ET RÉALITÉ ABSOLUE
suivre toujours l'image du spectre, que le souci d'utilité ursive ou pratique fonctionne à la manière d’un milieu
Mais ue du spectre, pour figurer le réel, est imparfaite se parce que statique. Ce qui ressemble au réel, ce n’est pasun tableau immobile étalant l’infinité de ses nuances : plutôt serait-ce un jaillissement spectral. Tout est devenir et fuite. : ce flux, notre conscience vient de loin en loin se poser, ueillant chaque fois un accord sensible où se condense en une qualité » un long intervalle de l’histoire intérieure des choes. « C’est ainsi, dit M. Bergson (r), que les mille positions successives d'un coureur se contractent en une seule attitude symbolique, que notre œil perçoit, que l’art reproduit etqui devient, pour tout le monde, l'image d’un homme qui court. » De même procèdent les systèmes dans l’ordre conceptuel. Et il va encore pareillement, si l’on se place au point de vue de la durée et non plus de la coexistence. Une lueur rouge, persistant une seconde, enveloppe un si grand nombre de pulsations élémentaires synthétiquement saisies qu'il nous faudrait 25.000 ans de notre durée pour en percevoir le défilé distinct.
De là provient la subjectivité de notre perception : elle ramène tout à notre mesure. Les diverses qualités correspondent en omme aux rythmes divers de contraction ou de dilution, aux divers degrés de tension de la conscience qui perçoit. Et ici, de
(1) Matière et Mémoire, p283.
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nouveau, une transposition serait facile, de l'ordre sensible concret à l’ordre intelligible abstrait. Dans un cas comme dans l’autre, la conscience cueille des accords (pittoresques ou conceptuels) dont chacun contracte un vaste ensemble en un moment simple de sa propre durée.
Cela posé, dans la double perspective qui vient d’être définie, reprenons à grands traits l’histoire de la connaissance. Elle débute par les représentations du sens commun. Sans doute, le monde lacunaire et schématisé que celles-ci nous exposent, relatif à nos besoins, ne peut être dit réalité pure. Là n'en est pas moins le seul commencement positif du savoir, et un commencement véritable : car l’action, même limitée, nous introduit déjà dans l’objet, ne pouvant réussir, — fût-ce avec la grossière approximation de la pratique, —si elle ne tient quelque chose du réel. Mais, pour aller plus loin, il faut ensuite rétablir l’infinité continue que l’abstraction utile a détruite ; il faut retrouver l'intégrale richesse virtuelle des concentrations et dilutions qualifiantes, en cessant de tout ramener par coups de force à la mesure de notre conscience instinctive et de ses rythmes propres; et c'est l'œuvre de la Science et de l'Art, dont la Philosophie enfin opère la synthèse. Supposons alors données trois séries de documents : 1° ceux de la perception pratique, dont chacun révèle dans la matière une aptitude à être industriellement maniée ; 2° ceux de la conception scientifique, dont chacun révèle dans la matière une aptitude à être intelligiblement discourue ; 3° ceux de l'imagination artistique, dont chacun révèle dans la matière une aptitude à être spirituellement sentie et interprétée. Chaque série ne procure qu'une connaissance relative, parce qu’elle suppose une abstraction morcelante, l'élection d'un point de vue et d'une
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méthode. La simple juxtaposition des trois séries nous laisse dans le même état tant qu’elle reste statique. Mais faisons intervenir maintenant la critique de l'immédiat et l’ascèse de pensée intuitive. Nous apprendrons à voir naître la qualité, d'une contraction ou dilution d'ensemble simultané ou successif ; la pluralité immobile, d'un contraste entre des rythmes d'histoire ; la rationalité, d’une résorption dialectique de rapports analysants dans une synthèse antérieure et supérieure. . Nous convertirons en « état » contemplatif les exercices qui rendent la pensée agile à parcourir tous les plans où elle se distribue, prompte à vivre l'expérience génératrice des systèmes où se manifeste l’aptitude multiforme de la matière à être perçué ou conçue, sentie ou schématisée ; nous acquerrons une sorte de familiarité intime avec le jeu opératoire des actes qui font dériver l’un de l’autre lès modes infiniment divers du morcelage, de l’abstraction, de la mise en perspective ; bref, nous mobiliserons nos facultés de sentiment et de discours jusqu’à remonter au dessus de toute œuvre faite, jusqu’à en ouvrir la source première, jusqu'à y éprouver dans une expérience directe que le plus profond de la conscience n'est pas vue globale d'un résultat clos, mais vie et progrès, mouvement de genèse, action contractante ou diluante qui jaillit en gerbes d'époques réciproquement relatives; et nous serons ainsi sur le chemin d’une connaissance intérieure, immédiate, coïncidante avec ce qui fut d’abord pour elle un objet.
