‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 140 sur 311 · Servitude · texte numérisé non relu

Servitude

nières et dans son langage je ne sais quoi de l’ancien bon ton du monde (1) » ; il joue du piano « avec délices » et enchante des auditeurs raffinés (2). Timoléon, pâli ou plutôt jauni par l'Ecole Polytechnique (3), passe avec aïsance de Laplace à Xénophon ; enfin, Renaud, « esprit très cultivé (4) », nourri de mathématiques dès son enfance, et de Shakespeare dans sa captivité, se propose pour ses vieux jours d'étudier « Polybe, Turenne, Folard et Vauban ». Ainsi Vigny projette chez ses héros le goût des arts et des études profondes qui avaient fait germer en lui le Poète sous lOf-

cier.

Mais l'officier a survécu sous le Poète. Il a survécu en admirateur de Ballanche, et, comme lui, pour « expliquer des ruines ». Vigny avait quitté l’armée sans regret. Les « jeunes officiers », ses camarades, lui déplaisaient ; ils l’émeuvent, maintenant que l’ex-garde royale est livrée au mépris du Pouvoir. « Avoir été dans la garde est une barrière à peu près insurmontable », constate M. de Rochemaure en 1832 (5). Ce ne sont que rapports, notes secrètes : « douteux », « dangereux », « dévôt », précisant, sur les contrôles, Pattitude probable des capitaines ou des lieutenants. Dans l’armée comme dans la vie civile, les souvenirs renaissants de la Révolution flétrissaient les nouveaux émigrés. Les liaisons conservées dans l’armée (6), le poids des amitiés privées, et, plus encore, cette inclimation de l’âme qui l’a, presque toujours, intéressé aux vaincus, tournent la pitié de Vigny vers les victimes de cette sorte de Terreur secondaire.

L'auteur de Stello avait jugé la Terreur système politique. Il n’ a pas adouci sa sévérité dans Le Cachet Rouge (7) : c’est toujours

. Servitude, 94.

C£., BALDENSPERGER, Eclaircissements dans Servitude, 269. Servitude, 77, 78,85. 4. Servitude, 233.

BALDENSPERGER, Eclaircissements, dans Serottude, 257.

6. Ainsi, Alexandre d’Hanache, dont Vigny fait une mention spéciale (Servitude, 131), et qui était noté comme « Courtisan peu ou point militaire. Ne peut plus servir. Dangereux. » (BALDENSPERGER, Eclaircissements dans $., 267).

7. Vigny était lié avec Michaud, qui dirigea la Quotidienne. « Lorsque Michaud, à vingt-cinq ans, était pamphlétaire royaliste, une commision militaire, dont le verdict ne fut pas révoqué avant dix-huit mois, l’avait condamné à mort par contumace, Le Directoire lui fit infliger, pour ses attaques dans la presse, la peine de la déportation. » (Dupuy, Le rôle littéraire, Il, 266). Vigny connaissait évidemment ce trait, et il est permis d’y voir l’origine d’une partie du récit de Laurelle.

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