‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 127 sur 311 · UNE SOLUTION IMPARFAITE · texte numérisé non relu

UNE SOLUTION IMPARFAITE

l'intelligence », ce n’est pas par vulgarité native, car il n’a rien de bas dans les manières (1), ni par rusticité, car î est instruit (2) ; c’est parce que les poètes, d’essence étrangère au pouvoir, exercent par leurs « réputations isolées » une « influence partielle » contraire à « l'unité qui doit tout RE » (3). Gette unité elle-même repose sur un mensonge, si bien qu’en définitive, le Pouvoir haït la Poésie par «crainte de la vérité ». De cette haine, il ne faut pas conclure, dit ie Docteur, que le Pouvoir ait tort d'agir ainsi, mais seulement que «son essence est contraire à la vôtre ». Dès joit à quoi bon lOrdonnance ? Une seule conclusion serait prudente : celle de fuir la Poésie.

Un dernier trait résume les difficultés de Stello. C’est la définition contradictoire que Vigny y donne de la Destinée.

Il la fait, tour à tour, toute puissante et malléable, Toutepuissante, quand, par le bras de Blaireau, son instrument imbécile, elle interrompt le cours de la Révolution. Toute-puissante, quand, par la bouche du Docteur, expliquant le supplice du poète, elle se confond avec le déterminisme inéluctable des actions (4). Mais, à quoi bon le Poète et son rôle, si l’avenir est déterminé ? A quoi bon enseigner les hommes, si la Destinée les régit ?

Or, le Docteur, en un autre passage, conçoit la Destinée comme une ennemie et non plus comme une maitresse (5). Dès 1829, Thomme lui paraissait grand dans la mesure où il sait devancer la Destinée ou résister à son étreinte (6). Plus éloquent encore est le Journal Inédit, qui renferme ces singulières lignes : « Je ne vois nulle part une place assez grande donnée à la volonté de l’homme ». Et plus loin : « La fatalité est une folie inventée par l’esprit de paresse qui domine toujours les hommes. L’homme est libre de faire tout ce qu’il lui plaît, en long et en large, dans une étendue de quatre mille lieues et de six pieds de hauteur, durant cent ans, en traitant les choses au mieux. »

INSEE 2 LI OP STE 222-2968 ST 2 7e T0 St., 118-247. 5. 5t., 124-125. L'étude de la pensée sociale de Vigny ne peut ignorer le « cri » final de Stello devant « notre destinée de doute et de douleur : Pourquoi et hélas ? »

‘(St, 292). M. Baldensperger a montré la dualité des sources de tristesse chez

Vigny, et comment la tristesse métaphysique (causée par le spectacle des maux immérités) doit être distinguée de la tristesse sociale (« faillite des aristocraties ») (4. de V., Contribution., p. 1-24). C’est contre cette dernière tristesse, non contre la première, que le Docteur réagit ici.

Page 1