‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 100 sur 311 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

2. Vigny dit tenir de Dittmer l’anecdote suivante : Périer fait écrire à Soult d’arrêter son offensive en Belgique. Mécontent des termes enveloppés de cette lettre, il la refait lui-même, et menace le général de « le briser comme verre »; Soult obéit, « Cet enfant, dit Vigny, fut depuis très sage » (Znédit#Soult avait essentiellement Pâme d’un fonctionnaire, ce que Vigny n’estimait pas (cf. J., R. D. M., 702-703). « Dans combien de circonstances, écrira son fils, ne l’ai-je pas vu couvrant de son nom et de sa responsabilité des fautes qui étaient commises à côté de lui... Il ne pouvait se résoudre à briser la carrière d’un homme ». (SouLcr, Mémoires, t, I, p, Vin).

n’est que la servante de leur épaulette (1) ». En 1832, la bourgeoisie qui entoure le trône est surtout militaire : c’est plus tard, avec le développement des affaires, qu’elle deviendra ploutocratique et judaïsante.

À sa tête est un roi, sans noblesse physique et sans grandeur morale. S'il ressemble, par la race, à Louis XIV(2), ses manières sont « d’un paysan parvenu (3) ». Voici un tableau d’arrivée royale observé par Vigny :

«Je vis accourir une multitude d'hommes, de femmes et d’enfants au milieu desquels se débattait pour passer un homme au chapeau gris, à l’habit brun, au large parapluie sous le bras, qui donnait de tous côtés des poignées de main un peu hasardées, tombant sur qui elles pouvaient atteindre ; servant même quelquefois de rempart, de bouclier et de repoussoir, car il arriva au grand escalier en mauvais état, son gilet déboutonné, ses manchettes arrachées et son chapeau défoncé par les saluts qu'il avait voulu donner du fond de cette cohue où il se trouvait noyé : c'était le roi (4) ».

Au moral, le roi est un Ulysse : le mot, qui se retrouvera dans les Oracles, apparaît déjà dans les Mémoires inédits. « Homines vidit et urbes ». Vigny l’a approché à plusieurs reprises, en août 1830, novembre 1830, et surtout le 10 février 1831 ; invité à la table royale, il a été, ce jour-là, honoré d’une longue conversation du souverain. Le poète apprécie son intelligence matoise, mais s’indigne de son esprit tortueux et corrupteur. Louis-Philippe

‘énumère les trahisons fructueuses qu’il a préparées, les pièges qu’il

a déjoués ; il nomme ceux dont il a deviné secrètement les desseins : : je leur laisse, dit-il, le plaisir de me croire leur dupe. Entendant dérouler «le rosaire de l'intrigue » et «les litanies de la corruption (5) », Vigny reste silencieux, impénétrable, soucieux de ne pas se compromettre au point qu’il évite les appellations de Sire ou de Majesté. Le roi se fait naïf, bonhomme, proteste qu’il n’a pas de poli-

1. Inédit. Ces Mémoires sont écrits sous l’Empire ou, tout au moins sous la Seconde République.

QUI, 53 MINT Re DIM.N700 (12 nov. 41830):

4. Cuvillier-Fleury, précepteur des princes, confirme ces remarques. Il témoigne de l’«incroyable popularité » du Roi à cette époque. « Je dis popularité au sens le plus vulgaire et le plus étendu de ce mot... Chaque fois, la foule le portait de son palais jusqu'aux soldats, et il n’était pas de manant, si déguenillé qu’il fût, qui ne lui prît les mains, Souvent, du balcon de sa cour, le roi accom-

pagnait du geste, en battant la mesure, les chants du peuple qui se pressait sous

ses fenêtres ». (Journal intime, 160).

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