‹ La pensée intuitive ... (v. 2)Chapitre 59 sur 65 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

façon globale et massive, qui se borne à relier en gros un groupe à un groupe, un être à un être, confond à peu près l'idée de cause avec celle d'agent producteur. La science, intervenant à son tour, cherche à rendre intelligible cette première causalité elle-même, trop lointaine à ses yeux et trop lâche ; elle procède, par étapes, à une seconde approximation ; le terme de cause disparaît alors peu à peu de son langage, remplacé par celui de condition déterminante ; et le schème caractéristique devient l'équation ou plus généralement la fonctionnalité mathématique. Mais ce schème ne suffit pas tel quel indéfiniment. A l'étage mHcrophysique, parmi les atomes et sous-atomes considérés un à un, en face de telles multitudes que notre puissance énumérative échoue et succombe, le déterminisme change de forme ; seules, des lois de grands nombres subsistent, où règne la notion de probabilité statistique ; et plusieurs physiciens vont jusqu’à penser qu’ensuite il ne peut plus être question de détermination rigoureuse et nécessaire, bref que le principe de causalité tombe en défaut. À tout le moins, quelque chose paraît caduc : l’ancienne image d'élément physique dont l’individualité se laissait définir en termes d’étendue, par localisation ponctuelle ou quasiponctuelle. Du reste, — et voici la seconde conséquence annoncée, — lorsqu'on essaie de concevoir l’autre pôle du réel, je veux dire l’économie d'ensemble et non plus l’infime détail, une situation analogue se retrouve. La physique de l'immense, ‘avec ses doctrines de relativité, doit refondre, elle aussi, les conceptions classiques de l’espace et du temps. Celles-ci ne sont valables que pour une zone médiane d'expérience, à l’échelle de nos gestes. Mais en decà et au delà, dans l’infiniment petit et l’infiniment grand, elles se montrent inadéquates. Et cette conclusion souligne la part qu'il faut reconnaître en fin de

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