II
compte à l’activité de l'esprit, à l'initiative de son imagination créatrice, de ses opérations, de ses choix, jusque dans les provinces du savoir où il ne s’agit toujours que de la matière inerte.
Si nous passons maintenant de l’objet au sujet, la même thèse finale s'impose avec non moins de force et peut-être en lumière de plus directe évidence. Trois moments principaux sont à noter pour l'établir, trois considérations décisives.
Soient d’abord les démarches de connaissance. Prenons-les, pour abréger, dans l’ordre expérimental. On peut admettre en gros que deux éléments essentiels sont alors à considérer : les faits et les théories. De ces dernières, peu de choses à dire : il y a beau temps qu'on sait n’en pouvoir jamais obtenir de preuve absolue, elles commencent toujours par le choix d'un type de symbolisme qui ne saurait être nécessaire, inévitable est donc ici un appel à quelque initiative d'invention. Quant aux faits, qui servent à la fois de supports et de critères aux théories, on aurait tort d'y voir du donné brut, passivement reçu. Nul fait n’est définissable indépendamment de toute forme théorique, ni un fait de sens commun déjà, ni moins encore un fait de science. Bien vite, en effet, il n'y a plus de perception qu’au moyen d'appareils, c’est-à-dire à travers un faisceau préalable de conceptions théoriques matérialisées ; au fond, les organes sensoriels sont eux-mêmes de tels instruments. Par ailleurs, le fait scientifique n’est pas le pur et simple événement sensible : c'est l'événement devenu signal, porteur d'une signification. On le constitue par des mesures ; mais la multiplicité des mesures possibles est infinie ; parmi tous ces nombres, il faut pêcher ceux qui valent, qui comptent, les nombres significatifs ; et c’est une théorie qui les pêche. Partout donc apparaît
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