ÉPILOGUE
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laquelle est perçue l'exigence du devoir et dont la genèse relève aussi d'une invention. Partout l'initiative souveraine appartient à ce « coup de sonde jeté au sein de la durée pure » où il faut reconnaître avec M. Bergson l’acte propre de la pensée intuitive. De là une conséquence inéluctable : jamais l’homme ne peut ici-bas se fixer, pas plus dans la vérité que dans la vertu ; pour lui, nul critère définitif, dispensant d’un nouvel effort ; et, je le répète, le repos dans la jouissance n’est pas de ce monde. Faut-il conclure cependant à je ne sais quelle primauté absolue d’une invention qui resterait errante et anarchique ? Si on scrute les profondeurs de la conscience, on y trouve immanente l'affirmation contraire ; et on la constate indissoluble, car elle est impliquée par l'acte même de se poser le problème. En inventant et pour inventer, l'esprit humain respire donc une atmosphère de foi inséparable de son autonomie et sans laquelle rien de lui ne subsisterait vivant. Ainsi reparait à ses yeux le pôle directeur du Bien et du Vrai absolus, à la fois source, règle et fin de son aspiration. Seulement la plénitude n’en réside que dans un mystère d’Au-delà, — d’un Au-delà dont la transcendance peut et doit être accueillie par la pensée critique la plus scrupuleuse. Et on voit alors se dessiner à l'horizon ultime du Savoir les thèses maitresses de la Religion, s'ouvrir même des voies suivant lesquelles pourront venir à nous, vivifiantes et non oppressives, d’autres vérités supérieures à tous les faits de la nature et à toutes nos puissances de conquête.
Ces quelques mots d’aperçu évidemment trop rapide suffiront peut-être néanmoins à faire entrevoir comment une philosophie de l'invention peut se constituer sans exclure aucun point de vue légitime, comment elle peut résoudre au con-
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traire mieux que nulle autre le problème central de l'accord entre les deux sources de toute pensée vraiment philosophique : science et spiritualité. Ils n'étaient pas nécessaires au terme d’une étude consacrée à la discipline de l'intuition ; et le corps de l'ouvrage en reste indépendant. Mais pourquoi se refuser, —- en épilogue, — à une indication des rapports, au moins probables, qu’entretiennent par nature une méthode et une
doctrine ?
D'ailleurs, — quoi qu'il en soit de ces applications doctrinales, sur lesquelles ce n’est pas ici le lieu d’insister, — la
méthode existe et a consistance intrinsèque : elle repose en effet sur un fondement inébranlable de psychologie concrète. Je ne voulais pas démontrer autre chose.
De cette psychologie, découle ensuite une conséquence d'ordre critique, principal objet de ce livre, que je redis en terminant, La réflexion pure ne considère en somme que l’idée adulte, l’idée qui a fini sa croissance ; et l’idée, à ce stade, est bien près déjà de n'être plus que l’idée morte, presque réduite à son cadavre verbal. Au contraire, l’idée vraiment lumineuse et féconde s'offre à nous comme un moment de vie, comme un acte. Elle sort de l’action et retourne à l’action. Elle est médiatrice entre l’action passée qu'elle résume et l’action future qu'elle prépare, doublement subordonnée à l'action comme fruit et comme germe. C’est un sommaire d'opérations accomplies et un programme d'opérations ultérieures, bref une transition, donc elle-même une sorte d’action vivante ou plutôt la conscience d’une telle action.
Aïnsi toute réflexion suppose un donné ; et une action donnante précède forcément une réflexion quelconque. Celle-ci ne peut être jamais qu’un second mouvement. Le nom même de