‹ La pensée intuitive ... (v. 2)Chapitre 46 sur 65 · RPPPPRR RP PP RP PRIS · texte numérisé non relu

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s'affranchirait des relativités initiales et, finissant par concentrer en une seule vue toute richesse et toute profondeur de réalité, avec l’accès à l'immédiat, de science deviendrait philosophie. Ainsi en est-il notamment pour l'être particulier que nous sommes : Ja conscience du moi, par Île seul examen de sa propre intimité, retrouve peu à peu l'univers total. Cependant il y a ici une difficulté particulière, Ce qu’a de factice le morcellement de la matière en corps, puis en éléments de sortes diverses, fut prouvé tel par démonstration d’un rapport avecle centre d'action technique et discursive qu'est l’homme. L'individualité réelle du sujet se trouve donc par contraste mise en relief d'autant plus net. Et certes 1l n'est pas question de contester l’indépendance relative des monades. Mais que l’on n’en conclue rien contre la remarque précédente : distinction ne signifie pas séparation. Nous savons en effet que la réalité de l'esprit individuel ne se borne pas à cette région moyenne de sentiment clair et de pensée explicite où nous demeurons installés d'habitude pour vivre la vie commune. Plus bas, il y l’infra-conscient, tout ce monde souterrain de sourde pensée, d'obscur sentiment, qui travaille dans l'ombre et dont les œuvres émergent d’instant en instant au grand jour de la conscience, discontinues à la surface, mais plongeant par leurs racines confuses en plein cœur de la nature (1). En d’autres termes, ce que nous appelons notre moi, le moi qui s'élève au dessus du seuil conscienciel, n’est qu’une petite portion d’un système psychique beaucoup plus vaste, le fragment orienté vers la vie pratique, vers l'action utile. C’est la pointe d'émergence d'une pyramide qui se prolonge profon-

> (1) Par où, déjà, se trouve pour chacun quelque possibilité de communication avec autrui, puisque la nature est « commune ».

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dément dans une pénombre subliminale graduellement accrue et qui va se perdre enfin dans la nuit complète. C’est le centre lumineux d’une large nébulosité diffuse à dégradations continues et dont les marges sont indécises. Or, jusqu'où descend ainsi __ J'infra-conscience ? On a pu soutenir avec Leibniz qu’elle s'étend de proche en proche à l’univers entier. De fait, elle n’est qu’un autre nom du corps vivant ; et, sous le FAPDOS du morcelage, le corps qui nous est propre donne prise à tous les arguments développés à propos des autres corps : ce qui nous place encore une fois dans une perspective de continuité fondamentale, sans coupures, bien qu'hétérogène. D'autre part, plus haut que le centre de clarté usuelle en nous, il y a le supra-conscient, que nous avons déjà eu l’occasion plusieurs fois de signaler comme participant de quelque manière à un Principe supérieur. Au moins ne peut-on nier qu’une communion sociale relie entre … eux les sujets individuels et forme au dessus de leurs oppositions un sujet nouveau. Le progrès de la conscience, dans l’ordre : spéculatif et dans l'ordre moral, tend même à faire prévaloir … celte conspiration des monades. Le point de vue de l’indivi- * dualité qui sépare n'offre dès lors qu'une vérité de surface et de moment. Plus la critique explore les frontières ou creuse en. profondeur, et plus elle trouve en chacun de nous un raccourci de l'être total avec une racine d'existence commune « Quelle que soit l'essence intime de ce qui est et de ce qui se fait, nous en sommes. » Cette formule de M. Bergson (1) exprime un fait indiscutable et donne du même coup la réponse que nous cherchons. Évidemment, si l'être était en dernière analyse un assemblage de pièces non seulement distinctes, mais È

(1) Revue de Métaphysique et de Morale, novembre 1911, p 824.

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