CAS
ception savante : 1° recueillir toutes les données réelles, et non pas seulement les données pratiquement utiles ; 2° déterminer l'ordre vrai des phénomènes, l’ordre intime et profond, l'ordre élémentaire, et non pas seulement cet ordre superficiel et global qui donne prise à notre besoin d’agir. Mais il n’y a rien de plus dans le réel que du perceptible et du concevable : une, - perception intégrale et intégralement pensée nous en apporterait donc une connaissance absolue. Si nous arrivions à saisir en chaque point d’être le flot d'interaction totale dont il marque une onde, à voir la multiplicité de ces points comme un flux qualitatif hétérogène et comme un continu infiniment riche sans nombre ni coupure, à comprendre enfin tous les enchaînements de rapports que cette multiplicité comporte, nous coïnciderions avec la réalité même, ayant surmonté l'opposition du sujet et de l’objet. Voilà, en définitive, le but idéal vers lequel tend la philosophie ; et il est possible, — on sait comment, — d'en approcher toujours davantage.
Un tel idéal sans doute, inaccessible d’une part, au moins statiquement, ne va point d'autre part sans péril. Car, dit justement M. Bergson (1), « percevoir toutes les influences de tous les points de tous les corps serait descendre à l’état d'objet matériel » ; et, en général, on peut se demander si la tentative de résoudre la dualité Objet-Sujet ne risque pas de détruire la plus essentielle condition du savoir et de nous faire sombrer dans l'inconscience. Mais la première difficulté a reçu déjà solution dans les voies de la pensée intuitive par l'usage du schéma dynamique ; et il sera facile de répondre maintenant à la seconde.
(1) Matière et Mémoire, p. 38.
PL PPT PT PSS TPS PS PSP RP D PP PP PP D pp
ArA
rRRARrA
J'ai distingué naguère deux sens du mot « immédiat » : l’un qui désigne l'origine historique ou plutôt préhistorique dans le passé de la conscience, l’autre qui désigne la racine d’action vive et profonde au sein de l'actuel : et c'est le second sens qui vaut métaphysiquement. J'ai distingué par ailleurs, d’une manière analogue, l'intuition de l'enfant et celle du philosophe : la première en deçà, la deuxième au delà du discours ; et seule, avons-nous dû conclure, celle-ci répond à nos desseins de connaissance absolue. Eh bien ! Pareïllement, il y a deux façons de dépasser la dualité Objet-Sujet : en remontant avant sa naissance ou en atteignant un sommet d'action qui la domine, une profondeur de vie où elle se sublime. La dernière de ces deux alternatives peut seule nous mettre à l’abri du péril d’ensevelissement dans l’inconscience. Mais elle y réussit en effet. Comment ? Une similitude permet de l’entrevoir. Au point de vue spirituel et moral, nous partons d'un état de communauté indistincte ; puis nous passons par le stade transitoire du discours morcelant, de l'individuation égoïste ; et nous devons aboutir, — c’est le salut, — à la communion intuitive, à la conspiration des personnes : tous en un, un en tous. Il ne s’agit que d'opérer une transposition de l’ordre spirituel et moral à l'ordre intellectuel et spéculatif,
Dans les deux ordres, malgré certaines différences qu'on a vues, semblables sont les moyens pratiques à mettre en œuyre : ceux qui préparent, au cours de la vie spirituelle, ces pointes intuitives que marquent les éclairs de perception immédiate. Chacune d'elles représente une élévation jusqu’au centre supra-conscient de l'esprit. Là est le sommet de lumière absolue, où sans doute nul ne s’imstalle jamais ici-bas, où il est permis cependant à chacun de se hausser par intervalles et
ann)
pour un bref moment. L'individu, en tant que séparé, n y accède pas, mais seulement la personne, qui trouve alors possibilité de communication sympathique avec les autres monades : car c’est là que chaque monade pensante participe à {a Pensée, au dessus des oppositions et clôtures de l’égoïsme. L'Art, uni à la Science dans la Philosophie, ouvre déjà aux consciences un chemin de mutuelle pénétration intérieure, Mais il y a plus encore, si l’on veut bien revenir une dernière fois aux analogies de l'ordre mystique. Nous sommes désormais au seuil d’un monde nouveau, le monde suprême de la charité. En Dieu seul, tout s'achève, qu’il s’agisse de connaissance ou de sanctification : en Dieu, source et pôle de ralliement et de conspiration pour les monades ; et le centre de l'âme est, par excellence, la cime où l’expérience de spiritualité montre que Dieu se laisse atteindre, Voilà donc, de nouveau, revenu devant nous le problème souverain, celui de la consommation universelle, D’en aborder l'examen, il ne peut être ici question. Je dirai seulement, comme dernier mot, qu’à l’approfondir on découvrirait enfin le seul nom qui convienne sans réserve pour exprimer ce que doit être sur les voies de la pensée absolue notre conduite, mélange d'aspiration et de certitude, un nom à entendre au sens fort que lui donne la reli=. gion : Espérance.