Chatterton,, acte I, sc
de la classe industrielle, témoignait d’une relative hardiesse de vues sociales. C’est un député légitimiste, La Rochejacquelein, qui‘ un des premiers, a réclamé le suffrage universel (1). Ballanche, dès avant 1830, n’avait pas ménagé sa critique au libéralisme économique (2). Un ancien préfet de Charles X, le vicomte de Villeneuve-Bargemont (3), publie en 1834 son Economie Politique Chrétienne, où, sans vué d’ensemble, mais avec beaucoup de vigueur, il attaque le règne de la bourgeoisie. Il oppose, en termes qui durent plaire à Vigny, les « anciennes aristocraties » qui « nourrissaient, protégeaient et défendaient au moins les individus placés sous leur dépendance », à la nouvelle « féodalité » « de l'argent et de l’industrie ». « La population ouvrière, vouée à la misère, à la subjection et à la dégradation morale, vit dépendre son existence du bon plaisir ou de l'intérêt de ces nouveaux bannerets... Nous avons vu apparaître cette nouvelle féodalité toute bardée d’or, de vanité et d'importance ; c'était le luxe des anciens seigneurs, moins l'élégance et la dignité (4) ». On lit chez lui cette parole menaçante : « La force appartient en définitive au plus grand nombre, et le plus grand nombre forme cette population souffrante qui aura la force lorsqu'elle le voudra sérieusement (5) ».
Vigny n’a sans doute pas utilisé Bargemont pour la rédaction de Chaïterton, écrit en juin 1834 ; maïs il a probablement lu ce
qu’un ancien ministre de Charles X, d’Haussez, avait publié,
1. Un Larochejacquelein se signala, en 1848, par ses attaques contre la branche cadette.
2. On lisait, dès 1818, dans l’Essa sur les Institutions Sociales : « Lie bien-être social descendra graduellement à toutes les classes de la société... Nous aurions à pénétrer dans l’intérieur de nos manufactures pour voir comment il serait possible de conserver la santé de nos ouvriers, de relever en eux l'intelligence, le sentiment moral affaiblis par un travail trop mécanique, de les rendre à l'intensité des sentiments de famille, de leur donner la prévoyance dans l’avenir » (BALLANGHE, Œuvres, 11, 355, 358). Les catholiques libéraux partageaient ces vœux, et l”’ Avenir écrivait : « Au lieu d’adoucir la tâche des classes pauvres, … les mécaniques ont augmenté partout le poids de leur labeur. Dans les fabriques [la journée de travail] est de quinze et quelquefois de dix-sept heures ». (Avenir, 22 juin 4834).
3. Alban de Villeneuve-Bargemont, très catholique, est sans haine pour les protestants. Il a quitté la vie publique pour ne pas servir Louis-Philippe, mais pose la question du paupérisme que dédaigne officiellement le régime de juillet. Il est assez libéral pour obéir au sentiment nationaliste, tout en s’excusant. Déteste l’Angleterre. .
k. VILLENEUVE-BARGEMONT, 0. cit., 1, 386-387. On croit entendre dans ces derniers mots un écho de Stello disant à la bourgeoisie : « Faut-il que vous ayez hérité du dédain monarchique, moins sa grâce héréditaire et plus votre grossièreté élective ? » (1S4., 109).