‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 156 sur 311 · St, 9-16. 2. Inédit · texte numérisé non relu

St, 9-16. 2. Inédit

8. Vigny, nous apprend M. Dorison, a, depuis 1832, l’idée de peindre, sous le nom d’Abel ou d’Astrolabe, l'amour d’Abailard — amour d’intellectuel sensuel, tel qu’il était lui-même au moment de sa grande passion. — « Il se proposait d'y sonder, selon ses termes, les vanités désolantes de la théologie. Il se proposait d'élever la femme qui vit dans l’amour et la foi au-dessus de l’homme qui vit dans l’orgueil des travaux inutiles de l'esprit : première idée d'Eva, peut-être, écho du moins, en plein Saint-Simonisme, de débats positifs ou utopiques »(Dort- Son, À. de V. poète philosophe, 94). Vigny fut peut-être encouragé dans son dessein par l’étude de Villenave sur Abélard et Héloïse, parue dans la France Littéraire de 1834 (tome X, p. 341 et suiv.) M. Dorison lui-même a, par ailleurs, publié une curieuse page, d'inspiration athéiste, et de date indéterminée, où Vigny prend l'enfant Astrolabe comme exemple du mécanisme dans la propagation de la vie (Dorison, Un symbole social, 150). Le chapitre III de Daphné (p. 29-39) est une digression où Vigny semble avoir soit concentré, soit égaré plusieurs des idées.

Stello avait récusé comme impossible que le Pouvoir se rangeât lui-même à la vérité (1). De son côté, le Pouvoir disait à Chatterton par la bouche de lord Beckford : « Vous n’êtes bon à rien (2}». Daphné est un effort pour marquer tout ensemble : et que la Poésie peut animer une volonté d’Empereur, et que le Pouvoir peut être amendé dans son essence, et rendu conciliable avec les droits de l'Esprit.

Nul ouvrage de Vigny ne témoigne d’une recherche historique plus authentique et plus poussée. Dès le 14 juin 1834, il recevait d’un ami, H. de Triqueti, une « pédante liste de Grecs, déjà transmis en latin », traitant d’ailleurs plus de Byzance que du Bas- Empire (3). Il a lu très attentivement la plupart des modernes historiens de Julien.

Depuis 1832, où il ne signalait de Platon qu’une faiblesse à ses yeux, jusqu’à 1837, où il compose un dialogue tout platonicien de ton et de couleur, sa connaissance de l’hellénisme s’est affinée et élargie (4). Vers 1835, il est séduit par « une philosophie qui, allant de la matière à l'esprit, élève les âmes de la Vénus terrestre à la Vénus Uranie (5) ». Il continuait ainsi, en quelque sorte, la série inachevée de ses Ælévations de 1830.

« Le Christianisme, écrivait-il vers le 1er février 1837, [montre] sous sa robe usée le platonisme toujours vivant » (6). Cette influence de Platon sur Vigny se traduit, d’abord, par un emprunt à ‘ sa méthode, l'ironie, la maïeutique, la définition (1). Déjà Vigny

enferme sa pensée dans des mythes, où le symbolisme des Destinées trouve, à la fois, sa première et sa définitive expression (2).

qu’il eût pu développer dans Astrolabe : c’est le seul passage voluptueux dulivre, L’attention de Vigny avait sans doute été reportée sur Abélard en 1836, date où Cousin publia son Introduction aux Œuvres Inédites du célèbre dialecticien.f

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