel est le type qui convient alors ? Voilà une $ question que l’on doit se poser à propos de chaque nouveau problème. Elle nous montre que, pour définir la certitude et la vérité, 1l ne suffit pas d'invoquer une fois pour toutes sans autre explication le sentiment de l'évidence. Un tel critère serait à la fois trop peu déterminé et trop peu déterminant. Son application exige l'emploi d’autres critères qui per-

aussi quelle sorte d’évidence convient à chaque nouvelle

espèce.

Or, que fait-on d'habitude ? Nous l’avons déjà noté (1). La - méthode la plus ordinaire chez les philosophes, quand ils ne sont pas aussi des savants, consiste au fond et se résume en …. ceci: laisser les actes d'invention dans la nuit d’une spontanéité à peu près inconsciente, ne commencer à réfléchir qu’une fois

les produits élaborés, puis tendre alors par un travail de ré- D one à reconstruire de sang-froid, dialectiquement, ce qu’on a d’abord posé au hasard de l'inspiration. Ainsi on lumière intelligible serait apportée après coup, venant d’une … source étrangère aux contingences de la trouvaille et, dès lors, toujours la même. Comprendre régressivement, retrouver en tout l'unité de la « Raison », cela seul importe, semble-t-il ; au moins pense-t-on que seul un tel retour vérifie. Et c’est pourquoi on n'insiste guère sur la diversité des genres de véri-

une sorte d'accident heureux la rencontre de matière vérifiable, É sans fournir aucune explication de ce qui donne à celle-ci, . dès l’origine, son caractère différent chez l utopiste et chez l’in-

Car, si elle était parfaite, il s’ensuivrait la possibilité au moins idéale de manifester l’évidencé vérifiante et conséquemment de transmettre le savoir, avec les ressources d’une simple ‘4 spéculation idéologique, en dehors de toute pratique effective.

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| (1) Premier volume, p. 145-147. — Cf, p. 177-179.

fication. Mais, — outre que cette procédure n'attribue qu'à

venteur, — d’autres insuffisances graves s’y révèlent encore.

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