‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 161 sur 311 · Lettre XIV · texte numérisé non relu

Lettre XIV

7. Chateaubriand n’en dit rien. Le Beau reste froid et ironique à son égard, concédant que «ses éloges excessifs. respirent plutôt le fanatisme que la flatierie» (o. c., III, 241). 8. GIBBON, o. c., IV, 446-447,

9. Chateaubriand a remarqué sa fidélité à Julien : « Libanius se résolut à vivre pour travailler à l’apologie d’un prince dont Grégoire de Nazianze devait écrire la satire. » Cf, Daphné : « Je vivrai [dit Libanius] pour défendre sa mémoire » (D., 174)

plus pénétrant que Julien lui-même : le Docteur-Noir de ce nouveau Stello.

C’est le portrait de Julien qui a subi l’élaboration la plus profonde. Si l’on néglige les sources secondaires (1), on voit que Vigny a suivi essentiellement Gibbon et Chateaubriand. Gibbon insiste moins sur les mérites intellectuels de Julien que sur ses talents politiques : il le montre issu de son propre génie : « Le mérite personnel de Julien était indépendant de sa fortune. Quelque état qu’il eût embrassé, l’intrépidité de son courage, la constance de son application lui auraient mérité les premiers honneurs de sa profession (2) ». Ce trait ne devait pas laisser insensible le poète pauvre, l'officier sans aïeux. « Les Romains, continue Gibbon, virent paraître un empereur qui ne connaissait point d'autre plaisir que ses devoirs, qui travaillait à soulager les malheureux (3).

Cela devait séduire l’auteur de Stello. Chateaubriand confirme ce brillant éloge. « Il était sobre, laborieux, intrépide, éclairé, juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et des délateurs ». « La publication du Misopogon tient à la même élévation de nature ; un homme investi du pouvoir absolu... qui se contente de tirer raison d’un libellé par un pamphlet est un exemple unique dans lhistoire des peuples et des rois (4)». Il le reconnait «musieien et poète de talent (5) ». L’activité de Julien en Gaule est rappelée par Chateaubriand avec quelque complaisance : « On commence à vivre avec les Franks au milieu de la future France (6).» Cette possibilité de « franciser » Julien n’a pas été perdue pour Vigny. La décadence des mœurs civiques chez les chrétiens est

4. Ballanche, sévère pour Julien dans ses Prolégomènes (Œuvres, t. III, p. 310» lesalue en 1831 du titre de «beau génie et grand caractère » (Vision d'Hébal, 87)

Le Beau, Jondot, la Bletterie, Touchet, ont été étudiés par M. Citoleux, à qui nous renvoyons, (Vigny et l’hellénisme, passim). À Beugnot, très favorable à Julien dans l’ensemble, Vigny paraît avoir emprunté, surtout, l’idée de la division des chrétiens. « Qu'il ait porté le trouble dans l Eglise, ce sont des faits certains et qui doivent peu surprendre, surtout quand on songe que les discussions implacables des chrétiens ne donnaient que trop d'occasions aux violences des magistrats » (Histoire de la Destruction du Paganisme, Il, 190). Mais Beugnot s’élève contre l’idée de Chateaubriand que Julien a été le « Luther païen de son siècle » (Ed. hist., II, 407) ; cf. D., 197. Joseph de Maistre dans ses Considérations loue chez Julien la puissance, l’habileté, la philosophie ; il lui dénie la bonté. « Tout fut inutile, le Galiléenl’emporta sur Julien le philosophe »(Considérations sur la France, 89). 2. GisBon, 0. c., IV, 246-247.

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