‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 169 sur 311 · P. Foucer, Entre Cour et jardin · texte numérisé non relu

P. Foucer, Entre Cour et jardin

4, Cité dans Coury, Marie Dorval, 275 et suiv

Henri Monnier, sur les grands chemins. Je n’ai jamais connu ni les jeux, ni les joies de l'enfance. Je passais une partie de ma journée dans une salle noire, enfumée, froide, où le soleil ne pénétrait jamais... La répétition finie, il me fallait rentrer manger un morceau à la hâte, faire son paquet et se rendre à la représentation du soir. Je me couchais accablée de fatigue (1) ». Quand, en 1837, elle jouait le rôle d'Amélie dans Trente ans ou la vie d’un joueur : «Oh, disait Bouilly, qu’on serait heureux d’aller offrir à cette infortunée du pain pour son enfant, un vêtement pour voiler son indigence |... Et cette voix presque éteinte par la honte et le besoin | Le moyen de lui résister, à cette voix qui s’écrie : « Epargne à ta mère la dou!eur de t’entendre dire : « Maman, j'ai faim ! (2) »

Elle connaissait la misère et lui était pitoyable. En avril 1837, elle donna à Toulouse une représentation au bénéfice des pauvres, et le président de la « Société du Prêt charitable et gratuit », le marquis Bruno du Bourg, la remerciait en ces termes : « La classe laborieuse et indigente, qui vous sera redevable d’une augmentation de secours, bénira votre nom. Sa reconnaissance croîtra… à mesure que vos dons. contribueront à sécher les larmes du malheur, à diminuer la misère et à encourager l’industrie (3) ». Le déclin de cet amour détermina un déclin parallèle dans l’attention de Vigny au paupérisme.

À la même époque, la situation sociale du poète paraissait près de se modifier sensiblement. Il avait vécu jusqu’à 1837 avec une grande parcimonie : les soins donnés à sa mère excédaient presque son revenu (4). De son beau-père, en dehors de la dot de 10.000 frs versée en 1825, il n’avait rien perçu, ni rente, ni avances. Il déplorait « l’égoisme millionnaire » de Sir Edward Bunbury « dont les revenus annuels, disait-il, sont de 40.000 £, c’est-à-dire un million, et qui prive de tout ses enfants du premier lit (5) ». Mais, le 7 novembre 1838, lui parvient la nouvelle de la mort du baronnet (6) avec la perspective d’un riche héritage. Il faut disputer cet héritage à des parents anglais en faveur de qui a testé Sir Edward (7) ; le poète se rend à Londres (25 novembre), où de premières déceptions l’attendent : « Tout est long dans les affaires de succession, en Angleterre plus qu'ailleurs (8) », écrit-il au marquis de Lagrange, le 10 février 1839, et il confirme son impatience le 3 octobre

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