‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 162 sur 311 · Etudes historiques, 2° partie · texte numérisé non relu

Etudes historiques, 2° partie

&. « Les Césars, dit Chateaubriand, sont encore plus extraordinaires que le Misopogon. » (Ibid). Dans Vigny, Paul de Larissa soulignera la valeur de cette satire (D., 135). 5. Zbid.. 6. Ibid., 208-209,

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marquée, dans les Etudes historiques, d’un trait bref, que Vigny soulignera. Un détail, que Chateaubriand emprunte à Ammien Marcellin — la vision suprême du génie de l'Empire (1) —, le mot qu’il copie dans Sozomène : Vicisii, Galilaee ! (2) prendront, dans le récit de Vigny, une valeur symbolique. L'œuvre de Julien, lue par Vigny trop vite et trop incomplètement, ne lui a pas permis de restituer à l’Empereur sa bonhomie malicieuse et sa laborieuse rusticité. Héros fatal, à demi byronien sous son voile d’hellénisme, pur, élégant, condamné par lui-même, il se « retranche » comme Cinq-Mars s'était « retranché », pour ne pas entraver la destinée de Marie de Gonzague : ce Julien est plus romantique qu’hellénoromain. Ce qui est grave, c’est qu’il ait modifié l'opinion que Julien se faisait de lui-même et des Barbares, car c’est là le point central de la Deuxième Consultation.

Julien s’est défini dans le Misopogon. Il y oppose sans cesse les mœurs d’Antioche à celles des autres villes, non seulement de l’Oceident comme Lutèce, mais même de l'Orient païen, Emèse ou Athènes par exemple. Antioche est ingrate, élégante et frivole. Il aime y promener son coturne de cynique, et faire scandale avec sa barbe sale, sa moustache tombante, ses doigts noirs, son corps velu, ses goûts rudes et chastes, son mépris des friandises, sa résistance à la douleur physique, en un mot : sa Barbarie. Et ce n’est pas seulement une Barbarie étudiée, d'homme qui méprise, par système, un luxe dégradant, c’est la Barbarie, presque congénitale, d’un homme, dont le bisaïeul, Eutrope, avait vécu dans les pâturages et les montagnes de la Mysie. Il se flatte de porter sur lui un reflet de cette Barbarie natale. « C’est d’eux [les Mysiens], dit-il, que je tiens mon humeur rustique, gauche, austère, insensible à l'amour, ferme et inébranlable dans ce que j'ai résolu, toutes marques d’une affreuse sauvagerie (3). » Et Julien rapproche de sa race ancestrale « les Arabes, Celtes, Thraces, Péoniens…. » Qu'est-ce à dire, sinon qu’à la race dégénérée de purs Hellènes, le sang jeune des Barbares, quand ils sont éclairés par la philosophie (4), apporte une force nouvelle, seule capable de sauver l'Empire ? Julien se plaît parmi les Celtes de Gaule, quand il guerroie avec ces semi-barbares contre d’autres barbares ; il se réjouit de sentir, en lui-même, un peu de cette salutaire barbarie. Abdication ?

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