‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 168 sur 311 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Vigny a quarante ans. Il vient de subir dans ses affections un double, brusque et cruel déchirement. Du souci des maux d'autrui, il se sent brutalement rappelé à la conscience de ceux qui l'accablent. « Hélas, soupire-t-il au début de 1838 : toujours la même vie ! Je quitte le chagrin pour la maladie et la maladie pour le chagrin (1) ». Attiré hors de lui-même par l'amour, il s’est rendu à l’étude de soimême par la séparation.

Il n’est pas douteux que Marie Dorval ait inspiré en quelque manière sa sympathie pour le peuple.

Alfred de Vigny n'avait guère connu le peuple avant de rencontrer cette malheureuse, un peu malade, un peu aventurière, à qui la vie n’était pas clémente. Elle était plébéienne d’allures : «Tes deux ennemis, lui écrivait son amant, sont la gaieté bruyante et la colère (2) » ; Paul Foucher confirme la « fougue échevelée », le «naturel hasardeux » de son «génie de boulevard » (3) ; et George Sand, peu suspecte de sévérité, avoue que «sa voix était éraillée, sa prononciation grasseyante, son premier abord sans noblesse (4) ». Marie Dorval était une irrégulière, et, socialement parlant, une déshéritée. « Je suis venue au monde, disait-elle à

107, 12292 Corn, 1711 (29ra00 01833):

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