On sait (1) que la matière ne se laisse métaphÿsiquement comprendre que selon l’analogie de l'habitude, en fonction d'un
n (1) Voir les leçons I et II de mon cours sur L’exigence idéaliste et le fait de l’évolution (Boivin, 1927).
RP RP PR RP PR SSP SPP PSP PSS LPS PTT
idéalisme dont la thèse de principe affirme la substantialité
du changement. L'intuition absolue en est donc atteinte alors seulement qu’on prend conscience vive de l'activité opé-
ratoire par laquelle se forme l'habitude qui la constitue. Sans
doute l'esprit humain ne saurait achever ce travail dans les con-
ditions actuelles de sa vie toujours en marche. Déjà cependant
il participe à la limite pour autant qu'il s'oriente et avance. 24 vers elle ou plutôt qu'il communie au mouvement des approxi-
mations génératrices.
Mais ce n’est pas le lieu d'insister davantage sur l'exemple de la matière. Un autre point doit nous retenir à son tour.
Nous posions tout à l'heure la question de savoir jusqu’à quel degré il est possible d’épuiser le perceptible et le concevable, de varier les prises de contact avec le réel. Cela revient à se
demander en quelle mesure et par quels moyens nous sommes. capables de résoudre la dualité fondamentale où s'opposent
Objet et Sujet. En nous engageant dans cette nouvelle voie de
recherche, nous passerons à l’examen du problème de relati-
vité au second sens du mot.
Or, ici comme ailleurs, les relativistes fondent leur thèse et
obtiennent leurs conclusions en partant d'un mauvais énoncé
du problème. Ils conçoivent, en effet, d’une part un sujet pur,
de l’autre un pur objet, pour chercher ensuite comment ces”
termes disjoints et contraires pourraient entrer en rapport. Bien entendu, ils ne découvrent aucun moyen vraiment intel-
ligible ; ils ne peuvent qu'invoquer je ne sais quelle corres-
pondance plus ou moins lointaine qui entraîne relativité irrémédiable. La question se trouve posée alors de manière à demeurer nécessairement sans réponse. C’est qu’objet pur et pur sujet sont moins deux réalités préalables que deux pôles
Ébtrnes bot les extrémités d'une continuité inter: none réelle. Ici encore U faut pasaer du RES de ne
e matière — Vers ado on peut descendre, un alba — l'esprit pur — vers lequel on peut monter, ce sont là es limites, selon l’acception dynamique du mot. Les mouvem a mêmes de a ou d’ascension, par leurs caractères
Voilà dans quelle perspective nous avons maintenant à dis- it cuter le problème du couple Objet-Sujet. Jusqu'où va leur
nor liuure à toute perception, à toute expérience, à oute vie effective, à toute pensée explicite ? Implique-t-elle
Il f
« intérieure », l'existence, au contraire « extérieure », même
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D La lorsqu'il est question de passer de l’une à l’autre, l'obstacle
0 et, par conséquent, les conclusions ordinaires de relativit té incurable. Que vaut cependant une telle représentation,