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mystérieuse aurore. L'appel de l'inconnu a retenti en paroles obscures ; ce qu’il a dit, nous n’avons pas su le comprendre; mais son accent était chargé de promesses, un je ne sais quoi : nous en a fait accueillir l'invite secrète au détachement, et déjà
notre obéissance nous a rendus capables degoûter le charme de cette ombre, de nous y confier : nous percevons un mouvement intérieur qui nous emporte très loin au delà de la raison claire, vers le réel. Toutes les tentatives esquissées pour traduire l'intuition naissante aboutissent aussitôt, cependant, au scandale de la contradiction. C'est l'ouverture d’une « vie purgative » semblable sous plus d'un rapport à celle dontles mystiques ont parlé, c’est l'entrée dans la « nuit obscure » où l'on dépouille le vieil homme, « et je pourrais citer ici, en y changeant à peine un mot, des pages entières de saint Jean de la Croix » (1). Toute clarté s’est éteinte. La paix logique, la joie de la vérité conquise, le repos de l'esprit dans l'évidence devenue fami-
lière ont fait place à l'inquiétude et aux tristesses, je devrais
dire aux souffrances, à l'angoisse d’une transformation douloureuse et troublée où l’on n'avance que par le renoncement aux habitudes intellectuelles, par une vraie mortüfication. Il faut dénouer les vieilles associations trompeuses, se dégager de routines que l’on prenait pour des évidences nécessaires ; il faut se convertir, se renouveler, changer courageusement d'orientation ; il faut consentir à sacrifier la lumière inférieure où l’on s'était complu jusque-là. Tout d’abord on ne comprend plus rien ; la lointaine lueur devinée au seuil de l'effort semble avoir disparu elle-même ; le mouvement auquel on s’élait confié paraît se perdre dans un néant d’impuissance
2 (1) Wissors, Revue de Mélaphysique et de Morale, mars 1901, p. 180.
hension :# nn au déchirement de soi-même. Si l’on pou- Fe sit on retrouver un peu de Ê intelligence et du calme LA
jaillit, une décharge apaisante éclate ; puis les nuées se disersent, le ciel se découvre, et le soleil reparaît plus pur, plus
re vivifiant, comme après un orage. L'esprit a
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D | conditions intellectuelles, au sens restreint du mot, ne voit que | le petit côté de son objet. La sagesse populaire a bien senti
que les préceptes de la logique ado ule sont ve dans Re d’ invention. Plus intimes Îé
x elle-même, bien entendue, on ne saurait avoir con e ae, mais schéma nn ; etc'est ie
l'invention ? Evidemment non. ts ne peut s’agir de proclar je ne sais quel droit de libre contradiction anarchique, plus que d'admettre pour la pensée un état définitif d’ cohérence fluide. Une règle de conduite s’impose à l'invente Et je vais tout de suite, par précaution, le mettre en évidence, à titre au moins provisoire.
D'abord toute invention est en fin de CURIPEE une synthès l'établissement d’un système qui s’incorpore à l’ensemble savoir acquis. La logique ne saurait demeurer étrangère à telle œuvre. Mais il y a plus et mieux.
. Le savant, dit-on, n’est pas seulement l'inventeur : a aussi le critique ; et même que le critique soit joint en lu fe l'inventeur, voilà son caractère propre. Il ne peut se conte ter, comme l'artiste, d’être original et vivant ; que touts
nement entre l'erreur et la vérité. Problème capital ! C’e justement ce que la science a de spécifique. « La spécificité la science, c’est que l’invention s’y fait découverte, et c
RP PTS T PPS PPS PS SPP PPT PP
grâce à un procédé intellectuel de vérification (1). » L'élan, la foi, l'enthousiasme étaient plus grands chez les vieux alchimistes qu'ils ne sont chez les chimistes d'aujourd'hui. Les adversaires de Pasteur n'étaient pas moins passionnés et véhéments que lui-même, Considérez les controverses relatives à une théorie quelconque. La passion qu'on met à la défendre, l'ardeur avec laquelle on l’étreint ne suffisent pas à sauver de la mort celle que l'expérience ou le calcul condamne. Il existe donc, dit M. Brunschvicg, des critères permettant de diagnostiquer les cas de « grossesse nerveuse ». Et ne voilà-t-il pas du coup l'intellectualisme ramené en triomphe, comme le seul instrument de désillusion et de salut ?
Examinons ce point. L'esprit, en état de tension intuitive, s'est éloigné du discours, dans une région de continuité mouvante où il se sent libre de créer. Rien d'extérieur à son acte même ne le limite plus. Il est maître de ses évolutions. Mais peut-il s’abandonner pour cela au jeu désordonné de son caprice ? Un danger le menace. Le rêveur, l’utopiste est celui qui, cédant au vertige du devenir, allant toujours de l'avant dans cette continuité prestigieuse, ne se résignant jamais à borner ses démarches, se dissout et se noie. C’est qu'il oublie une loi profonde que les mystiques ne méconnaissaient point : la loi qui veut l'épreuve de l'esprit par la matière. Les vrais mystiques sont remarquables par leur bon sens, leur sagesse et prudence de raison, leur équilibre mental, au sein de la plus hardie tension spirituelle, Comment se protègent-ils contre l'illusion, contre la dispersion de leur effort dans le vague et
(1) Bruxscnvice, L'idéalisme contemporain, Alcan, 1905, p. 163,