‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 166 sur 311 · BALLANCHE, Œuvres Complètes, III · texte numérisé non relu

BALLANCHE, Œuvres Complètes, III

2. Ibid., III, 400. 3. BaLLANGHE, Vision d'Hébal, 74. k. Ibid., 94.

palingénésie, loi des sociétés, est applicable à l’évolution de la conscience individuelle : c’est le sens de la Ville des Expiations. Une finalité anime ce monde en perpétuel travail : d’expiation en expiation, le monde s’élève vers une réalisation plus complète de la parole du Christ : la démocratie politique (1), l’abolition des guerres, l'abolition de la peine de mort et de toute pénalité répressive sont des manifestations partielles de ce progrès suprême. Il en est d’autres, qui sont les conquêtes morales effectuées par la civilisation chrétienne, en Orient et en Extrême-Orient. « La croix règnera sur le monde ». L’impiété apparente de 1830, loin d’inquiéter Ballanche, lui fournit un argument en faveur de la palingénésie : pourquoi cet anticléricalisme ? Parce que le monde catholique parait asservi à une conception féodale et militaire digne du Moyen-Age : on s'attaque à lui parce qu’il incarne le « principe stationnaire » de l’époque ; mais dans le « principe progressif » qui, sous un nom quelconque, le renversera, coulera encore la sève chrétienne. Les traditions, les noms, les symboles mêmes peuvent s’user dans cette lutte ; mais qu'importe ? « Une incrédulité apparente menace d’abolir toute croyance, mais la religion du genre humain renaîtra plus brillante et plus belle. Elle renaïîtra au moment où le Moyen-Age aura rendu le dernier soupir dans une dernière agonie ; la résurrection est fille de la mort. Toutes les expressions des croyances intimes tendent à se résumer en un symbole qui se forme en silence (2) ».

Ballanche fut sympathique au mouvement mennaisien. « Vous savez, écrivait-il à Mme Récamier, le 15 septembre 1832, que j'étais assez disposé à croire à la possibilité de la reconstruction d’une unité catholique. M. de Lamennais vient d’y échouer ; il ne reste donc plus que la Palingénésie de votre pauvre ami (3) ».

Il ne croit pas à la restauration du passé, mais à la révélation imminente d’une autorité et d’un symbole propres à la société religieuse d’aujourd’hui ; et il croit à la possibilité de concilier le catholicisme actuel avec ce symbole nouveau (4).

* * * Vigny concède bien à Ballanche que « le christianisme est un

4. Sa pensée se rencontre avec celle de La Mennais quand il écrit : « La Grèce, la Belgique, la Pologne ont demandé la liberté promise aux enfants de la foi, et voyez les miracles qui ont été enfantés ! ». (Zbid., 99).

2. Ibid., 97-98. 8. Cité dans Herrior, Mme Récamier et ses amis, II, 91.

4, Cest là d’ailleurs une de ses principales obscurités.

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caméléon éternel : il se transforme sans cesse (1) » ; mais est-ce un signe de vitalité ou d’impuissance ? Daphné va nous l’apprendre. Vigny y a décrit le christianisme de deux façons : directement; dans les chapitres d’introduction ainsi que dans PEpilogue ; symboliquement, dans les lettres qui racontent le Banquet de Libanius.

Dans les premiers de ces textes, il s’est borné à des notations fort concises, d’un symbolisme suggestif et sombre (2), peignant l’abaissement de la religion catholique plutôt que les causes de cet abaissement. Il a été ému, comme tous les gens de goût, par les scènes scandaleuses du 14 février 1831 : et l’Epilogue commente cet événement dont la responsabilité fut diversement appréciée (3). Vigny réagit contre la tendance populaire, officielle, avec une irritation contenue : il montre le Bœuf du Mardi-Gras, insultant au spiritualisme chrétien (4) ; la croix chancelant et tombant « au milieu des huées (5) » de la populace, et les soldats, faits pour protéger les choses saintes, courant aux dépouilles avec les manifestants ; il montre surtout le silencieux, l’émouvant Christ d'ivoire, dans la chambre de Trivulce : « Une destruction livide régnait sur le Christ tout entier (6) ».

C'est dans le Banquet qu’il faut aller chercher, avec la description plus détaillée de l’agonie d’un culte, l’explication de sa décadence.

Au milieu du 1v® siècle, le paganisme réchauffé par Julien jouit des honneurs officiels, comme le catholicisme contemporain ; mais les villes se ferment à lui. La foi n’en subsiste guère que dans le cœur des campagnards (7), comme la religion chrétienne trouve ses derniers défenseurs militants dans les bocages de Vendée. Hors cette race primitive, qui a le cœur assez simple pour défendre, autour de Julien, les dieux « fils des poètes (8) » ou le catholicisme mal rajeuni aux rayons factices de l’art ? (9). Paul de Larissa

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