‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 101 sur 311 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

tique, qu'il vit au jour le jour; et Vigny pense de ces princes dissimulés : « En perdant tous leurs droits, ils gardaient le plus redoutable : le droit au mépris de leur nation (1) ». Le‘poète prononce le mot : « dynasties décennales ». « Espérons que. » reprend le roi; Vigny laisse la phrase inachevée (2). S'il y eut là, comme il semble, une première, courtoise et très discrète tentative de séduction, elle avait échoué.

Vigny a gardé, toute sa vie, le souvenir de cette entrevue. Un trait le frappait d’un dégoût mélangé de terreur. On parlait de 93, et Vigny, en prévision de Stello, recueillait avidement les 1mpressions royales. Louis-Philippe, après avoir jugé sévèrement les partisans de Robespierre, absolvait le peuple du 10 août. « Les Tuileries, dit-il, étaient coupables.» Vigny se souvient alors du duc d'Orléans, réclamant la tête du roi : le même sang coulaït dans les veines de Louis-Philippe, et, «comme son père Egalité, ü disait : oui (3) ». Ces mots ravivent, chez le poète, l’obsession révolutionnaire ; les princesses lui paraissent de mystérieuses victimes. «Il y eut un moment dans cette nuit, écrira-t-1l plus tard, où, en “vous considérant groupées autour de votre pâle mère et suivant lentement la marche de votre dominateur, je crus voir passer le chœur imposant des belles Choéphores accompagnant un Atride tourmenté par des souvenirs de meurtre dans son palais ensanglanté (4) ».

Tout parle de Terreur en 1830-1832 ; la révolution de juillet a ramené sur celle de 1793 un violent renouveau de euriosité et d’admiration.

1. Bonneval, témoin peu intelligent, mais loyal, se plaint de la corruption entretenue par le roi, comme de la familiarité de ses allures. (Mémoires anecdotiques, 265).

2. Ce scepticisme se répandait parmi les anciens légitimistes que déconcertait la monarchie de juillet. « Je n’ai plus foi, écrivait le comte de Saint-Priest, le 6 novembre 1831, dans la durée d’un gouvernement représentatif, L'armée murmure plus que jamais contre les pékins : seule, elle.ne peutrien;les trois journées l’ont bien prouvé ; mais, réunie à la classe moyenne, elle pourrait faire un 18 brumaire. Maïs où est le petit caporal ? Etrange avenir | Cruelle incertitude !(BarRANTE, Souvenirs, IV, 380).

3. Stello renferme une allusion violente à Egalité : « Quand les vieilles hontes de famille redeviennent des espèces d’honneurs. quand les taches de sang font. auréole au front, sur ma foi, c’est un bon temps » (i$%., 120).

4, Inédit.

Les républicains ont caché leurs espérances pendant plusieurs mois : leur nom n’a reparu ouvertement qu’au procès Cavaignac en avril 1831, suivi d’un cortège de souvenirs que le fils du conventionnel se plaisait à évoquer (1). À ce moment, Vigny penchait vers un régime « fortifié par les idées du peuple (2) ». Il sentit cet idéal de République souillé par la récurrence des souvenirs sanglants de 1793. Le Docteur-Noir distinguera des hommes de l’an IT les « Républicains sincères et loyaux » ; «en cherchant un peu, ne pourraient-ils garder la chose avec un autre nom ? (3) » Vigny est reconnaissant à certains républicains, Carrel entre autres, de leur attitude amicale (4). Il ne doute pas que la démocratie ait pour elle Pavenir. « Une invincible nécessité les emporte vers une démocratie universelle (5)». l'artillerie de la garde nationale abonde en « jeunes hommes de lettres, avocats, médecins, théoristes sans propriété et quelques-uns sans industrie, initiés aux secrets de la théorie des Amis du Peuple (6) ». Chateaubriand s'étonne qu’en dehors des platitudes du juste-milieu, «cette jeunesse qui prométtait tant » s’éprenne des « beautés de la Convention, avec l'admiration de la hache (7) ». Barante écrit à Montlosier le 28 novembre 1831 : « Nos nouveaux révolutionnaires sont gens qui font de la rhétorique à propos de l’ancienne révolution. Ils veulent se faire Barnave, Vergniaud, ou même Danton, comme Talma jouait

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