ÉPILOGUE
ADD 2en
donc utile, pour finir, d'en esquisser brièvement les grandes lignes.
On se rappelle d’où prit départ l’investigation ici tentée, ce qui en marqua l'ouverture : un essai de définir le problème philosophique et de justifier l'effort du métaphysicien. Le nom seul de philosophie éveille trop souvent l’idée d’un amas de dissertations abstruses portant sur des problèmes insolubles, sinon même peut-être périmés aujourd'hui, à propos desquels s'échangeraient d'interminables arguments sans résultat. Quelques remarques très simples ont suffi pour manifester l'erreur d’une telle opinion et pour mettre en évidence les caractères authentiques de positivité et d’actualité que présente la philosophie bien entendue. À celle-ci, la tradition assigne un triple objet. Ce doit être d’abord une théorie de la connaissance, une réflexion sur le savoir spontané, où l’on se propose d'étudier non plus tel ou tel domaine du réel, mais l'étude elle-même, afin de parvenir à comprendre les conditions générales de la vérité. Puis la phase proprement métaphysique succède à cette phase critique : et il s’agit alors de s’élever au delà du discours, jusqu’à une pensée absolument libre et pure, affranchie des préjugés qu'inspire le souci utilitaire de la vie pratique, rendue ainsi capable d’une vue: d'ensemble faisant à chaque vérité particulière sa juste place. Enfin se pose la question morale, qui consiste à se demander selon quelle exigence et quelle norme doit être conduite l'activité humaine, à partir du système rationnel admis désormais comme représentant la vérité de l’univers. Les divergences des philosophes dans le passé ont tenu sans doute presque toujours à quelque restriction abusive de ce programme en trois étapes solidaires. Mais la tendance contemporaine va au contraire vers une synthèse qui se dessine déjà et
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dont nous allons voir tout de suite se dégager le principe essentiellement concret : primat de la pensée, d’une pensée aux mulle plans successifs entre l’image et le concept, et qui est avant tout action créatrice.
Partons des sciences positives : car elles constituent, de l'aveu unanime, l’une des sources majeures où puise la spéculation philosophique. Je n'ai pas besoin de redire leur essor merveilleux, de nos jours. Il importe seulement de remarquer que de plus en plus, en raison de ce progrès, les savants — si férus qu'ils soient de stricte positivité — rencontrent, sur leur terrain même, des questions de philosophie proprement dite et sy heurtent sans échappatoire possible. À cet égard, si la difficulté des abstractions ne me retenait pas, je citerais volontiers l'exemple de la Mathématique pure, qui en vient à constater l'insuffisance de la vieille Logique, çà et là reconnue trop simple et trop pauvre pour elle, en particulier lorsque se posent les problèmes de l'infini. Mais la Physique peut nous offrir un autre exemple, d'accès moins ardu. Tout le monde sait quelle prodigieuse révolution la transforme sous nos yeux depuis trente ans. Or ce grand phénomène a, dans notre perspective, une double conséquence bien digne d'attention. La première sé rapporte à un profond remaniement des cadres de l’intelligibilité : il n’est plus possible désormais de comprendre la nature … suivant les règles d'autrefois. Ainsi, pour ne retenir que ce point, d’ailleurs capital, que devient aujourd’hui le principe de. causalité dans son usage scientifique ? Il ne conserve pas la signification univoque et simple qu'on lui attribuait naguère. Sens et portée en varient profondément aux divers niveaux de l'étude, à mesure que s'affine l'analyse ou que s'étend la synthèse. La pensée commune, qui n’envisage les phénomènes que d'une