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de longues années d’effort et de souffrance, pendant lesquelles les géomètres ont vécu au sein de cette contradiction douloureuse, mais féconde, dont la rencontre les forçait à réaliser un progrès capital (1). S'ils ne s’y étaient pas résignés, ce progrès füt demeuré impossible. Or ce qui était en jeu, c'était l'intuition du continu, c’est-à-dire tout l'avenir de la mathématique.
Nous trouvons une circonstance analogue aux origines du calcul infinitésimal. Il est très curieux de suivre les tâtonnements des précurseurs de Newton et de Leibniz : on les voit se débattre au sein de contradictions qu'ils sentaient confusément fécondes et vivifiantes, on assiste au travail d'adaptation qui devait aboutir à la création d’un nouveau cadre d’intellisibilité, Chacun sait que toutes les répugnances n'avaient pas encore disparu au commencement du xix° siècle, au temps de Lagrange. Ce n’est que d'hier, peut-on dire, que la science voit parfaitement clair dans ces questions délicates et subtiles. La difficulté consistait ici à concevoir l’infiniment petit, le passage à la limite, la sommation convergente, sous une forme dynamique réfractaire au jeu du dilemme, contrairement à toutes les tendances de la pensée commune, en opposition avec toutes les habitudes antérieurement contractées. Passer de l'indivisible à la différentielle, c'est-à-dire d'une sorte d'atomisme statique à une représentation d'existence en pur devenir, voilà quelle était la solution ; mais, pour la trouver, il a fallu accep-
. (1) « Tenir fortement les deux bouts de la chaine » : c'est le précepte de Bossuet qui doit régler la conduite à suivre pendant la phase de transformation, jusqu’à ce qu’enfin, à force de vivre les deux termes de l'antinomie, de les manier, on se soit rendu capable de voir « par où l’enchaînement se continue ».
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de déponflé: ; et celui qui se Done à r enseignement A r : éclaircis observe la même loi dans les erreurs et les
de ses élèves. D'où les conseils classiques. « Allez de
disait d'Alembert, et la foi vous viendra, » Et + d'avant prêchant la vertu illuminatrice de la pratique : ; < ment cela vous fera croire et vous abétira. »
= Croyance qui, en l'espèce, n’est qu'anticipation a ;
. . une règle de rationalité plus large ; abêtissement :
(1) Sur ce point, en particulier, la pleine lumière ne semble p pas faite jourd’hui encore: cf. le paradoxe de Zermelo, È
ésseonssesesessessss ss LA DISCIPLINE DE L'INVENTION 19
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nest pas simple utilisation d’une logique préexistante qu’on laisserait immuable dans sa simplicité première. Elle est surtout genèse d'une logique de plus en plus riche, de plus en plus souple, de plus en plus pénétrante. Son progrès consiste moins en une application de formes intelligibles données d'avance, rigides et toutes faites, qu’en une création incessante de formes intelligibles nouvelles, en un élargissement graduel des conditions de l'iatelligibilité.
Mais je n'ai parlé que de la mathématique. On pourrait considérer aussi les autres sciences. Les mêmes conclusions reparaîtraient encore. Qu'on se rappelle seulement l'attitude des contemporains de Newton au sujet de l'attraction à distance. Comment, disaient-ils, un corps peut-il agir là où il n’est pas? Cela paraissait absurde ; et c'était contradictoire en effet avec l'idée qui régnait alors sans conteste sur le mode d'être appartenant à la matière, Newton n'en avait pas moins raison de ne pas céder devant cette contradiction que pourtant il ne savait pas lever explicitement. Aujourd’hui (mais grâce en partie aux progrès que son audace même a permis) nous n'avons plus aucune peine à conclure qu'un corps est là où il agit : ce qui revient à se faire une autre idée de l'existence matérielle, une idée moins étroitement assujettie aux postulats du morcelage, — Qu'on se rappelle encore les objections faites à Fresnel sur la transversalité des vibrations, Pour les résoudre, il a fallu d'abord s’habituer à une image nouvelle du régime ondulatoire, image qui le fait ressembler non plus à une alternance de compressions et de dilatations en milieu élastique plus ou moins fluide, mais au tremblement d'une gelée. Surtout ïl a fallu s’accommoder vaille que vaille, ‘pendant fort longtemps, d’une conception de l’éther
qu’on n'arrivait pas à rendre cohérente, jusqu’à ce qu'en définitive les progrès mêmes ainsi devenus possibles aient ouvert accès à de toutautres points de vue.— Qu'on se rappelle
enfin l'œuvre désordonnée de Maxwell, que tant d’esprits
trop simplement logiques ont d’abord méconnue et quelque peu condamnée. Impossible de nier que, dans sa lettre primitive, elle fût pleine de contradictions. Qui en contesterait cependant la fécondité ? En elle se trouve, de l’aveu unanime, le point de départ de la grande synthèse électromagnétique où il n’est que juste de reconnaitre le principe de la prodigieuse révolution qui transforme sous nos yeux la science des radiations et, de proche en proche, toutes nos conceptions de la matière. — Il serait facile de dresser une interminable liste
d'exemples analogues. Le passé de la science en fournirait
à l'infini, et son présent bien plus encore ou du moins de plus frappants peut-être parce qu'on n’est pas sorti à leur sujet de . l'ère des contradictions, ne füt-ce qu'avec la physique de la relativité et ses fameux paradoxes ou avec la jeune mécanique ondulatoire et son idée d’un atome fait d'éléments non localisables. On pourrait, du reste, emprunter d’autres témoignages aux sciences de la vie. Tout le monde connaît les contresens commis originairement à propos de l’évolution biologique et dont les échos se réveillent de nos jours, ou l’histoire
célèbre du concept d'inconscient en psychologie, — Je ne
veux pas m'attarder davantage à cette tâche trop aisée. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que la science contient en somme deux éléments de nature très différente : une action . qui l’anime ct lui est principe de vie, une représentation qui exprime tant bien que mal les résultats une fois conquis. De
la première viennent les mouvements de progrès sous forme
consiste une découverte quelconque. Genèse d'une intuition
telles sont les JA
s c’est la résistance qu'oppose le discours ancien à l'intuition 4 no velle. On ne saurait guère y échapper tout à fait ; et elle est signe en bien des cas que l'intuition est vraiment neuve. Pos-
L CU d Dior consisle a. en ceci : croire Ge
d ee et immuable avec un état de choses antérieur, c'est une nécessité contraire, la nécessité d'un ustement toujours renouvelé à des situations toujours nou-
de x phases de l’œuvre. La contradiction transitoire oi | Éss é
velles », la nécessité de s'arrêter dans l'emploi de aisonnante « e point n° où une logique
r Un de compétence ; il a sa a restreint noie Loi suprême du discours et non de la pus
mais il y a des circonstances où le principe denon-contradicti perd tout sens, des cas où il ne vaut plus, parce qu’au fond : Es ces cas d’ ue et pur changement — le discours
un mouvement, une transition entre termes hétérogènes, le sage d’un plan de pensée à un autre ; 1 éléments non encore solidifiés : c’est en cela précisém
(1) Berason, Le bon sens el les études classiques, Discours prononcé ébution des prix du Concours général en 1895.